G.P.I.O.

G.L.L.R.

Grand Prieuré Indépendant d'Occitanie

Grande Loge des Loges Réunies


GPIO GLLR : Le Compagnon : partage du pain  Statue en la collégiale de Saint-Marc-la-Lande (Deux-Sèvres)

Partage

Le Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie considère le travail comme un devoir essentiel de l’homme. Ses membres se doivent de les observer comme le devoir primordial de l’être humain en l’honorant sous toutes ses formes. Ainsi, vous trouverez ici des travaux de Sœurs et de Frères érudits membres du Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie et qu’ils veulent bien partager avec vous. Ces travaux lorsqu’ils sont énoncés en réunion s’appellent des planches.

Les membres du Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie cultivent un émerveillement permanent, selon leur appétence, pour tous sujets symboliques, historiques, culturels, … Aussi, vous trouverez des communications de Sœurs et de Frères émerveillés par leurs découvertes et désireux de les partager avec le plus grand nombre.

Enfin, toujours dans un esprit de partage, quelques pensées des Sœurs et des Frères qui offrent à tous leur réflexion d'un jour.

Des planches

Le Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie considère que ses membres ont le devoir d’étendre à l’Humanité les liens fraternels qui unissent les maçons. Il recommande à ses membres la renommée du Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie par l’exemple, la parole et l’écrit sous réserve de l’observance du secret maçonnique.

Le Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie travaille au moyen des symboles, signes, emblèmes dont la haute signification symbolique ne peut se révéler que par l’initiation. Il a le souci permanent du respect des traditions de la Franc-maçonnerie et de la pratique scrupuleuse des rituels et du symbolisme en tant que moyen d’accès au contenu initiatique des connaissances maçonniques

Ainsi, vous trouverez ici des travaux de Sœurs et de Frères érudits membres du Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie et qu’ils veulent bien partager avec vous. Ces travaux lorsqu’ils sont énoncés en réunion s’appellent des planches.

GPIO GLLR : Rite de Stricte Observancce : Table de travail
  • ➩ Une devise particulière : « Rebelle mais fidèle »
  • ➩ Foi et Liberté du Maçon : histoire et symbolique
  • ➩ Entre « Eros », « Philia », « Agape » et Etincelle divine, que choisir ?
  • ➩ Un ustensile : le marteau
  • ➩ De la fraternité
  • ➩ Voyage
  • ➩ Géométrie
  • ➩ A la recherche d’une spiritualité perdue ! La spiritualité maçonnique, Un grand Silence intérieur et extérieur
  • ➩ Les agapes : Sens et significations
  • ➩ Le sacré et le profane
  • ➩ Le pardon

Il ne faut jamais perdre de vue que la réflexion développée au cours d'une planche présentée par un Apprenti, un Compagnon ou un Maître ou que celle d'un morceau d’architecture d'un Maître doit se faire sur trois plans :

  • Celui de la spiritualité générale dans le cadre de la tradition judéo-chrétienne,
  • De la démarche maçonnique,
  • Et celui de la démarche personnelle du Frère ou de la Sœur.
Une devise particulière : « Rebelle mais fidèle »

Cette devise maçonnique d’une Loge spiritualiste travaillant le Rite de Stricte Observance de 1764 m’a toujours paru surprenante. Elle me paraissait incongrue et totalement discordante et dissonante.

A la lecture du dernier ouvrage le Dieu des Francs-maçons d’André Kervella et de recherches bibliques pour réétudier les sources de la Franc-Maçonnerie ma façon de voir cette devise a été modifiée et désormais j’en découvre le côté très positif.

Si nous regardons la Bible le nom de Dieu est cité à maintes reprises dans des conditions particulières : Dieu a créé Adam à son image, Noé reçoit de Dieu l’Ordre de créer l’arche, Dieu apparait dans le passage de la tour de Babel et la confusion des langues, confusion dont la trace est visible déjà dans le passage concernant la Tour de Babel dans l’épisode de la Genèse où les fils de Japhet se sont dispersés après le déluge chacun selon sa langue. Nous voici donc confrontés à la vanité des hommes.

Nous voyons alors arriver Nemrod, personnage biblique qui s’était englué dans des « histoires » spirituelles et politiques. Nemrod signifierait donc rebelle dans ce texte biblique. Et comme on lui prête l’idée de la Tour de Babel il devient de facto responsable de la déliquescence religieuse de son époque.

Revenons aux rituels de Stricte Observance de 1755 et 1764 :

Les stuardistes exilés à Saint Germain en Laye par les Hanovre ne sont-ils pas non plus des rebelles face au roi de Hanovre ? Si nous prenons le mot « marad » qui signifie « ils se sont rebellés » les jacobites ont été forcés à l’exil et ne demandent qu’à rentrer dans leur pays et de retrouver la grâce.

Allons plus loin dans la lecture de la Bible :

Cette notion de rébellion existe dans le Livre des Rois, dans le Livre des Lamentations et dans celui d’Esdras. Or c’est le temple d’Esdras que l’on trouve sur le tapis de Loge des Loges de Stricte Observance de 1764. Ce tapis serait donc le symbole d’une rébellion des Stuarts face aux Hanovre ?

Poursuivons la lecture du livre d’Esdras :

Les ennemis du roi dénoncent Jérusalem comme étant une ville Rebelle dont les habitants furent donc un jour déportés, comme les Stuardistes. N’existe-t-il pas un rapport étrange avec nos stuardistes de saint Germain en Laye ?

Sont-ils, nos stuardistes, en révolte contre le Dieu de Noé ? Sont-ils submergés par l’émotion de leur vie en exil ? Vont-ils créer une maçonnerie en référence avec Noé, une maçonnerie antédiluvienne ou une maçonnerie propre aux enfants de Japhet ?

Ils sont conscients que seul Dieu peut intervenir et faire cesser leur exil en France, un Dieu Grand Architecte pour rebâtir un monde nouveau ou un Dieu des armées de la reconquête des « souvenirs d’antan ».

Il leur faut donc accepter l’idée d’un Dieu des Armées pour la reconquête de leur honneur et de leurs terres et pour se faire ils doivent se soumettre à la volonté de Dieu. Ainsi en 1764, dans leur esprit, il ne peut exister en 1764 qu’une Franc-maçonnerie sans « croyance en Dieu », en un Dieu de Noé, Moise et Nemrod. Cette vision était celle aussi d’Anderson qui plaide alors pour une liberté de Conscience, principe irréfragable de la liberté que Dieu accorde aux hommes.

Rebelle aux Hanovriens mais fidèle à Dieu, les francs-maçons de 1764 sont donc des Hommes Libres et de bonnes mœurs. Ils combattent au nom de la liberté de Dieu cette séparation d’avec leur pays natal dont ils espèrent retrouver le siège suprême.

Et le commandeur du Temple de la Rochelle, Pierre de Liège était donc un homme Fidèle mais rebelle certes mais surtout attaché à Dieu, le Dieu que respectaient les descendants de Japhet. Les templiers de l’Ordre, surtout ceux de de saint Jacques de l’Epée étaient aussi très attachés à Japhet, thème central de leur dernier établissement, thème central de leur cloitre attenant à leur édifice « glorieux ».

Foi et Liberté du Maçon : histoire et symbolique.

Déjà en 1764 en Prusse comme en France la foi et la liberté étaient deux valeurs intangibles. Les mots n’avaient pas le sens actuel, 1789 n’était pas encore passé par là en créant autour du mot « liberté » un carcan de fer et en donnant au mot foi une connotation religieuse extrême. Les grandes valeurs de liberté personnelle ou religieuse n’avaient pas encore été décapité par une révolution ultra-libertaire. Peut-on réglementer la foi ou la liberté ? L’indicible peut-il devenir une contrainte morale voire intellectuelle ?

En 1764, année du Convent d’Altenberg de la Stricte Observance était édité en France un petit opuscule de Voltaire sur le dictionnaire philosophique dont le titre 19 traite de la foi, ce qui montre l’intérêt porté par les maçons de l’époque sur cette question de la Foi. Voici ce que Voltaire pensait de la foi : Qu’est-ce que la foi ? Est-ce de croire ce qui paraît évident ? non ; il m’est évident qu’il y a un Être nécessaire, éternel, suprême, intelligent : ce n’est pas là de la foi, c’est de la raison. Je n’ai aucun mérite à penser que cet Être éternel, infini, que je connais comme la vertu, la Bonté même, veut que je sois bon et vertueux. La foi consiste à croire, non ce qui semble vrai, mais ce qui semble faux à notre entendement. Je cite.

En 1764, soit un an après la guerre de sept ans en Allemagne régnait encore la paix d’Augsbourg, paix selon laquelle la religion pratiquée dépendait en quelque sorte du bon vouloir du prince ou roi siégeant. C’est dans ce climat que Von Hund va installer une franc-maçonnerie chrétienne et templière.

Mais en grande majorité en France comme en Allemagne régnait ce que l’on nomme communément le théisme. Le théiste est un croyant qui n'a pas besoin des religions existantes pour croire en l'existence de Dieu : donc pas besoin de dogmes, de révélations, de "superstitions" pour reprendre l'expression si chère aux philosophes du siècle des lumières.

En ce sens, le théisme équivaut à la religion dite naturelle. L'homme contemple la nature, en observe les lois et la beauté et en conclut à l'existence de Dieu grâce à sa seule raison. Les francs-maçons qui se réfèrent au Grand Architecte de l'Univers (GADLU) le sont aussi. Le théiste ne se prononce pas sur la nature de Dieu, ni sa présence et action en ce monde, mais seulement sur son existence.

Il était alors pratiqué au sein de la franc-maçonnerie une forme de pensée appelée religion naturelle. Pour reprendre les propos du maçon Eugenius Philalèthe la définition de la religion naturelle était la suivante : La religion que nous professons est la meilleure qui fut, qui soit ou qui puisse être : c’est la loi de la nature qui est la loi de Dieu car Dieu est la nature. C’est d’aimer Dieu par-dessus toutes choses, et notre prochain comme nous-même, telle est la vraie religion primitive confirmée par Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ.

Nos rituels actuels se réfèrent d’ailleurs toujours à cette religion naturelle quand on nous dit qu’il nous faut obéir aux lois de notre pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l’humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique en respectant l’autre et en ne lui faisant pas ce que nous ne voudrions pas que l’on nous fasse. Et c’est dans la culture du secret que ce théisme prend toute sa place, au cœur de l’homme, au cœur du silence de l’homme qui travaille en Dieu à sa propre évolution. La vie de la franc-maçonnerie ne possède pas une identité culturelle distincte opposable à celle des religions instituées, elle est une des composantes du tout. Notre maçonnerie spéculative se réfère bien à la religion naturelle, notion d’ailleurs présente parfois dans la maçonnerie opérative.

La référence des Maçons à St Jean l’Apôtre en sa mention de la Lumière a été reprise par le Pasteur Anderson dans les fameuses Obligations de sa constitution de 1738. Et ainsi cette notion de Loi naturelle possède des implications ésotériques, voire herméneutiques avec l’apocalypse de Jean.

Nos rituels reposent bien sur deux concepts propres à la religion naturelle : la foi en un Dieu créateur dont les attributs nous sont révélés par sa création, et la croyance en l’immortalité de l’âme. Nous avons ainsi une pratique spontanée de la loi morale intérieure et universelle indépendamment de toute référence aux dogmes et cultes extérieurement institués. La connaissance de l’autre passe par l’observation de la nature humaine et de son comportement dans une compréhension rationnelle des fondements spirituels de la Vertu ou des Vertus.

Ainsi le premier aspect de la religion naturelle consiste pour chacun d’entre nous à s’élever par l’analogie, par la conscience de ses propres actes corporels jusqu’à la contemplation du créateur. Notre conscience de franc-maçon spiritualiste consiste à connaître la puissance et les vertus de l’Eternel en partant des biens visibles, c’est-à-dire en partant des œuvres que sont les créatures de Dieu, soit nous-même.

Être incapable de discerner la puissance, les vertus de l’Etre Eternel après avoir considéré ses œuvres, confondre la nature créée avec le créateur, être aveuglé par les apparences et s’abandonner à toutes sortes de maux funestes nous jetteraient alors dans une fausse religion naturelle, fausse religion empreinte de matérialisme non teinté de spiritualité.

Ainsi dans la conception traditionnelle de la franc-maçonnerie les francs-maçons n’ont pas pour tâche de reconstruire matériellement le temple de Jérusalem, ils n’ont que des taches spécifiques que sont l’étude du symbolisme des vicissitudes du temple et la construction d’une paix intérieure, paix symbolisée par la construction du temple de Salomon de façon hiéroglyphique. Ce temple par nous « réédifié » symbolise l’honnêteté, l’amour du bien, la charité, la discrétion, l’harmonie et l’amitié avec comme corollaire la Sagesse. Ainsi tout ce que nous faisons est relatif à la vertu et les symboles du temple de Salomon ne sont que l’image du temple de la vertu que nous cherchons à édifier dans nos cœurs.

La Franc Maçonnerie gardant précieusement dans son cursus, le versant ésotérique de la tradition devenait ainsi une sorte de conservatoire de la mémoire de l’humanité.

La franc-maçonnerie propose une voie de perfectionnement de soi-même qui en fait donc une démarche spirituelle au sens large. Ce chemin amène le maçon à travailler à la conscience de soi, à la confiance en soi, et à l’affirmation de soi qui sont trois vertus qui permettront de mieux en entrevoir le but.

Dans cette liberté de conscience qui est celle du maçon, au cœur de cette religion naturelle nous évoluons avec ce qui nous constitue dans un monde rempli de symbole et de vérité propre à nous-même. Cette liberté ne peut exister que dans la foi du Maçon, notre foi en l’homme et en nous-même.

Avec la foi trouvera-t-on la révélation de notre place dans le grand ordre de l’univers ?

Henri Tort-Nouges écrivait : Cet humanisme ne peut se concevoir sans le Principe Créateur, ce principe spirituel que nous nommons GADLU, car la maçonnerie correspond à la base métaphysique des Religions et à leur contenu ésotérique. Cela explique peut-être la longue opposition des Eglises, notamment catholique, à la franc-maçonnerie, un temps excommuniée.

Avec la foi en la perfectibilité de l’homme, avec la ferme espérance dans l’avenir, nous devons nous libérer progressivement de nos insuffisances afin d’établir en nous et hors de nous cet équilibre difficile entre matériel et spirituel.

Avoir la foi maçonnique, c’est transcender la contingence vulgaire de la matérialité temporelle comme spatiale par l’apprentissage opiniâtre du silence, de l’écoute, du renoncement, de la raison, de l’intuition, tous contenus dans ce qui se résume dans la Connaissance, pour vivre d’Amour, non contemplatif, mais d’action.

Travailler sur la foi c’est travailler sur la conception de Dieu. Cette Foi existe en chacun d’entre nous, puisque c’est un prérequis à l’entrée dans l’Ordre. La foi est comprise comme l’ensemble des vertus théologales mais aussi comme la première de celles-ci. (Foi, Espérance et Charité.)

Notre foi est visible, elle est le phare de nos actions et pour reprendre saint Luc : Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur un support, afin que ceux qui entrent voient la Lumière !

La foi, en fait nous ne pouvons en parler qu’avec pudeur et discrétion. Mais cette foi n’est pas un objet dont on parle, elle est la source qui pousse à en parler. On ne peut pas en parler comme d’un objet que l’on a ou que l’on n’a pas, et il nous faut toujours distinguer « la foi qui croit », c’est-à-dire la confiance envers quelqu’un d’avec la foi par laquelle on croit par le dogme, voire par une forme de théologie. Notre rituel, nos rituels sont ainsi très ouverts et doivent être une source d’approfondissent de notre foi en l’homme et aux valeurs de notre Ordre. Nous ne devons pas nous épuiser dans la lecture du rituel mais en comprendre la substantifique moelle.

Il existe une foi première qui sort l’homme de lui-même et le fait tendre vers quelque chose de plus grand que lui. Il nous faut sans cesse « faire confiance » et donner notre confiance pour nous élever. Donner sa confiance, vivre sa foi en soi est un don, un acte libre que nous pourrions ne pas faire. Mais surtout cette foi de ce que je suis au plus profond de mon être est la conscience de ma Liberté grâce à une autre liberté. Ce sont ainsi des Libertés qui s’emboitent l’une dans l’autre pour nous permettre de nous élever, dans la foi et dans la Liberté.

La foi s’appuie non pas sur une solidité humaine mais sur un corps qui se déplace, qui vit, à un souffle qui passe également. C’est pourquoi notre foi s’adresse à la Liberté et cette liberté va nous prouver la vérité que nous partageons. Cette liberté permet à l’homme de creuser son propre chemin de dépouillement, nous faisant parfois descendre en nous au plus profond de nous-même dans une liberté de conscience et de foi en notre propre réalisation et renaissance. La Foi enfante car elle met au monde le fruit qu’elle porte en lui en lui laissant la liberté de grandir ou de mourir. Même si le monde actuel nous conduit à un combat à trois entrées, la rationalité profane, la conscience individuelle de ce que nous sommes ou vers quoi nous tendons, la Foi qui rassure et fait grandir, notre foi va ainsi se situer vers la terre et vers le ciel.

Nous devons ainsi par notre foi savoir prendre la terre pour la pétrir d’humanité, de justice et de paix et transformer cette terre d’argile terrestre en une « histoire fraternelle » et notre foi ne doit pas consister en une forme d’obéissance car elle s’opposerait à la Liberté et à notre désir du cœur.

Au cœur de notre recherche de nous-même, dans le silence de notre cœur ne laissons pas grandir un silence qui pouvait être causé par la déception et le regret, la vengeance ou l’absence d’idée ; non laissons grandir en nous la confiance en notre Maître comme le dit le rituel et en celui que nous avons jugé digne de notre attention.

Ainsi notre Foi en nous, en l’homme, magnifié par nos rituels n’est pas un désir arrivé à maturité car il ne va pas nous combler mais nous permettre de nous élancer vers notre être profond. Notre foi peut connaitre des hésitations, voire des doutes parce qu’il nous faut toujours laisser de la place pour se retourner, décider, comparer et la foi ne se prouve pas, elle existe simplement en nous.

Même si le doute est l’ombre de la foi parce que la foi n’est pas de l’ordre de la certitude mathématique. Cette foi est espérance et nous allons découvrir non pas ce qu’il faut apprendre, entasser comme connaissances mais nous allons apprendre à nous dépouiller et à nous dénuder vis-à-vis de l’éternel, éternel que nous sommes aussi. Cette foi n’est pas une sagesse mais donc bien une espérance, elle n’est pas une fuite de la mort mais elle est au service de la résurrection. Marchons et ne craignons rien.

Ainsi la foi fait partie intégrante de notre Liberté.

La Liberté est une composante de la foi, foi qui nous oblige à nous engager et à ne pas se contenter de la dire, à réfléchir sur nous et sur notre devenir post-mortem. Il serait vain de vouloir séparer une vie spirituelle d’une vie sociale comme si se préoccuper des autres pouvait s’effectuer sans une forte conception de l’homme et de son histoire.

Ainsi il n’existe aucun fossé réel entre la conception « sociale » de la franc-maçonnerie et la conception « spirituelle » de la maçonnerie. Si le premier est extérieur et le second intérieur, l’important est d’aimer son prochain comme il est et non comme nous aimerions qu’il soit. Et c’est ainsi que pourra naître une aube nouvelle.

Le franc-maçon de 1764 est un homme libre et de bonnes mœurs, conforme à un idéal Andersonien, vivant une religion naturelle dans sa foi en Dieu et en l’Homme.

Entre « Eros », « Philia », « Agape »
et Etincelle divine, que choisir ?

Dans notre quotidien actuel, où que l’on soit, où que l’on regarde, où que l’on écoute, où que l’on regarde nous sommes envahis et submergés par le mot « l’Amour » proclamé ou montré n’importe comment, n’importe quand. Notre bouche est remplie de ce mot « Amour », nos propos sont presque irrémédiablement tournés vers ce mot.

Ce mot « amour » ainsi prononcé semble être une justification permanente de de ce que nous ne sommes pas. Parfois même pour mieux asseoir notre pensée et cacher notre honte nous voyons des mains qui se posent sur le cœur cardiaque comme un rempart contre toutes attaques extérieures, comme une arme pour lutter contre notre propre mauvaise foi.

Parfois notre être s’entête à vivre dans un bisous-bisous sans âme dans le seul but de vouloir paraître « gentil », serviable ou « aimant ».

Et désormais l’arme suprême se trouve être l’empathie dont nous détournons le sens premier pour en faire notre arme de bonté et de gentillesse avec une hypocrisie totale et un rejet total de ce qui constitue l’autre.

Et dans tout cela où est l’autre, l’autre qui est notre propre nous-même ? Où se trouve la véritable compassion ?

L’empathie nous sert à nous mettre à la place de l’autre afin de mieux le comprendre. Dans ce cas nous sommes neutres et rien ne semble nous toucher. Insensé disait Platon, qui es-tu pour croire que je ne suis pas toi ? Nous n’avons alors en fait aucune affinité avec l’autre, avec son affect ou avec son intellect qui sont les « deux jambes » de l’homme.

Est-ce de l’amour ?

La véritable compassion nous incline à partager les maux et les souffrances d’autrui mais sans asservir l’âme de l’autre et d’en étouffer tous les sentiments.

Est-ce de l’amour ?

L’amour « Eros » est fondé sur des relations sensuelles, voire sexuelles où un égo possessif prend toute sa place.

Est-ce de l’amour ?

L’Amour « Philia » est lié à des sentiments d’amitié avec des centres de pensée ou d’actions communs, ayant dans cet espace le souci de l’autre comme de soi.

Est-ce de l’amour ?

L’Amour « Agapé » est un amour vraiment fraternel, altruiste voire même spirituel. C’est souvent un amour affranchi de l’égo qui va plus loin que l’émotion de la passion. Cet amour se donne sans retour et qui souhaite le bien être personnel de l’autre.

Est-ce l’Amour ?

L’archétype de l’amour « Agapé » est celui du créateur pour sa créature comme dans le Cantique des Cantiques. Mais là il semblerait qu’il y ait une condescendance vers l’autre. C’est presque donc un « Amour » intéressé qui veut faire le bonheur et donner le Bonheur dans un mélange de bons sentiments avec ses prismes de pensées et les dangers de la vie qui peut, en un instant, balayer cet Amour « Agape » pour revenir à un Amour « Eros ».

En empruntant la voie initiatique ne pourrait-on pas envisager d’aller plus loin, d’aller vers une sorte d’ascèse physique et mentale ? En reprenant Socrate et sa formule Connais-toi toi-même, ne pouvons-nous pas aller plus loin que ces schémas relatifs à des définitions « terrestres » ?

Ne pouvons-nous pas en cette « question de l’Amour » nous rapprocher des Hermétistes du XVIIIème siècle qui vont détailler le corps en sept voire neuf parties :

  1. Le corps physique.
  2. Le corps éthérique qui contient le coprs physique et permet de le reconstituer s’il y a blessure.
  3. Le corps astral qui est le siège de nos sentiments et permet une sorte de bilocalisation.
  4. Le mental inférieur, siège des idéations inférieures.
  5. Le mental supérieur, siège des idéations supérieures.
  6. L’intuition pure qui permet une élévation spirituelle détachée alors de la matière.
  7. L’Etincelle divine, cette étincelle dont parle saint Paul dans l’épitre aux Ephésiens qui montre que la potentialité de Dieu est en nous, à nous non point de chercher mais de ressortir ce qui est déjà en nous. Cette notion étant d’essence divine se divise ainsi en trois, ce qui donne le nombre 9.

Après avoir franchi tous ces échelons en les ayant vécus et non subis nous pourrions avoir accès à une échelle de la sagesse à neuf degrés. Ainsi nous pourrions passer facilement de la matérialité des choses à la spiritualité non du cœur mais de l’esprit en passant par l’âme de ce qui est « vraisemblable. »

Dans cet état subliminal, débarrassé des contingences matérielles (amour, biens matériels) nous serons alors dans un « Amour absolu » comme Origène, 185-253, célèbre gnostique vivant sur une colonne, hors de la foule et hors du temps. Origène dans son envie de pureté et d’amour absolu va aller jusqu’à s’émasculer et fera ainsi disparaitre le domaine de l’homme jusqu’au mental supérieur, première étape vers une montée vers l’UN, dans une réalisation spirituelle entièrement portée vers l’Amour dépouillé de sa gangue terrestre.

C’est lors du concile de Nicée, premier concile de la chrétienté en 325 que l’homme va perdre le droit de réfléchir à la signification de la vie de Jésus et aux Ecritures qu’il ne pourra plus décortiquer. (Interdiction de la gnose)

Aller vers cet état d’Amour absolu, dans un espace entre le relatif et le limité ne peut que donner à l’homme que nous sommes la profondeur de ce qui doit être, l’Amour du Aime ton prochain comme toi-même.

Un Ustensile : le marteau
Dans un premier temps, regardons les aspects symboliques du marteau au travers des mythes et légendes.

Dans beaucoup de traditions, le marteau était considéré comme une arme. Thor, dieu scandinave de l’orage en était armé. Le marteau est aussi entre les mains d’Héphaïstos, dieu boiteux des forgerons. Sucellus, dieu gaulois était armé d’une sorte de massue qui, dans le monde des celtes imageait la puissance créatrice et ordonnatrice du dieu. Et dans ce cas, le marteau illustre l’activité formatrice voire démiurgique de celui qui en est armé.

Lié souvent à la puissance de la foudre, le marteau est ambivalent, c’est-à-dire à la fois instrument de vie et de mort. Il devient alors l’outil et moyen de passage d’un monde à l’autre, d’un ici à l’au-delà. Une légende ou plutôt une tradition bretonne vivace jusqu’à la fin du XIXème siècle illustre bien cette idée de passage : c’est la tradition du « meil benniget », marteau bénit qui faisait qu’un lourd marteau de pierre était posé sur le front du mourant pour aider au passage de son âme vers l’autre monde.

Dans plusieurs légendes lithuaniennes le lourd marteau de fer joue un rôle salvateur des mortels en leur rendant la jouissance du soleil qui avait été emprisonné dans une tour dont il brisa les murs, ou, dans une autre légende, en les délivrant du carcan de neige et de glace, brisé à coups de marteau pour laisser la place au printemps.

Blondel nous parle d’un autel gaulois où était représenté le dieu celte « taranis », c’est à dire le dieu au marteau, sachant que Taran en Celte veut dire tonnerre.

Le marteau, avant d’être l’attribut d’un dieu était considéré comme une espèce de talisman. C’est surement pour cette raison qu’il fut gravé sur certains dolmens où sur des tombes paléochrétiennes (midi de la France) où il apparait sous le nom « d’ascia » dans les dédicaces funéraires.

Dans sa forme, le marteau est symbolisé par le Tau grec. Dans la bible, dans Ezéchiel, l’Eternel marque du signe du tau les hommes qui soupirent et gémissent de toutes les abominations commises pour qu’ils ne soient pas exterminés. Le tau était alors un signe qui protégeait et ce n’est pas sans nous rappeler le signe que le seigneur mit sur le front de Cain pour le protéger de la colère des hommes mais en même temps pour le désigner comme jugé par Dieu. Et c’est Cain qui engendrera un certain Tubalcain, qui lui-même est affublé de ce Tau en première lettre ; Tubalcain est de la huitième génération après Cain : ne fallait-il pas sept générations jusqu’à Lameth, père de Tubalcain, pour laver la faute de Cain, laver le sang versé par le premier meurtrier fratricide de l’histoire de l’humanité ?

Celui qui se relie donc à la lignée des forgerons mythiques, c’est bien par excellence Tubalcain, ce mot de reconnaissance que l’Apprenti reçoit à sa réception.

Jean Beauchard nous dit ceci : Tubalcain signifie la possession du monde. En effet, la découverte des métaux mit l’homme en possession de tous les biens de la terre. C’est évidemment une image pour signifier que, au-delà du matériel, il s’agit de la maitrise et de la transformation d’un minerai par le feu, c’est-à-dire d’un pouvoir d’action sur l’ordre de la nature.

Oui par ces propos nous réalisons que ce forgeron fameux, Tubalcain, auquel nous nous identifiions a bien cette image de démiurge en puissance.

Dans tous les mythes, le forgeron est en rapport étroit avec le feu. L’éternel est un feu dans la Bible, et dans deutéronome IV-24 il est dit : car l’éternel, ton Dieu, est un feu dévorant.

Dans ces légendes, les forgerons sont en rapport avec le soleil qui symbolise la fournaise où ils travaillent. Le soleil est bien symbole de ce feu qui fait fondre les métaux (le soleil ; participe activement au travail du forgeron).

Et c’est alors important de regarder la place qu’occupe l’Apprenti et de voir qu’à notre rite, la pierre brute qui est placée côté Nord est surplombée par le soleil qui va ainsi pouvoir la travailler et la transformer grâce à l’ardeur de ce feu. Sur-plombe c’est-à-dire en dessus du plomb, celui du fil à plomb ; il y a le soleil d’or, noble métal de lumière parfaite.

Et c’est dans les enfers, dans les entrailles de la terre, autrement dit au plus profond de son être que l’Apprenti va devoir apprendre à œuvrer. Car c’est lui-même qu’il doit forger. Il va devoir user du marteau pour essayer d’unir les disparités de ces métaux et grâce à son adresse, son discernement, sa persévérance et sa force d’esprit, il s’attachera à créer ce damassage en lui, cet alliage du métal d’acier rendu solide, indestructible et moiré comme le soleil d’or.

Par le travail des métaux, le forgeron se met en relation avec le monde souterrain associé au monde des enfers. Ce contact étroit avec les forces chtoniennes fait qu’ils sont souvent mis en marge de la société, craints et redoutés à cause de cette maitrise et cette connaissance secrète des métaux.

On lui attribue facilement des pouvoirs de magicien et de sorcier. C’est pourquoi l’art de travailler les métaux est considéré comme secret, royal ou sacerdotal. Son marteau correspond à la volonté spirituelle, c’est l’outil du pouvoir sur la matière, c’est l’instrument d’une volonté supérieure.

Dans beaucoup de mythes, nous trouvons des dieux forgerons connaissant les secrets du feu et des métaux en fusion qui ont une apparence plutôt monstrueuse, ils sont boiteux, borgnes, estropiés … La perte de leur intégrité physique serait le prix de leur science des métaux, le rappel du châtiment pour celui qui perd la mesure.

L’infirmité de Jacob devenu boiteux après un combat contre Yahvé n’est-il pas signe qu’il avait vu un secret divin ? Le candidat qui entre en Loge, claudiquant, n’est-il pas déjà ce forgeron estropié qui paie déjà le vol supposé de la connaissance ? Opérons donc en sage appliqué à se rendre maître de nous-même et devenons ce Tubalcain qui est dit être l’artisan des dieux, lui qui arme les divinités célestes. Le forgeron est alors celui qui aide les dieux à assurer leur suprématie sur les simples mortels. Cet art de travailler le métal, nos propres métaux, est alors considéré comme un secret royal et sacerdotal car associé à l’œuvre de création du monde, ce monde de renouveau que désire l’initié.

Le marteau dans les rituels maçonniques :

J’ai fait des recherches dans des ouvrages maçonniques et des rituels anciens pour retrouver trace du marteau.

Dans les textes fondateurs, on en trouve des traces. Dans la maçonnerie disséquée de Samuel Pritchard en 1730 on trouve mention d’un outil la masse., outil différent du maillet habituellement cité dans les textes dit de maçonnerie anglaise et ses old charges. Le marteau est cité aussi dans deux rituels. Dans le rituel les trois coups distincts de 1760 nous trouvons la formulation suivante : Les outils de l’Apprenti reçu sont la jauge de 24 pouces, l’équerre et le marteau ordinaire. Dans le rituel le Grand Mystère dévoilé de 1726 ,nous trouvons la question : Quels outils sont indispensables au franc-maçon ? Réponse : le marteau et la truelle, le premier pour diviser et le second pour assembler. Le maçon est reçu avec une truelle dans la main droite et un marteau dans la gauche.

Dans le système dit de Stricte Observance, dans le rituel d’Altenberg de 1764 on parle du marteau dans l’instruction du premier grade à la question 10 et 11.

Question 10 : quels instruments avez-vous dans votre Loge ? Réponse : trois choses : ustensiles, joyaux et ornements.
A la question 11 : quels sont les ustensiles ? Réponse : la bible, le marteau et le compas.

Dans les rituels actuels mis en forme et imprimés par les soins de l’Ordre, à côte du mot marteau on trouve un autre mot, le mot maillet placé entre parenthèses et en italique n’est pas présent dans le texte originel.

En effet, dans le texte originel en allemand, nous avons bien le mot « Hammer » qui se traduit par « Marteau de fer » et non le mot « Holz Hammer » qui lui se traduirait par « maillet de bois. »

Donc pas de doute, le mot employé dans le rituel d’Altenberg est bien marteau. C’est pour des raisons de compréhension que le mot maillet a été ajouté en complément entre parenthèses et en italique. Par contre dans le corps de tout le rituel seul le mot maillet est donné et le mot marteau n’apparait plus comme dans l’original. On ne peut que le regretter car chaque mot a sa valeur et son importance même et surtout dans les nuances et les différences. (Traduire c’est trahir !?)

Je me suis penché sur les rituels du système de Stricte Observance qui ont succédé au rituel d’Altenberg, toujours dans ma quête du marteau.

En 1772, les rituels du convent de Kohlo parlent toujours du marteau.
En 1774 les rituels de Meiningen parlent toujours du marteau.
En 1778 les rituels du convent de Lyon parlent aussi de marteau.
Tous les rituels de Stricte Observance dans leur version originelle parlent du marteau et non du maillet.

GPIO GLLR : Le marteau utilisé dans les Loges allemandes
Revenons pour finir à notre rite et rituel d’Apprenti.

Le marteau est entre les mains du Vénérable Maître et des deux Surveillants symbolisant le pouvoir et l’autorité. Ce marteau est un instrument de création initiatique entre les mains du Vénérable Maître ; les trois coups du marteau sur le compas ouvrent le centre énergétique du candidat par les vibrations alors insufflées et le créent franc-maçon.

Le marteau du Maître de Loge est celui qui par trois coups, deux faibles et un fort sonne le signal que la Loge est ouverte, signal auquel les surveillants répondent de même manière, en écho. Ces trois marteaux qui entrent en action répandent dans toutes la Loge les sons et vibrations qui appellent les Frères à ouvrir leur propre Loge intérieure pour se mettre au travail. Ces vibrations sont descendues de l’orient vers l’occident, car c’est de l’orient qu’émane la lumière. Le son des marteaux, c’est comme le tonnerre, c’est la voix de Dieu.

Je ne m’attarderai pas sur le sens symbolique des batteries cela n’est point le but de ce travail.

Il nous faut juste bien saisir l’importance du rôle de ces trois marteaux qui agissent alors pour procéder à notre ouverture. Chacun est alors appelé à se retirer en lui-même et à se séparer vraiment du monde profane et de ses turbulences.

Ce temps de retrait est indispensable, pour pouvoir s’ouvrir en toute fraternité à ses Frères de Loge et s’ouvrir à une autre dimension spirituelle.Par ces trois fois trois coups de marteau, je me sépare du monde profane pour pouvoir m’éveiller à un monde sacré Ces neufs coups me préparent à accueillir le 10, nombre du Tout pour me relier au Un, le principe.

Regardons maintenant ce que nous propose notre rituel. Dans le catéchisme d’Apprenti il nous est dit dans la question 10 et la question 11 déjà citées que le marteau est un ustensile classé parmi les instruments. Le mot ustensile, du latin « utensilia », désigne un ou des objets nécessaires. « Utensilia » est lui-même dérivé du verbe latin « uti » signifiant user, se servir de.

Le mot instrument fait référence à deux mots latins : 1/« instrumentum » qui désigne ce qui sert à équiper ; 2/ « instruere » qui signifie pour instruire.

J’en déduis que le marteau est quelque chose dont je peux me servir pour qu’il devienne un instrument servant à m’instruire, cette instruction étant avant tout la Connaissance de moi-même. Et j’en déduis aussi que le marteau n’est en aucun cas l’instrument d’une réalisation matérielle.

Nous sommes bien ici dans une métallurgie allégorique visant à travailler la masse humaine qu’est notre Pierre humaine et les ustensiles employés ne sont autres que nos facultés humaines.

Je fais volontiers une distinction nette entre la notion d’outils qui ne servent qu’à travailler la matière et les ustensiles qui nous servent dans notre chemin de perfectionnement moral et spirituel.

Regardons maintenant notre tapis de Loge : Dans sa partie basse, nous voyons trois pierres. Au premier grade il est bien dit qu’on ne donnera aucune explication à leur sujet. (Discours de l’Orateur). C’est au deuxième grade que des explications détaillées nous sont données par l’Orateur.

Nous remarquons tout de même sur notre tapis que la pierre sise à droite porte un ciseau, une équerre et un marteau. Dans le catéchisme de l’Apprenti nous avons appris que l’équerre est un des trois Joyaux de la Loge, que le marteau est un des trois instruments de la Loge. Par contre on ne nous dit absolument rien à propos du ciseau.

On les voit tous les trois, comme en attente. Ils attendent les mains d’un œuvrier qui aura le vrai désir de s’en servir et qui va prendre sa décision d’agir. Car penser, c’est bien mais exécuter, c’est bien le prolongement de l’intention. Et faute de décision volontaire, voire d’héroïsme, rien ne s’accomplit. Oui, j’ai bien dit héroïsme car ce ciseau qui nous est proposé est certainement un des premiers ustensiles dont tout maçon doit apprendre l’usage.

Il est forgé dans le meilleur acier que Pernety appelle « l’acier des sages » Pernety qui nous dit que « c’est la mine de leur or philosophique, le miracle du monde que Dieu a scellé de son sceau, enfin la clé de toute l’œuvre philosophique ». Cet acier recevait une trempe de diamant et avait le pouvoir de travailler la pierre la plus dure. C’est pourquoi ce ciseau devient pour le maçon ce qu’était l’épée pour le héros, le preux Chevalier qui gardait toujours fidèlement son épée. L’instrument qu’est le ciseau illustre non pas des intentions guerrières, mais se rapporte à une inébranlable énergie de décision, sans quoi aucune réalisation n’est possible.

Il faut savoir vouloir, afin de prendre d’irrévocables décisions. Et alors, on doit se procurer un bon ciseau, qui pourra peut-être s‘émousser mais le vrai maçon, fils de Tubalcain saura le remettre en état et le retremper si nécessaire. Tout seul, le ciseau resterait impuissant, inopérant. Il faut lui adjoindre l’Energie du marteau. La main qui tient le ciseau attend le vigoureux coup de marteau. Le ciseau c’est le discernement, le marteau c’est l’audace qui nous le fait saisir et la force de la volonté qui nous fait agir.

Même muni du meilleur ciseau l'œvrier n’accomplit aucune besogne s’il n’a pas la force de soulever le marteau. Pour nous débarrasser de nos aspérités, de nos défauts, les résolutions les plus sages seraient bien dérisoires si elles restaient platoniques. Quatre verbes d’action devraient être présents à l’esprit de tout initié : Oser, Vouloir, Savoir et se taire.

Finalement, nous avons bien besoin de ces deux choses, l’ustensile marteau et le ciseau, qui sont tous les deux de métal.

Alors, cela voudrait dire que l’on ne laisse pas les métaux à la porte du temple ? Mais de quel temple s’agit-il ? Mais aussi ne nous trompons-nous pas de métaux ? Les métaux seraient-ils finalement utiles voire indispensables ?

Pour créer le temple, notre temple, il nous faut à chaque ouverture de notre Loge, aller au plus profond de nous-même, tel Tubalcain qui cherche le minerai dans les profondeurs de la terre. Les métaux que nous aurons à purifier sont dans les recoins sombres de notre Être. Ces métaux sont les fondements de l’œuvre à accomplir, ils sont notre matière première. Tout notre rituel d’ouverture dans les mots, batterie, silences, tout est fait pour que le feu créateur surgisse en nous et crée ce moment où la matière première s’ouvrira à la lumière et au feu de l’athanor.

GPIO GLLR : L'habit du maçon, selon Nicolas de Larmessin (1638-1694), gravure extraire de Les Costumes grotesques et les métiers, 1695.
De la fraternité

Le terme de fraternité est paradoxal. Son sens semble être connu de tout le monde ; il figure dans la devise républicaine. Il est l’un des composants essentiels de notre démarche maçonnique. Et pourtant… Il prête à confusion, sinon à déception, voire à revendication. Combien de fois n’ai-je pas entendu, d’un Frère parlant d’un autre Frère : « il n’est pas fraternel ! ».

Une mise au point s’impose donc, pour distinguer la fraternité profane et la fraternité telle que nous devrions la comprendre au sein de nos Loges maçonniques.

La fraternité, dans le monde profane relève de l’affectivité. Elle est variable dans l’espace et dans le temps. Elle diffère de la fraternité « de sang » en ce sens qu’elle choisit ses sujets. Elle est parfois intéressée : « Tu es mon frère, et je t’aime, donc tu dois m’aimer ». On l’appelle « esprit de corps », « copinage » ; elle peut être utilitaire et céder à la tentation de la dérive.

Elle est parfois tolérante, au risque d’être laxiste...

Un tout autre type de fraternité est celle que l’on découvre dans les Ecritures, et qui, à première vue, est plus empreinte de violence que d’amour : Caïn tuant Abel, Joseph vendu par ses frères...

Examinons le meurtre d’Abel par Caïn :

Déjà, tout est dit dans les noms : Caïn signifie « jalousie » - Abel (ou Hevel, en hébreu) a été traduit par « vanité » au sens de chose vaine, ou mieux, par « buée ». Dès leur naissance, les deux Frères s’opposent. Caïn est un être qui est là, qui a une raison évidente d’exister. Eve dit : « J’ai acquis un homme avec Dieu ». Alors que Abel-Hevel doit justifier son existence ; c’est une pièce rapportée vis-à-vis de son Frère. D’ailleurs, il est dit qu’Abel est le frère de Caïn, mais on ne dit jamais que Caïn est le frère d’Abel.

Comme tous les concepts bibliques, celui-ci est porteur de message. Il faut décoder, et ne pas s’arrêter au premier niveau de lecture.

Qu’en est-il maintenant de la Fraternité maçonnique ?

Précisons tout d’abord qu’elle est d’ordre initiatique, immuable, et indispensable à la réalisation de notre voie.

Le Franc-Maçon nouvellement reçu ne reçoit le nom de Frère qu’après avoir prêté serment de sa libre volonté. Car c’est le serment qui fait le Maçon.

Mais, avant cela, il a été conduit dans une salle de préparation, sorte de sas, aussi « éloigné de ceux dont il est proche que de ceux qui lui sont encore lointains ».

Puis, il a été interrogé par le Préparateur sur son identité, sa profession, ses activités, ainsi que sa religion, pour s’assurer de ses dispositions ; on lui a demandé s’il voulait bien se soumettre aux habitudes de notre Ordre, ce qui correspond à un premier dépouillement de ses valeurs philosophiques ou exotériques.

Il a ensuite été préparé physiquement, partiellement dévêtu et dépouillé de ses métaux, ce qui symbolise l’abandon de ses valeurs sociales.

Enfin, par son voyage autour du tapis, épée sur le cœur, par le discours du Maître de Loge, attirant son attention sur la gravité de sa démarche, et son acceptation de persévérer, il est dépouillé de ses valeurs affectives et émotionnelles.

Il meurt donc à sa vie antérieure car « Sic transit gloria mundi », et naît au monde spirituel. C’est dans ce monde-là qu’il prend le nom de « Frère ». Il est alors armé « à la face de ses Frères » ; on lui rend également son chapeau.

Une relation nouvelle vient de s’établir entre le nouveau Frère et ses semblables. Les caractéristiques de cette relation sont rappelées par le discours du Frère Orateur :

-L’amour fraternel ne se choisit pas. Il s’impose à partir du moment où la réception a eu lieu. Par ailleurs, il s’adresse à tous les Frères. « Il doit conserver envers TOUS ses Frères et Sœurs une fraternité sainte, la fidélité du cœur et un amour céleste ». Par conséquent, il ne peut y avoir un Frère que l’on aime plus ou moins que les autres dans le domaine initiatique, car nous sommes tous dans la voie initiatique.

-L’amour fraternel est dégagé de toute ressemblance ou différence ; il réunit des êtres de toute race, de toute idée politique, de tout milieu social ou professionnel, dans une parfaite égalité et une totale tolérance. Il réunit des êtres qui ne se seraient sans doute jamais rencontrés dans le monde profane, et qui ont désormais comme seule parenté, au-delà de toute Obédience, de tout Rite et Rituel, celle d’avoir reçu la Lumière.

-L’amour fraternel ne varie pas, comme dans le domaine affectif ; il est immuable, car il repose sur valeur divine, sacrée et éternelle.

Nous l’avons vu : il y a deux aspects différents de la Fraternité : l’un profane, l’autre sacré.

Cela ne veut pas, pour autant, dire que nous qui sommes Frères dans la voie initiatique, devrions rejeter toute relation affective. Mais il est essentiel de conserver en mémoire cette distinction. Car toute confusion serait préjudiciable à l’une comme à l’autre de ces manifestations de relations entre nous.

Concrètement :

-en Loge, chaque Frère est à considérer comme n’importe quel autre Frère, sans affectivité ni passion, sans jugement de valeur (positif ou négatif).

-à l’extérieur de la Loge, les relations amicales que nous pouvons avoir ne peuvent être considérées comme une obligation résultant de notre appartenance commune. Il est tout à fait normal, « humain », d’éprouver de la sympathie avec certains, davantage qu’avec d’autres. Sans aller jusqu’à l’hostilité, nous pouvons considérer que deux Frères n’aient pas de lien particulier.

Si nous devons aider un Frère, cela se fait, avant tout, dans le domaine initiatique ; le reste est laissé à l’appréciation de chacun.

Certes, il est difficile humainement de séparer complètement ces deux aspects de la fraternité. Efforçons-nous de veiller à ce que nos relations affectives profanes ne troublent pas nos relations de fraternité sur le plan initiatique. Seule est concevable l’influence inverse.

Il faut d’ailleurs bien noter que notre démarche initiatique a des incidences sur le monde extérieur. Notre action extérieure ne concerne pas que nos Frères, elle s’étend à l’humanité toute entière. Cela nous est rappelé par l’énoncé des 7 œuvres de miséricorde.

La véritable démarche d’amour fraternel est une démarche qui ne demande pas de réciprocité. On aime pour aimer, pas pour être aimé. Toute autre conception est une conception profane qui ne peut conduire qu’à la déception, à la douleur et à l’échec à plus ou moins long terme.

Et si, malgré notre quête, il nous arrive d’avoir des faiblesses, souvenons-nous que, pour être de bons Maçons, il nous faudra sans doute travailler toute notre vie.

Pour nous guider, relisons les question-réponse n° 26 de notre catéchisme :

-En quoi le Franc-Maçon doit-il se distinguer des autres hommes ?

-Par sa droiture et son amitié envers ses Frères et Sœurs ; par sa manière de penser libre et volontaire et par l’évolution de sa manière de vivre.

Tous les espoirs nous sont donc permis.

Voyage

Vénérable Maître, mes sœurs et mes frères en vos gades et qualités.

La planche que je vais tracer devant vous décrit le cheminement que j’ai effectué en votre compagnie depuis que vous m’avez reconnu pour tel sous le regard de l’Ordre que je qualifierai de Sublime. Ordre que je désire rejoindre, Ordre qui du début assure la fin, cet Ordre qui n’appartient à personne, cet Ordre qui réveillé demandera de rendre la Gloire à son Nom. Ce désir est un désir vrai car dégagé du plaisir de l’ego et de la peur de la mort de l’autre. Alors que naisse le fils de l’humain ! Pour moi ce fut le début d’une véritable révélation que j’aimerai vous faire partager.

Je commencerai un peu comme un inventaire à la Prévert :

Bible, maillet, compas, équerre, ciseau et marteau. Fil à plomb, niveau, hexagramme flamboyant, pavé mosaïque et houppe dentelée. Je suis dans une loge qui a la forme d’un carré long, longue de l’Orient à l’Occident, large du midi vers minuit, haute jusqu’aux nuages. Elle est fondée sur trois piliers, la Sagesse, la Beauté et la Force. Le soleil, la lune et les étoiles l’éclairent. Je dois travailler avec ces outils, mais où, sur quoi, comment, dans quel but, dans ma loge, en dehors. On me dit que tout est symbole, certes, qu’il m’apprendra à percevoir autre chose. Je me sens quelque peu en dehors du temps, où suis-je ?

De plus je dois œuvrer pour le bien de l’humanité. Je ne saisi plus. Des cercles, triangles et carrés dansent dans mon esprit. On me dit : tu es un apprenti. Je ressens qu’il ne peut en être autrement. En tant qu' apprenti tu fais silence. J’en suis ravi.

Ecouter, comprendre, travailler, être assidu, humble en toute chose, s’ouvrir, être Soi-même, s’affirmer sans orgueil si non tout ne sera que « vanité et poursuite du vent », dans l’amour fraternel de ses sœurs et de ses frères, dans l’obéissance à l’Ordre. Voilà le chemin que je dois suivre pour m’éveiller, me faire connaître, reconnaître pour me laisser emporter dans Son Amour, et je le suivrai, je m’y suis engagé.

Difficultés, chutes, tentations, reculs, doutes, incrédulité, le chemin sera rude mais grande est la miséricorde. Rester loyal, fidèle, confiant, cela se doit, jusqu'à bonne fin. Les Pauvres Chevaliers du Christ en ont témoigné par leur foi, leur espérance, eux qui ont été charité et bienfaisance pour leurs semblables. Ont-ils toujours craint l’Eternel ? N’ont-ils pas voulu se construire un royaume en Son Nom ?

Rendus dépositaires d’un message, ils en ont assuré la transmission. La première question du catéchisme d’apprenti est : Etes-vous franc-maçon ? La réponse est : Mes Frères et Sœurs et Compagnons me reconnaissent pour tel.

Comme en toute chose, il s’agit d’analyser cette phrase, la déstructurer et essayer s’il y a lieu d’en dégager un sens plus précis.

Mes Frères et Sœurs et Compagnons, mais où sont les Maîtres ? Ce sont également des Frères et des Sœurs comme d’ailleurs les Compagnons. Compagnon a été mis en avant pour le mettre en rapport avec franc-maçon. Alors à qui pensons-nous ? Aux Compagnons constructeurs. Un franc-maçon construit. Il est un constructeur.

Me reconnaissent pour tel. pour pris seul marque le but à atteindre. Joint à tel, l’ensemble devient locution. Une locution est une forme de langage particulière ou fixée par la tradition. En français pour tel et comme tel ont la même signification, à savoir : possédant cette qualité. Joignons pour tel à reconnaître. En français, reconnaître pour tel signifie : admettre, tenir pour.

Etes-vous franc-maçon ? devient : Etes-vous un constructeur ? et la réponse : mes frères et sœurs l’admettent, le tiennent pour vrai. Ils et elles ont vu que j’en possédais la qualité. Quelles que soient nos analyses, elles doivent toutes nous conduire à une compréhension commune partagée. Que construire ? Qu’elle est cette qualité ?

Qu’est ce que je cherche ?
Une reconnaissance que de simples mortels, sans existence, bouffis d’arrogance accordent ou pas ? Oublieux de leur mission, en pleine prévarication, des Lobis et carnets d’adresses sont constitués, tout ceci bien sûr pour le bien de l’humanité. Non merci !

Qu’est ce que je cherche ?
Certainement pas un repli sur moi même, une introversion du fait du désespoir régnant sur ce monde où au nom d’un individualisme méprisable on fait aux autres ce que l’on n’a pas envie que l’on nous fasse. Les droits de l’homme régulés par les marchés, quelle horreur ! Pourquoi certains auraient ils le droit d’avoir et d’être plus que d’autres ? Que l’on me dise pourquoi ? Où est l’amour de son prochain, la compassion ? A vivre en dehors de la Lumière, sans charité, voilà le résultat ! N’oublions jamais que ce qui est écrit est écrit. N’oublions jamais que l’espèce humaine qui clame partout son libre arbitre est l’unique responsable des abominations commises dans ce monde. Elle a même inventé le diable pour se déculpabiliser. Pourquoi voulez-vous que Dieu se préoccupe de ces animaux ?

Ayons cependant confiance, sa miséricorde est grande.
Peut être que : « Tu ne chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ».

Comme pour tout bon constructeur, de bons outils. Les manier demande un apprentissage prudent si non l’imperfection guette. De plus un tablier déployé qui protégera d’éventuelles blessures n’est pas superflus.

Alors quels sont ces outils ? Un marteau, un ciseau, une équerre, ceux qui bougent. Le marteau et le ciseau, outils du tailleur de pierre et pourquoi de pierre ? Par ce que je suis un franc-maçon, un constructeur et que la pierre a été depuis l’aube des temps le matériau privilégié pour la construction. Que nous disent ces constructions ? Elles s’expriment par la géométrie de leurs rapports, par leurs emplacements géographiques, par leurs interférences, entre elles ou avec d’autres systèmes qui sont en fait l’expression d’un seul rapport qui a déterminé tous les autres géométriquement identiques mais différents dans leurs substances. Ou tout simplement par leurs formes. Dolmen, pyramides et cathédrales sont des visages différents mais parlent de la même Puissance. La franc-maçonnerie en parle dans ses rituels et la représente sur les tapis de loges. Et pourquoi ces outils ? Par ce que se sont ceux que l’on doit utiliser pour travailler la pierre. Je les utiliserai donc.

Mon travail se fera par l’équerre. Tout ce ci paraît étrange. Tout est symbole. Une bonne définition de Jean Pierre BAYARD (La spiritualité de la Franc Maçonnerie) nous dit : qu’il signifie la chose même ou l'idée matérialisée qu’il évoque, il ne la représente pas seulement par analogie. Il évoque nécessairement un complexe de pensées qui se projettent en lui, et c’est cette projection qui s’impose ensuite à nous. En fait le symbole est un intermédiaire entre notre dimension et une autre, entre différentes couches, faces, strates où éléments d’une même structure dont certains nous sont totalement inaccessibles. L’idée véhiculée possède la même signification conceptuelle dans les dimensions concernées mais pas obligatoirement une même application. Je prends un exemple : la verticalité a pour nous la plupart du temps le sens d’être bien droit dans la hauteur, jamais courbé, alors qu’ailleurs elle pourrait juste indiquer le sens d’une opération à effectuer, de haut en bas ou de bas en haut. Le concept de verticalité se conserve mais l’application diffère. Tout est simple, tout est complexe. Que de travail ! Mais peut être que par l’intuition et la simplicité tout s’éclaire ? Ne pas intellectualiser, raisonner, mettre en équations systématiquement pour comprendre, prouver, expliquer, reproduire, construire dans l'orgueil, la vanité, mais laisser la porte ouverte au rêve, au merveilleux, au féerique, à l’étonnement pas à l’incrédulité ; soyons des enfants ébahis devant un tel mystère et acceptons-le, humblement, sans peur, en toute confiance, voilà une bonne approche.

Mon but en toute humilité n’est pas d’expliquer, de vouloir donner des leçons, mais simplement de montrer ma perception, ma compréhension qui n’est pas une science exacte. J’insiste car les plus grands des dangers tapis sont cette vanité, cet orgueil spirituel souterrain, sournois rampant qui rôdent, qui cherchent la moindre faille, le moindre relâchement de notre part pour couper tous les filins, détruire tous les ponts.

Pour en finir avec les outils, je ne résiste pas au plaisir que j’ai à vous parler du fil à plomb. Nos outils ne sont pas tous statiques, le mouvement les accompagne assez souvent, sauf pour la Bible, le maillet et le Compas. Le fil à plomb me donne la verticalité, comme le niveau l’horizontalité et comme l’équerre lie la verticalité à l’horizontalité. Que vais-je faire ? Et bien, je coupe le fil qui soutient le plomb. Je fais un faux mouvement. Par la pesanteur il tombe sur le sol, certes mais en direction du centre de la terre. Le centre un autre concept ! La terre tourne autour du soleil, centre du système solaire, qui tourne autours de la voie lactée qui tourne autours du centre du groupe local des galaxies voisines qui à leur tour vers le super amas local (groupe de galaxies encore plus vastes) qui se dirige lui-même vers ce qu’on appelle « le grand attracteur », un immense complexe de galaxies massives situées à une très grande distance. Les notions de centre, de cercle apparaissent tout simplement en partant de mon sympathique fil à plomb. Et pourquoi le « big bang » ne serait-il pas l’explosion d’un trou noir ayant fini son œuvre de concentration de matière. Ce modèle en vaut bien un autre. Il est aussi vrai que faux. Les modèles ne sont-ils pas pour nous, même s’ils se réalisent, que des illusions de perception de l’énergie créant des formes. La Puissance immense, totalement détachée de cette contingence dépasse l’entendement humain. Le but nous sera toujours étranger. Les astro-physiciens ont établi que la densité de l’univers peu de temps avant son explosion avait été proche de 1 pour varier de 1/10 soit 0,1. Si elle s’était éloignée de ce rapport, de cet équilibre, le déclenchement de toutes les phases participant à la construction du monde n’aurait pas eu lieu. La densité n’a varié que d’un rapport, non d’une quantité. Eblouissant ! Le nombre d’or, Pi auraient- ils une influence quelconque ? Est ce là leur origine ? Leur rôle premier ?

Le monde ne doit sa forme qu’à un rapport.

En physique quantique une particule en rotation (ou spin) qui tourne vers l’Est ou l’Orient (inverse du sens des aiguilles d’une montre) représente le 1 et une autre qui tourne vers l’Ouest ou l’Occident (sens des aiguilles d’une montre) représente le 0. Ce qui veut dire que la particule tourne dans les deux sens en même temps et représente à la fois le 0 et le 1 (ceci sans observation). De même on applique 7 impulsions à 7 particules qui tournent en même temps d’ouest en est (0,1) sans les observer. On aboutit à une superposition d’états qui représentent simultanément 128 états ou 128 nombres. Le (0,1) en physique quantique est appelé qubits ou cubits.

Ne serait ce pas là notre pierre cubique ?

La Bible ne relève pas de la pièce de musée. Bien au contraire, son actualité c’est maintenant et tous les maintenant elle est d’actualité. Rappelons-nous ce que dit Jésus : si nous devions retenir et faire qu’une seule action, c’est celle de l’amour de son prochain. Sans le Livre tous les espaces sont vides et notre espace à nous n’est pas vide. Nous contemplons maintenant la vraie puissance de nos symboles, de nos outils qui ont traversé tous les âges. Il existe une façon particulière de lire, de compter, d’écrire et de parler. Ne jamais s’arrêter à la surface des choses, des idées, toujours essayer de voir ce qui se cache derrière le voile est une nécessité. Je dois me mettre en adéquation, me rendre compatible pour réintégrer dans la convergence.

Travailler sur soi-même est la première tâche. Si je suis sincère l’amour se fera jour et je voudrais le partager avec toutes mes sœurs et tous mes frères humains. Je ne supporterai plus leurs souffrances, l’injustice et l’intolérance.

Je serais compassion, charité dans l’humilité, bien plus riche que la solidarité. Je serai vibration sur le chemin de la complémentarité. Pauvreté, esclavage, profit n’ont jamais été des états naturels dans l’ordre des choses. L’horreur économique les a créés. Maintenant elle détruit la planète, tous ses rapports. Elle est devenue un repère de vipères. L’homme a oublié son Nom. Une grande aliénation s’annonce. Elle mettra en danger la stabilité du monde sous une forme nouvelle d’inquisition. Le ciel et la terre sont en nous.

Rappelons-nous (Jérémie 3-16) :On ne dira plus : Où est l’Arche de l'Alliance de Yahvé ? On n’y pensera plus, on ne la regrettera plus ; on n’en construira plus d’autre.

Je ne suis qu’un apprenti dont le sac à dos s’alourdit tout le long du chemin.

En guise de conclusion j’aimerai vous lire un petit poème de ma composition :

Toi, le guerrier caché,
Qui sans cesse guerroyait,
Pour la Gloire de notre Seigneur,
Toujours grand ouvert était ton cœur,

Du trébuchet au bûcher,
L’antéchrist t’a emmené,
Pour la Gloire de notre Seigneur,
Toujours tu l’as gardé dans ton cœur,

Que justice te soit rendue,
Toi que le monde a vendu,
Pour la Gloire de notre Seigneur,
Pour lui tu n’as aucune rancœur.

Gloire à son Nom.

Construction de l'étoile à 5 branches

Il y a deux principales manières de tracer une étoile à 5 branches : La première par inclusion d’un pentagone dans un cercle pré-existant, pentagone que nous étoilons en joignant les sommets un sur deux ; la deuxième en partant d’un module : une longueur servant de base au futur écartement des sommets de l’étoile puis en construisant un carré puis la proportion dorée incluant le pentagone puis l’étoile dans un arc brisé gothique.

Disons que la première méthode est descendante, du cercle vers l’étoile, du ciel vers les hommes, du divin vers l’humain, et que la seconde est ascendante, de l’élévation des hommes vers le divin. Optons pour cette deuxième méthode.

Je trace en bas une ligne horizontale. Si je suis à ma table, elle fait la longueur d’une partie de mon corps : une paume, une palme, un empan, un pied, voir une coudée, une canne. Si je suis métreur sur l’esplanade du futur temple elle en mesure peut-être déjà la largeur de l’allée centrale. Si je suis architecte elle préfigure l’écartement des deux futures colonnes de la façade.

De cette ligne je développe le carré. Si je quitte ma table, il est mon atelier, ou plus précisément le carré de base de mon quartilage, nécessaire à tout tracé et à toute mesure. Si je suis métreur, il est le narthex du futur édifice. Si je suis architecte, il définit la hauteur de la porte.

Je divise ensuite ce carré en deux carrés longs. Apprenti de métier, ils symbolisent côte à côte, au Nord ma Loge et au Sud la Loge des Compagnons finis. Si je suis métreur, ils sont le dédoublement nécessaire au passage à une dimension supérieure. Si je suis architecte, cette division montant verticalement est le trumeau central de la porte à deux vantaux.

Ensuite je me place au centre de la première ligne tracée. De là je trace les deux diagonales de ces deux carrés longs.

Je couche ensuite ces deux diagonales dans le prolongement de la ligne de départ.

Je couche ensuite ces deux diagonales dans le prolongement de la ligne de départ.

Si je suis au sol dans mon atelier je viens de découvrir la proportion dorée. Si je suis métreur j’ai là la base de mes croisées d’ogives. Si je suis architecte je définis ainsi la largeur de l’édifice.

Me positionnant alors aux deux sommets de ma ligne de base je peux maintenant développer la voute qui va contenir l’étoile.

Me positionnant alors aux deux sommets de ma ligne de base je peux maintenant développer la voute qui va contenir l’étoile.

Me positionnant alors aux deux sommets de ma ligne de base je peux maintenant développer la voute qui va contenir l’étoile.

Si je suis au sol dans mon atelier, j’apprécie déjà toute la beauté, toute la simplicité, je commence à percevoir toute la régularité d’un tel tracé. Si je suis métreur, j’ai là devant moi le patron des croisées d’ogives. Si je suis architecte, je viens de définir la mesure du sol jusqu’au centre de la rosace de la façade.

C’en est fini presque fini. Je voulais que la longueur de départ soit l’écartement de deux sommets de l’étoile, cette longueur, je la prends sur les côtés verticaux du carré...

...je la prends sur les côtés verticaux du carré que je viens faire appuyer sur les deux arcs doubleaux.

...je la prends sur les côtés verticaux du carré que je viens faire appuyer sur les deux arcs doubleaux.

J’obtiens ainsi, en plus de la clef de voute et de mes deux extrémités de la ligne de départ deux points formant les 5 sommets du ...

les 5 somments du pentagone régulier.

J’ai inventé cette histoire opérative pour nous accompagner dans ce tracé difficile de l’étoile à 5 branches. Je n’ai pas raconté de sottises, mais cette histoire n’est pas nécessairement en lien avec les Rites Ecossais de Stricte Observance et Ecossais Rectifié. Elle reste un moyen mnémotechnique de construction.

ou les 5 sommets du pentagone étoilé.

La géométrie est un art sacré. Les compagnons bâtisseurs connaissent l'art du tracé régulateur, cette trame sur laquelle le bâti se fonde. Il est le support de la construction, l'interface entre elle et le lieu qui la porte. Nul besoin de mesure, de calcul, même nul besoin d'équerre. Il suffit d'un module de départ, d'un compas, d'une règle et cet art pour peu qu'on y trouve quelque intérêt révèle toute sa beauté.

Au-delà des mathématiques, la géométrie préfigure l’architecture, objet spécial des études du compagnon, lui qui doit construire son temple intérieur avec l’aide de ses voyages, ses quêtes, ses travaux, muni de la règle et surtout du compas. L’éloge particulier de la Géométrie qui, dès l’époque médiévale, apparaît synonyme de Maçonnerie, trouve sa justification dans le fait que l’homme travaille toujours par mesure. Pour le franc-maçon, la relation entre géométrie, art royal de l’architecture et édification spirituelle est incontestable, inspirée de la maxime platonicienne : Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre, inscrite au-dessus de la porte de l’école de Pythagore.

A la recherche d’une spiritualité perdue !
La spiritualité maçonnique,
Un grand Silence intérieur et extérieur.

La voie royale de la Connaissance est un Chemin qui n’est pas un chemin. C’est le monde mystérieux de la résurrection. L’esprit souffle là où il veut, laissons-nous toujours emporter par la vague de la « Connaissance ».

Comment définir cette spiritualité : c’est l’écoute de soi pour discerner ce que nous pouvons admettre en notre Intérieur sans troubler nos principes moraux.

Cela peut se faire grâce à l’écoute, à une attitude de réceptivité, de maniabilité et de souplesse. Il faut ainsi s’occuper de soi avec ordre, et avec fruit par la lecture, l’écriture, la psalmodie, la prière intérieure, la méditation et le travail, c’est donc une écoute tranquille de notre cœur. Cette spiritualité vient à nous si nous n’avons pas un attachement excessif aux lumières rationnelles, à l’orgueil, voire à une suffisance intellectuelle, à la superficialité et aux manques d’attention aux réalités spirituelles.

La voix de la spiritualité passe donc par une profonde transformation de soi.

Mais entrer dans les profondeurs de son cœur signifie aussi avoir un chemin à parcourir, chemin pour nous libérer de nos idoles, de toutes les illusions pour aller vers l’Humilité.

Notre but spirituel ne doit pas être de chercher l’épanouissement de soi en fonction de nos propres valeurs et capacités humaines. Non, l’homme en recherche doit se réaliser en lui-même par l’accomplissement de ses propres possibilités, car le bonheur de la réalisation en soi n’est pas une fin en elle-même et ce n’est point un absolu de vie.

La spiritualité c’est se connaitre soi-même comme esprit. L’homme doit vivre avec un esprit conscient dans une forme de transcendance. Il doit bâtir son temple intérieur par une méthode symbolique comme par exemple en prenant le temple de Salomon comme référence. Le symbole doit alors être comme un aiguillon pour la connaissance, nous sommes alors dans une quête d’absolu sans transcendance, nous devons en fait viser le perfectionnement de nous-même.

Faut-il nous laisser conduire par l’esprit ? La recherche de la spiritualité est une invitation sans jamais rien imposer et cela ne nous fait pas perdre notre liberté mais au contraire cela nous rend libre. A nous toujours de chanter notre propre partition et non celle de notre voisin. Nous vivons au niveau de notre vie matérielle le plus superficiel de notre être. Nous agissons comme si notre vie naturelle était le tout d’une existence et nous réduisons alors notre vie à une réalisation rationaliste sans hauteur de vue. Notre vie spirituelle englobe tout l’être de l’homme, conscience et inconscience mélangées.

Le franc-maçon doit appartenir à une religion déterminée car il prête son serment sur la bible. Et en entrant en maçonnerie il ne cesse pas pour autant d’appartenir à sa religion d’origine s’il le désire. La franc-maçonnerie est au-dessus des religions car elle ne révélera pas de vérités supérieures à un enseignement religieux, elle incite seulement à chercher sa propre vérité pour la réaliser en lui-même.

Oui l’origine de la franc-maçonnerie est chrétienne. Mais si les rituels d’origine anglaise ont été faits à la mesure du christianisme catholique, les rituels continentaux ont pris une autre voie. Les rituels n’ont pas vu leur contenu religieux réduit car ce ne fut point une laïcisation des rituels. Le but était alors d’aplanir les différences entre les juifs et les chrétiens. La déchristianisation des rituels français est particulière car il a été abandonné les deux saints jeans lors des célébrations des fêtes d’ordre. Oui le caractère chrétien de nos rituels est très marqué surtout par cette assertion : « aucun profane ne peut être reçu s’il ne professe la religion chrétienne » et s’il n’est pas « fidèle à la sainte religion chrétienne », alors comment douter encore de sa conception chrétienne ?

Quels sont les points particuliers d’une franc-maçonnerie chrétienne ? Cinq grandes valeurs sont mises à la lumière :

  • La tolérance : c’est la tolérance religieuse qui permet de mettre les religions sur un pied d’égalité. Or il existe des incompréhensions de la « chose » religieuse qui vont créer une forme d’intolérance intellectuelle, le manque de culture « chrétienne » et de connaissance va créer de l’Intolérance. Cette Tolérance qui nous est si chère passe par le respect de la personne humaine, par le respect de la Liberté, par le respect du cheminement intellectuel et spirituel en chacun de nous et cette Tolérance doit alors ne jamais provoquer l’Indifférence.
  • La construction du Temple : c’est le thème de nos franc-maçonneries, nous construisons en commun mais ensemble aussi car tout est « œuvre commune ». Dans ce temple que nous construisons il y a des réceptions et des initiations qui ne sont que le fruit d’un Collectif, ce qui est une méthode contraire à celle de l’alchimie qui privilégie le travail solitaire. Par ce travail en commun avec un travail individuel nous trouvons un renouvellement permanent de notre travail et de notre façon de penser. Oui entendre en loge plusieurs fois le même sujet traité est une vraie source d’enrichissement et non jamais d’appauvrissement. C’est la répétition qui crée le maçon. La loge a une unité Fraternelle et spirituelle, c’est un être vivant qui ne doit pas être une hydre vivante car nous construisons le temple du « grand architecte de l’univers » et non celui de « l’humanité ». Nous ne pouvons pas édifier un temple à l’Humanité car nous élèverions un temple en construisant notre propre Idole. Le franc-maçon doit avoir un rayonnement personnel après avoir été transformé par l’initiation et la franc-maçonnerie pour l’accompagner travaille dans une Loge qui n’est pas une église ni un club de réflexion sociale et politique.
  • Le principe transcendant de la franc-maçonnerie est le grand architecte. Dieu est le créateur qui donne l’être à toutes choses, il est l’auteur du plan du temple que bâtissent les maçons. Il est à l’origine de l’œuvre maçonnique et c’est à sa gloire que cette œuvre s’accomplie. Dans cette construction c’est l’humanité elle-même qui y trouve son accomplissement, non dans l’orgueil et la démesure comme les bâtisseurs de la tour de Babel, mais tout cela se fait dans un acte d’amour qui répond à l’amour de Dieu. Cette tour de Babel fut érigée avec une idée de se retrouver si cela devait aller mal pour le genre humain. De même l’idée de se retrouver si tout devait aller mal se retrouve dans la confusion des langues, confusion qui possédait des signes propres et qui exprimait des idées : c’est la confusion des langues qui a été confondu avec le langage des architectes qui a déterminé alors les maçons à créer des signes pour se reconnaitre entre eux. CQFD.
  • Les pierres vivantes : Nous sommes des pierres brutes mais vivantes, nous ne sommes que les pierres du temple que nous élevons. Chaque franc-maçon doit ainsi se travailler lui-même de manière à être capable de s’intégrer dans l’édifice auquel nous travaillons tous ensemble.
  • Lumières et ténèbres : Il n’y a pas de place en maçonnerie pour un principe des ténèbres situé sur le même plan que le principe de la lumière. Dans la genèse il nous est dit qu’il existe d’abord la lumière puis le soleil et la lune. Les ténèbres ne sont que l’absence de lumières et la source des ténèbres où erre le profane avant sa réception réside dans l’acte où l’homme s’est volontairement séparé de Dieu car il a voulu construire un temple pour lui-même. Ainsi lors de la réception la communication de la lumière n’est que l’annonce de cette illumination intérieure à laquelle tout maçon doit parvenir. La conception de l’Homme ne peut être dictée par les choses provenant d’un matérialisme mondialisé. La question qui se pose alors est la suivante : « La laïcité a-t-elle une valeur maçonnique », est-elle une opposition à une éventuelle spiritualité ? Devons-nous alors distinguer « laïcité en soi » et « spiritualité en soi » ? La spiritualité est plus un état d’esprit qu’un principe intangible car c’est la liberté qui doit « guider nos pas. »

La franc-maçonnerie est un Ordre séculier proposant un système hiérarchisé de règles dont la finalité est la libération de l’homme par l’initiation, c’est à dire grâce à des voyages intérieurs qui seuls permettent la connaissance de soi et la maitrise de son ego.

Mais la tradition n’est pas seulement un ensemble de coutumes et de rites. Elle induit obligatoirement une doctrine métaphysique portant sur la valeur transcendantale de l’Homme, avec la vérité dépassant parfois l’Homme lui-même en connaissant alors les principes universels qui régissent l’ordre du Monde. Il est vrai que l’utilisation du terme « spiritualité » induit l’affirmation de la primauté de l’esprit sur la matière, l’esprit étant en ce sens une réalité substantielle spécifique de la matière. La spiritualité c’est bien l’affirmation de la primauté de l’esprit sur la matière. Cet esprit n’est pas coupé du corps car chaque être humain possède une valeur sacerdotale et prend conscience du divin qu’il porte en lui. Ainsi il vit perpétuellement en lui et il existe une permanence de l’effort à se réaliser soi-même. Les tenues maçonniques devraient être plus rapprochées et nombreuses. Cette spiritualité implique un certain renoncement aux choses de ce monde et implique ainsi un changement d’état pas à pas et état par état permet son avancement dans sa quête. Elle est une éthique qui ne prétend à aucune valeur absolue et en ce sens elle est a-morale, elle n’a d’autres buts que de comprendre le monde que nous sommes. Et c’est dans cette Liberté d’examen de soi qu’existe la Connaissance. Nous devons aller vers la spiritualité en arrêtant d’agir à tout prix pourvu qu’on agisse, en arrêtant de penser à nos manques, d’arrêter de hiérarchiser le travail dans le cadre de son approche spirituelle.

Mais la spiritualité, est-ce la tentation du désert ? Voulons-nous toujours nous libérer de l’anarchie déréglée de nos passions. La tentation est souvent omniprésente dans notre soif de vérité et de foi. Cela nous oblige à passer par de nombreuses épreuves dont celle de la Foi, celle de l’Espérance, celle de l’Amour ?

Cette spiritualité passe par l’estime de soi et c’est l’humilité qui en est le maître-mot. Entre orgueil et mésestimation de soi le chemin est souvent plus dur à faire qu’il n’y parait. Malgré parfois des désirs infantiles de toute puissance parfois accentuée par une vision narcissique nous pouvons nous élever et grandir. Notre valeur d’Etre qui passe par l’Amour peut nous aider à être ce que nous sommes, soit nous-même.

Dans notre vie maçonnique très peu d’occasions s’offrent à nous de briller et nous avons parfois en nous le besoin de faire en sorte qu’une tenue maçonnique avec ou sans réception se déroule parfaitement. Par notre exemple et notre office de loge, nous pouvons circonvenir à toutes nos ambitions et nos déplacements « spatiaux » dans le temple nous permettent de vivre notre Liberté.

Notre besoin de reconnaissance peut parfois manquer d’une confirmation extérieure par la solitude. Mais réunis tous ensemble en tenue nous rassérène et nous rend digne à nos yeux de vivre au milieu du temple des frères et sœurs réunis.

L’humilité fait aussi partie de la spiritualité, elle est donc engendrée par l’estime de soi de façon paradoxale. Lors des tenues nous tentons de prendre place en nous en ayant conscience de la place que nous occupons dans le temple. Nous sommes fiers et heureux d’être là au milieu de nous-même, l’esprit et le corps apaisé. Mettons alors ce bonheur et cette magnanimité au service de Dieu.

Face aux regards des autres nous-mêmes nous nous sentons à égalité, en fraternité non jugeante, sans dépendance de son approbation, seul juge de nous-même. Et par la connaissance de nos limites et de nos défauts ainsi que par l’utilisation des moyens spirituels mis à notre disposition nous pouvons avancer en pleine lumière. La Miséricorde aidant nous assumons ce que nous sommes dans un abandon joyeux et dans un dépouillement total pour vivre nos valeurs chrétiennes d’amour, de charité, d’espérance. Libre de nos pensées, de nos besoins primaires, de nos jugements hâtifs nous voici face à nous-même. Ne soyons alors ni sur-indépendant ni sur-dépendant mais soyons simplement dans une amitié qui transcende le temps et l’espace en étant toujours véridique sans aveugler notre esprit.

Maçon il nous faut sans cesse contrôler nos sentiments, sans raidissement et sans violence. En élargissant notre point de vue par la « confrontation » avec les autres nous-mêmes nous pourrons arriver à une forme d’Objectivité en sachant renoncer à ce que l’on croyait vrai. A l’appel de la volupté répondons par la chasteté spirituelle ; à l’orgueil répondons par une fraternité affective d’humilité ; au mensonge répondons par une ouverture de pensée confiante aux destinés des hommes et du dessein de Dieu. Il nous faut donc aller vers l’Espérance, et l’Espérance est Confiance, et la Confiance c’est la Conscience de soi qui fait des maçons des hommes « murs » par son amour, par son travail, son humanité et sa contribution permanente aux valeurs spirituelles de l’âme.

Le 29 mai 2020, jour de la saint Aimar. D. B.
Les agapes : Sens et significations.

Nous disons souvent que les agapes sont le prolongement de la Tenue. Les agapes fraternelles sont un moment privilégié pour mieux connaître les Frères, libérés des rigueurs de nos rituels. En ce sens, nous pouvons les considérer comme une sorte de sas entre le Sacré de la Tenue qui vient de s’achever, et notre retour dans la vie profane.

Néanmoins, quand on voyage un peu, on constate que le déroulement des agapes, dans le monde maçonnique, varie beaucoup selon les Loges ou les circonstances : certaines agapes sont dites « rituelles » ; on parle aussi « d’usages de table » ; mais il arrive aussi que les conversations tournent autour de sujets profanes, d’intérêts ou de préoccupations individuels, quand ce ne sont pas des grivoiseries.

Lorsque j’ai participé, pour la première fois, à de agapes dans nos Loges de la Stricte Observance, j’ai pu apprécier leur justesse et leur essentialité.

Ce travail n’a pas la prétention de dire, ni même de suggérer, ce que devraient être nos agapes ; j’ai simplement eu envie de m’interroger sur leur sens (au singulier), et leurs significations.

Je vous propose de vous faire partager me réflexions, selon le plan suivant :
1 – La place du repas dans les traditions, et les règles qui l’accompagnent,
2 – La définition du terme « AGAPE », avec son sens et ses significations.

I – LA PLACE DU REPAS DANS LES TRADITIONS, ET LES REGLES QUI L’ACCOMPAGNENT

Lorsque l’on parle d’agapes, on pense tout d’abord à un repas. Or, le repas est un moment important dans les traditions. C’est d’abord une nécessité vitale : « Il faut manger pour vivre ». Ce besoin élémentaire étant satisfait, il s’y ajoute un besoin social, ou affectif : on partage. Le « compagnon » est celui qui « partage le pain ».

Le partage du repas crée un lien tellement fort que la rupture de ce lien est stupéfiante. Le soir venu, il était à table avec les Douze. Et, tandis qu’ils mangeaient, il dit : « En vérité, je vous le dis, l’un d’eux me livrera... Quelqu’un qui a plongé avec moi la main dans le plat, voilà celui qui va me livrer. Matthieu, 26.20-23

Les despotes, non seulement empêchent les vaincus de célébrer leurs repas rituels, mais leur imposent les leurs : Il n’était même pas permis de célébrer le Shabbat, ni de garder les fêtes de nos pères... On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. Un décret fut rendu... pour que dans les iles grecques du voisinage, l’on tint la même conduite à l’égard des Juifs, et que ceux-ci prissent part au repas rituel, avec ordre d’égorger ceux qui ne se décideraient pas à adopter les coutumes grecques. 2e Livre des Maccabées, 6.6-9. Moment privilégié, donc, avec ses obligations et ses interdictions.

Les rites accompagnant les repas sont souvent des rites commémoratifs, issus de ce qu’on appelle les « lois de témoignage ». L’observation du Shabbat est un rappel de la Création.

D’autres prescriptions accompagnant les repas échappent, apparemment du moins, à la raison. Ex : l’interdiction de certains aliments ou de certains mélanges au même repas. Adam est végétarien, et n’a de limite que celle du fruit défendu.

Après la chute, les choses se compliquent. Il faut attendre Noë pour que la consommation de la viande devienne licite. Et encore, il y a une différenciation très nette entre les animaux purs et les animaux impurs, ces derniers ayant toutefois le droit d’exister. Ainsi, dans l’Arche, il y a 7 couples d’animaux purs et 2 couples d’animaux impurs.

Le repas s’accompagne de règles que nous pourrions qualifier de règles de bienséance ou d’hygiène :

As-tu pris place à une table somptueuse ?
N’ouvre pas la bouche pour la vanter,
Ne dis pas : « quelle abondance ! »
Souviens-toi que c’est mal d’avoir un œil avide.
Ne te jette pas sur le plat en même temps (que ton hôte)
Mange en homme bien élevé ce qui t’est présenté,
Ne joue pas des mâchoires, ne te rends pas odieux.
Ne sois pas glouton, de crainte d’un affront.
A régime sobre, bon sommeil.
L’insomnie, les vomissements, les coliques,
Voilà pour l’homme intempérant.
Si tu as été forcé de trop manger,
Lève-toi, va vomir, et sois soulagé.
Avec le vin, ne fais pas le brave,
Car le vin a perdu bien des hommes.
On t’a fait président ? Ne le prends pas de haut,
Sois avec les convives comme l’un d’eux,
Prends soin d’eux, et ensuite, et ensuite assieds-toi.
Parle, vieillard, car cela te sied,
Mais avec discrétion : n’empêche pas la musique.
Parle, jeune homme, quand c’est nécessaire,
Deux fois au plus, si l’on t’interroge.
Ne traite pas avec les grands d’égal à égal… »
L’Ecclésiastique, 31.12-31 ; 32.1-9

Les repas permettent aux membres d’une même Tradition de se reconnaître et de s’affirmer dans une commune identité. Le repas est un symbole, donc un signe de reconnaissance. Dans toutes les traditions, on retrouve à peu près les mêmes règles pour ce qui est du déroulement du repas : On peut dire que la bénédiction est, en fait, le rituel entier du repas. Elle ne se limite pas au simple fait de prononcer des paroles. Et ceci est une notion importante, parce que cela veut dire que, quelle que soit la forme qu’on peut donner au repas, le fait de se réunir entre Frères et Sœurs, autour d’une table, implique à lui seul le respect de certaines règles. Dans le Zohar, la bénédiction comporte 10 éléments particuliers, dont certains sont communs à bien d’autres traditions. Parmi les plus courants, citons :
- Le dressage de la table pour le repas : Celui qui n’a pas beaucoup d’aliments, mais qui dresse la table, est loué, car il est dit : « Tu mangeras devant ton Dieu ».
- Le lavage rituel des mains : Celui qui mange sans s’être lavé les mains, c’est comme s’il mangeait une nourriture impure.
- La bénédiction proprement dite

La bénédiction prononcée au moment de la distribution du pain et du vin est une profession de foi. D’ailleurs, cette bénédiction n’est pas seulement un acte de reconnaissance (au double sens du terme), mais elle a une autre dimension : elle diffuse la présence divine sur la terre : Bénis, Seigneur, nos personnes et Tes dons, que nous recevons dans un religieux silence. ; Seigneur, par Ta miséricorde, rends à tous nos bienfaiteurs la vie éternelle.

Il y a des bénédictions pour les nourritures terrestres (avant le repas, et après le repas), mais aussi pour les nourritures spirituelles. C’est le cas pour nos rituels maçonniques.

- Le fait de partager avec les pauvres
- Le comportement à table : n’être ni glouton, ni vorace, mais comme quelqu’un qui mange devant le Roi.

On trouve dans « Histoire, Obligations et Statuts de la très vénérable confraternité des Francs-Maçons » (1742), les avertissements suivants : Tout homme qui place la souveraine félicité à boire, manger et dormir, et la perfection de l’esprit à jouer, chasser, badiner, savoir l’histoire des toilettes, parler le langage des ruelles, et ne lire que des ouvrages frivoles, est incapable d’entrer dans l’Ordre.

Et encore : Vous pouvez vous réjouir d’une manière innocente, vous traiter les uns les autres selon votre capacité, mais en évitant tout excès, et en ne forçant aucun Frère à mange ou à boire plus qu’il ne veut...

- L’obligation de citer des paroles de la Bible, ou de traiter de certains sujets.

Dans les Loges maçonniques anglaises, les instructions se faisaient à table. Il y aurait beaucoup à dire sur les pratiques des différents rites, fort intéressantes au demeurant, mais cela nous emmènerait trop loin. Revenons donc au sujet de cette planche.

II – LA DEFINITION DU TERME AGAPE, ET LA DISTINCTION ENTRE LE SENS ET LES SIGNIFIATIONS

Quelques définitions, tout d’abord :

Le petit Robert : Agape (au singulier) : repas pris en commun des premiers Chrétiens. Par extension : repas entre convives unis par un sentiment de fraternité. Agapes (au pluriel) : festin.

Dictionnaire thématique illustré de la Franc-Maçonnerie : Agape : nom donné au repas que faisaient entre eux les premiers Chrétiens commémorant la Cène.

Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien : Dans la communauté pagano-chrétienne, le terme, au singulier, désigne un repas pour les personnes assistées, en signe d’affection et de bienveillance. Pendant un temps, l’Eucharistie demeure liée principalement dans les communautés judéo-chrétiennes, à un véritable repas. C’est le cas de la DIDACHé. Ce repas, qui a un sens eschatologique, n’est pas appelé AGAPE. Quand le repas se sépare de la fraction du pain, celle-ci se déplace le matin. Ce qui est déjà le cas en Asie Mineure, au temps de Pline le Jeune. Le terme KLASIS (fraction) n’étant plus adéquat, Ignace forme le terme AGAPé, sans qu’il s’agisse de l’Agape ; mais le terme d’eucharistie se généralise ; les chrétiens aisés en terre païenne prennent l’habitude d’inviter, au lieu des gens de leur milieu, les pauvres de la communauté, les « nourrissons de la foi » (Tetullien). Ce repas est distinct et autonome par rapport à l’Eucharistie, mais il cherche à en concrétiser la leçon de fraternité partagée. La hiérarchie y est invitée et cherche à en garder le contrôle, à en écarter les abus, à conserver son caractère religieux, en évitant toute confusion possible avec l’Eucharistie. A partir du IVe siècle, l’agape tend à disparaître et, peu à peu, fera place à d’autres formes d’assistance, le terme d’agape est alors employé pour des repas monastiques.

Dictionnaire des religions Agape : voir charité.

Toutes ces définitions sont éminemment intéressantes ; elles ont le mérite d’aspirer à la précision, et elles ont pour but de faire comprendre, de rendre compte d’une chose extraite de la totalité. En effet, tout symbole est polysémite. On peut dire qu’il contient la plénitude d’un sens. Cette plénitude implique la totalité des oppositions, l’unité des contraires, en-deçà et au-delà des distinctions. Le symbolisme est le langage du sens. Le sens est ce qui génère des significations. On peut dire du sens qu’il est une source toujours fraîche. Cette source alimente plusieurs rivières qui irriguent plusieurs terrains.

Ainsi, lorsque nous parlons d’agapes (au pluriel), nous parlons de ce que nous avons compris, retenu, d’une signification, c’est-à-dire, en fait, d’une définition. Le symbole se contemple, alors que la signification se dit. Le symbole est de l’ordre du visible : la signification, de l’ordre de l’audible. L’homme a la capacité de faire le pont entre le visible et l’audible, par son langage.

Les kabbalistes ont une approche intéressante de ce rapport sens-signification. La voici : Le texte de la Thora n’a ni vocalisation ni ponctuation, pour permettre de multiplier ses accès, d’ouvrir les portes à mille lectures. Le rouleau de la Thora est écrit sans voyelles, afin de permettre à l’homme de l’interpréter comme il le désire… puisque les consonnes sans voyelles supportent de multiples interprétations et peuvent être divisées en multiples étincelles. C’est pourquoi nous ne devons pas écrire les voyelle, car, quand il est vocalisé, le mot n’a qu’une seule signification, mais, sans voyelles, l’homme peut interpréter et faire monter des choses nombreuses, merveilleuses et sublimes. Rabbi Bahya Ben Asher, cité par Guershom Sholem

Il faut donc aller du sens à la signification, sinon il est impossible d’avancer, mais il faut aussi remonter de la signification au sens. Faute de remonter au sens, les religions s’enlisent dans le dogmatisme figé et le formalisme, les philosophes se perdent en raisonnements stériles. Nous-mêmes, Francs-Maçons, pourrions être tentés de récupérer les symboles et de les enfermer dans des définitions qui nous conviennent.

Pour en revenir à notre sujet, je dirai que les Agapes (au pluriel) sont des significations. Que nos rituels de table répondent à des différentes significations, plus ou moins formalistes selon les circonstances. Mais que le sens de l’Agape (au singulier), c’est autre chose.

Agape vient du grec AGAPè, qui veut dire amour. De quel amour s’agit-il ? Car il y a plusieurs degrés de l’amour, à la fois distincts et complémentaires. La langue grecque distingue trois termes :
- L’Eros, qui est l’amour sensible et instinctif,
- La Philia, qui est l’amour spirituel et personnel, une sorte d’amitié avec un développement grandiose,
- Et enfin l’Agapè, qui est la grâce que Dieu accorde à l’homme, et qui est participation à son propre amour.

On peut dire que Eros et Philia montent de l’homme vers Dieu, tandis qu’Agapè descend de Dieu à l’homme. On peut dire aussi que l’homme n’aime vraiment et complètement que lorsque la Philia purifie l’Eros, et qu’à son tour elle est sublimée par l’Agapè. L’Agapè s’exprime comme une attitude chrétienne fondamentale.

L’Ancien Testament parle d’un « Dieu qui aime » comme un Père (Os. 11.1) ou comme un époux (Is. 54.5-6). Il se tourne vers les déshérités. Mais cet amour explose avec le Nouveau Testament. En proclamant Dieu AGAPè, Jean poussera à ses extrême conséquences la révélation progressive de l’amour divin (I Jn 4.8-16). L’amour de Dieu est un amour sans motif. Sa raison est en Dieu exclusivement. Cet amour demande une réponse. Cette réponse se fait à la fois dans le sens vertical et le sens horizontal.

Aimez-vous les uns les autres.

Amour désintéressé, et amour des autres pour eux-mêmes. Dans l’amour du prochain est inclus l’amour de l’étranger, voire de l’ennemi. Mais cette définition chrétienne ne doit pas nous enfermer. L’amour que Dieu nous ouvre permet le dévoilement de ce qui est enfoui dans la fraternité humaine.

Je n’irai pas plus loin dans cet essai difficile de remonter au sens de l’Agape. Je ne peux cependant pas ne pas évoquer la Cène (u latin COENA = souper), puisque l’Agape est la commémoration de cette Cène. La Cène est le repas d’adieu au cours duquel Jésus rompt le pain, et le donne à ses apôtres comme on corps, et bénit la coupe de vin comme coupe de la nouvelle alliance en son sang. La Cène est un rite spécifiquement chrétien, mais enraciné dans le Judaïsme. Elle présente plusieurs caractéristiques :
- Elle est célébrée dans le contexte de la Pâque,
- Elle a donc un aspect festif
- Elle concerne une communauté limitée de participants, avec des conditions précises d’admission,
- Jésus fait des gestes sur le pain et le vin,
- Il y ajoute des paroles explicatives.

La nourriture ainsi présentée ne concerne pas uniquement la faim du corps, mais aussi la faim du cœur et de l’esprit.

On peut noter aussi qu’il a existé une « Cène » à formes très variées, au sein d’organisations ou de sociétés qui n’étaient pas des églises au sens stricto sensu. Ces versions sont diverses, mais toutes chrétiennes : elles ne se substituent pas à la consécration des Espèces Eucharistiques, et se réfèrent au Christ d’une autre façon, extra-sacramentelle. On y trouve des équivalences, d’ordres :
- Sacré, dans la Cène des Pèlerins d’Emmaüs (Actes 2, 42 et 80.7)
- Historique et rituel, mais hors Eucharistie : c’est la tradition du pain béni offert à tous les assistants à l’office, sans distinction,
- Chevaleresque et légendaire : le Graal : les assistants sont réunis en cercle,
- Compagnonnique et de métier : la très ancienne « Cène des Compagnons ».

Pour conclure, je me contenterai de citer à nouveau un extrait de « Histoire, Obligations et Statuts de la très vénérable confraternité des Francs-Maçons » :

Vous cultiverez l’Amour fraternel, qui est le Fondement et la maîtresse Pierre, de même que le ciment et la Gloire de cette ancienne Fraternité. Vous éviterez les disputes, les querelles, la médisance et la calomnie ; et vous ne souffrirez jamais que les autres médisent d’aucun honnête Frère ; au contraire, vous défendrez sa réputation et lui rendrez toute sorte de bons offices, autant que votre honneur et votre sûreté vous les permettront, mais non plus loin.

En mémoire de ma Soeur D. B.
le sacré et le profane.

Dieu dit à Moïse :N’approche pas d’ici, retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte.Ex. 3.5

Le monde moderne est arrivé à un point critique et, corrélativement, le monde moderne représente pour le monde une période de crise. René GUENON : la crise du monde moderne

Les vérités qui étaient accessibles à tous les hommes sont devenues de plus en plus cachées et difficiles à atteindre. La sagesse « non humaine » ne disparaît pas, mais elle s’entoure de voiles de plus en plus épais. Il est question, sous des symboles, de quelque chose qui a été perdu, en apparence, et que doivent retrouver ceux qui aspirent à la véritable connaissance.

La philosophie « profane » est une prétendue sagesse, purement humaine, d’ordre rationnel, prenant la place de la véritable sagesse traditionnelle, supra-rationnelle, et non humaine. Pendant toute l’antiquité, l’enseignement des philosophes eux-mêmes, avait à la fois, le plus souvent, un côté exotérique, et un côté ésotérique, ce dernier pouvant permettre le rattachement à un point de vue supérieur. Au fil des siècles, l’exotérisme prit le dessus, allant jusqu’à la négation de tout ésotérisme. Les sciences traditionnelles du Moyen Age furent anéanties, et remplacées par des préoccupations d’ordre utilitaire.

C’est ainsi que l’on a inventé le mot « humanisme », c’est-à-dire la réduction de tout à des proportions purement humaines. Il s’agissait de faire abstraction de tout principe d’ordre supérieur, et de « se détourner du ciel pour conquérir la terre ». L’humanisme était une première forme de ce qui est devenu le « laïcisme » contemporain.

Tout est ramené à la mesure de l’homme pris pour une fin en lui-même. On a fini par descendre, d’étage en étage, au niveau de ce qu’il y a de plus inférieur en l’homme, et ne plus chercher que la satisfaction des besoins matériels, ce qui est illusoire, car cette recherche crée de plus en plus de besoins artificiels qu’elle ne peut satisfaire.

Le confort et la paresse, le manque d’instructions et de curiosité maçonnique, accélèrent, même dans des sociétés qui se disent initiatiques, cette dégradation galopante. Certaines de nos Loges amies annoncent la couleur : il n’y sera pas question de spiritualité.

Fort heureusement, et, qu’on l’évoque ou non, elle EST.

Marie-Madeleine DAVY dans La connaissance de soi, écrit : Tout être porte en lui un soleil intérieur ; l’essentiel est de le découvrir, d’y adhérer afin de pouvoir devenir entièrement soleil.

Le Logos, énergie vitale, est le souffle de vie qui relie l’homme aux mystères. L’homme abrite l’Esprit qui reçoit la Lumière du Logos. La vie de l’Esprit fait sortir l’homme des ténèbres, car l’homme plongé dans les ténèbres est un homme mort ; l’Esprit ne vit pas en lui. Les ténèbres, c’est ce qui enferme l’homme dans son moi, qui ne tire sa satisfaction que dans les plaisirs matériels, du pouvoir sur les autres, de vanité et de fausses valorisations, ce qui ne permet plus de voir la Réalité.

L’homme peut s’ouvrir à la Lumière de l’Esprit s’il admet la manifestation de la grande loi universelle qui lie le manifesté au non manifesté, le créé et l’incréé, et qu’il s’intègre dans le désir de l’harmonisation de l’univers. Au contraire, il se plonge dans les Ténèbres s’il veut expliquer le mystère des origines, preuve qu’il refuse de reconnaître les limites de son intelligence.

Le Logos n’est pas de même nature que la Lumière de la Genèse. C’est le symbole de ce qui éclaire la vie intérieure, condition de l’harmonie entre les désirs et les actions de l’homme.

Sans désir, l’homme ne vit pas, mais il doit chercher à s’informer constamment sur la nature de son désir, car ce qui lui permet d’accéder à la vie spirituelle, c’est l’orientation juste de son désir.

Quelques exemples pout illustrer mes propos : sciences modernes et Sciences Sacrées.

Chaque civilisation a eu des « sciences traditionnelle », d’un type particulier, qui lui appartenaient en propre. Il s’agissait de réadaptations qui ne sont que des changements de formes et ne touchent en rien à l’essence même de la Tradition. Comparons l’approche moderne (profane) de l’approche sacrée d’une science telle la physique : (étymologiquement, la physique signifie « science de la nature », sans aucune restriction). La physique profane constatera un éclatement, une division en multiples spécialités, qui sont étrangères les unes aux autres. Et même si on réunissait toutes ces spécialités, on ne pourrait pas obtenir un équivalent de la physique ancienne.

La conception traditionnelle rattache toutes les sciences au Principe, comme autant d’applications particulières, et c’est ce rattachement que n’admet pas la conception moderne. Car la conception moderne prétend rendre les sciences indépendantes, en niant tout ce qui les dépasse. Et, en séparant radicalement les sciences de tout principe supérieur, on leur enlève toute signification profonde. C’est pareil dans l’ordre social où les modernes ont voulu séparer le temporel du spirituel.

Et que dire de la déformation de l’alchimie vers une chimie moderne ? Certains, par leur incompréhension, leur incapacité de pénétrer le vrai sens des symboles, ont pris tout à la lettre et se sont lancés dans des expérimentations désordonnées. Les alchimistes les ont qualifiés de « souffleurs ». Ils furent les précurseurs des chimistes modernes, avec des matériaux rejetés par les sciences anciennes et abandonnés aux ignorants et aux profanes.

Dans un autre domaine, les mathématiques modernes ne représentent pour ainsi dire que l’écorce de la mathématique pythagoricienne, son côté purement exotérique ; l’idée ancienne des nombres est même devenue absolument inintelligible aux modernes parce que, là aussi, la partie supérieure de la science a totalement disparu.

Comme le résume fort bien Jean REYOR dans Pour un aboutissement de l’œuvre de René Guénon : Il n’y a pas, il ne peut y avoir d’adaptation de la Tradition à l’esprit moderne qui soient autre chose que des concessions ou des amoindrissements. Il ajoute que compte tenu des influences de temps et de lieu, des autorités EXOTERIQUES peuvent légitimement apporter pour l’ensemble des fidèles des adoucissements dans le domaine disciplinaire... pourvu que la doctrine et les rites essentiels soient soigneusement conservés dans toute leur pureté, si, par ce moyen, on peut maintenir, dans la zone la plus périphérique de la tradition, des individualités qu’une plus grande rigueur écarterait définitivement. Mais il ne saurait en aller de même dans le domaine ESOTERIQUE.

Ne trouve t’on pas la même idée dans le rituel d’installation du V.M. ? : Vous admettez qu’il n’est dans le pouvoir d’aucune personne ni d’aucun groupe d’apporter des innovations dans le corps maçonnique.

Mais, qu’appelle t’on le Sacré ?

Maître Eckhart écrit : Le sentiment du sacré [...] naît en nous quand nous prenons conscience d’entrer dans une nouvelle dimension de l’esprit, fondamentalement autre que celles de notre expérience et de notre pensée habituelle, si exaltantes soient-elles. dans Maître Eckhart ou l’ultime métamorphose du sacré de François Chimbault

Nouvelle dimension de l’esprit, effectivement, pour admettre que nos travaux commencent à midi sonnant et se terminent à minuit plein, alors que les FF et SS ont été convoqués à 20h. Quant à l’orientation de la Loge ; une simple boussole la contredirait. Pas plus que l’espace, le temps sacré n’est homogène et continu. Le temps sacré est réversible, c’est-à-dire qu’il est le temps mythique primordial rendu présent. Pendant ce temps sacré, la durée profane est arrêtée.

Si nous nous réunissons en Loge, c’est parce que nous sentons le besoin de nous plonger périodiquement dans le temps indestructible. C’est ce temps des tenues qui nous rend acceptable le temps ordinaire. C’est l’éternel présent qui nous fait accepter la durée profane. Et c’est d’ailleurs cette rupture avec la vie profane qui nous permet de nous régénérer. C’est pourquoi nous insistons sur l’obligation d’assiduité.

Article 7 des statuts de la Stricte Observance Templière : Aucun Frère ou Sœur ne doit se dispenser d’être présent en Loge sans une raison très valable et la permission du Maître. Cette recommandation va bien au-delà de l’obligation administrative. Tiraillés comme nous le sommes entre notre volonté de progresser sur la voie initiatique et la tentation de la facilité du monde moderne, nous ne pouvons pas faire l’économie de travailler et d’être assidus en Loge. Le combat est difficile, car la vie spirituelle n’est pas un long fleuve tranquille.

Voulons-nous être parfaits ? demande notre rituel de réception. Assurément, oui, si nous nous inscrivons dans une perspective de progression initiatique.

Comme l’explique Mircea Eliade, dans Le sacré et le Profane, Pour l’homme des civilisations archaïques, la vie est susceptible d’être sanctifiée. Les moyens par lesquels on obtient la sanctification sont multiples, mais le résultat est presque toujours le même : la vie est vécue sur un double plan : elle se déroule en tant qu’existence humaine, et, en même temps, elle participe à une vie transhumaine... On est fondé à supposer que, dans un très lointain passé, tous les organes et les expériences physiologiques de l’homme, tous ses gestes, avaient une signification religieuse. Rien de semblable ne correspond au niveau de l’expérience profane de la vie. Alors, malgré les doutes, les erreurs, les obstacles qu’est-ce qui fait que l’on reste et demeure Franc-Maçon ?

Lorsque l’on est reçu Apprenti, on a reçu une influence spirituelle. Si l’on doute sur soi-même, sur ses possibilités intérieures, on peut sortir de la Loge, de l’Obédience, mais on demeure un Maçon, car l’état de Maçon est irréversible. La mission maçonnique est de persévérer, car l’ordre maçonnique est un ordre constructeur. En effet, lorsque le Maçon taille sa pierre,
- Il est l’ouvrier
- Il est la matière première
- Il est l’instrument.

Comment séparer 3 fonctions ou 3 états qui sont fondus en un seul ? En fait, cette question n’est pas une question, c’est une constatation. On peut ne pas réussir, mais on EST F.M. Lorsque le Maître de Loge fait d’un profane un apprenti, il dit :
Ainsi je vous reçois comme Franc-Maçon,
- Au nom du Grand Créateur de la terre
- Au nom des Loges Supérieures Unies
- Au nom de mes fonctions et de ma mission.

Comment peut-on imaginer revenir en arrière ? La Tradition Maçonnique nous donne les moyens d’avancer sur le chemin initiatique, grâce aux vertus qu’elle nous enseigne et avec l’aide des outils qu’elle met à notre disposition.

- Au doute, on pourrait opposer la Foi
- A l’erreur, on pourrait opposer l’Espérance
- Aux obstacles, on pourrait opposer la Charité (prise dans son sens étymologique d’amour)

Voilà pourquoi on demeure Franc-Maçon, parce qu’on, l’EST.

DBC 01/2018
Le pardon.

Le Pardon, grand symbole syncrétique des religions du Grand Livre, il est la quintessence de notre existence dans l’univers. Sa puissance n’a d’égale sur notre vie, armé du glaive divin, il pourfend le mal par le Verbe et terrasse les ténèbres d’un estoc porté au cœur de notre égo.

Sa lumière, sève d’amour, coule dans les réceptacles de l’arbre de vie et inonde le jardin d’Eden lavé du péché originel. Sa grâce est sans commune mesure, nous guérissant de tous nos maux, il est le remède et le garant de notre existence en ce monde affable, qui traverse les âges sous l’influence du temps. Temps qui régit la vie et la mort, par de futiles détours. Le Pardon, nous élève sur notre voie transcendante dans la paix et la sérénité à l’unisson de tout ce qui était, est, et sera.

Cette effervescence d’amour nous transporte de bonheur, illumine de mille feux notre chemin et nous guide vers la fraternité universelle dans une symbiose flamboyante.

Voyage spirituel au sein de notre enveloppe charnelle, nos sens nous bouleversent, nos cellules s’extasient, le vent attise majestueusement d’envoûtantes langues de feu tombées des cieux, une glossolalie nous exhorte à l’universalité des peuples, puis le grand saut. Emporté par notre âme nous délaissons la matière, laissant tomber derrière nous l’écorce existentielle, carcan de l’Esprit Saint rayonnant dans les profondeurs de notre être.

La lumière nous transporte, le temps n’est plus, nous sommes au plus profond de nous-même relié à ce fil conducteur, le Divin, Dieu Créateur du Monde universel. Nous l’apercevons il se rapproche, non ! Ce n’est que notre reflet dans le miroir des infinis.

Sommes-nous Lui ?

Mes FF et SS, si le Pardon était inné, alors peut être aurions-nous pu vivre ces instants noétiques, baignés dans un océan de bonheur, exaltés par l’ivresse des profondeurs.

Mais il en est autrement, car la faute créée du savoir fut partagée par Eve à Adam, peut-être dans un souci d’égalité et d’amour envers lui, donnant une raison au Pardon. Amplificateur d’amour, il est la semence de notre monde, sa compréhension devient une belle idée, et son utopisme une vérité.

Sa force se puise dans sa rareté et son insolence nous toise quotidiennement, tant sa légitimité est pour nous difficile à percevoir. Pourtant, Jésus, à la demande de ses disciples, enseigna cette prière devenue fondamentale, pour les chrétiens catholiques, le Notre Père, que je vais vous réciter.

Notre père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses
Comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés,
et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du mal.

Car c’est à toi qu’appartiennent :
le règne la puissance et la gloire,
Aux siècles des siècles.
Amen.

Vous comprendrez l’importance de cette phrase « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… » Dieu est miséricordieux, nous demandons toujours le Pardon, mais savons-nous pardonner ?

Savons-nous recevoir pour donner ?

Qu’est-ce que l’innocence ?

Plus l’innocence est présente, plus la faute est lourde, imaginez Adolphe Hitler à l’âge de six ans. Imaginez qu’un homme l’ait assassiné dans les pires affres que l’on puisse entendre.

Que penserait-on de cet assassin à ce moment-là ?

Que c’est un barbare, un être abject sans foi ni loi que l’on aurait soumis à la peine de mort sans vergogne. Et pourtant, si cette personne avait existé, des millions de vies auraient pu être épargnées, et ainsi de suite à l’infini. Les lois et les fautes tiennent nos destins, pourquoi le meurtre d’Abel par Caïn ? : Hénoch, Tubal-cain et enfin Noé, serait-ce pour comprendre le Pardon symbolisé par ce rameau d’olivier apporté par une colombe sur l’Arche, pour signifier le retrait des eaux.

Le pardon est une libération, en grec ancien « aphesis » désigne par ce même mot pardon et libération.

Le refus du pardon nous encre dans la haine, « Si tu rends œil pour œil, le monde deviendra aveugle » disait Mahatma Gandhi, mais j’ai remarqué que les plus haineux sont souvent les moins concernés par le préjudice. Ils sont là, cachés derrière leurs écrans ou leurs plumes, crachant la haine sous le couvert de la vertu. Ils appellent, sournoisement et iniquement, à répondre au crime par le crime installant au sein de leur groupe ou famille une barbarie infâme.

Ils ne cessent d’être dans le jugement, libérant leurs démons intérieurs, exaltant le mal de leur langue pernicieuse, se répandant sur toute la surface de notre monde au travers de cette Toile que l’humain tisse pour son bonheur et aussi pour son malheur.

Mes FF et SS peut être pouvons-nous tout pardonner, sans pour autant tout excuser.

Le pardon est un antidote puissant, il peut nous guérir de milles maux, alors utilisons-le au quotidien et peut être que nos vies en seront meilleures.

Nous disposons d’outils dans le temple afin de le comprendre, et ressentir cette voie de l’égrégore qui fusionne en nous.

Commençons, peut-être, par nous pardonner nous-même, purifions nos âmes, aiguisons notre écoute envers notre prochain, arpentons sans fin les chemins qui mènent au Temple et rêvons que nos métaux se transforme en eau pure.

La symbolique Maçonnique nous ramène toujours à confronter notre égo, et à comprendre la faute, avant de commettre parfois l’irréparable dans le temporel. Cette pierre « en plusieurs morceaux sur lesquels on a travaillé pour les rassembler afin de lui redonner sa forme première », n’inspire-t-elle pas à la réalisation d’un mécanisme d’orfèvrerie vers le Pardon pour « les différentes tribulations qu’a rencontré notre Ordre. »

Le philosophe Jacques Dérida disait « la notion même de pardon est une espèce de folie », personnellement, je dirais le contraire : il serait pure folie de ne pas pardonner et de vivre avec la haine en soi. Nous savons tous ce que la haine peut provoquer au sein de notre âme et de notre esprit, le pardon est pour notre bien, non pour celui de l’offenseur que seule la gratitude prédisposera à une entrée en grâce. Le pardon est profondément personnel et intrinsèque de notre pensée, le diffuser pourrait-être de l’orgueil, alors restons humble dans cet acte divin tant difficile à pratiquer.

« Le pardon est mort dans les camps de la mort » selon le philosophe Vladimir Jankélévitch, je ne veux le croire ; pour preuve l’humanité existe toujours, le pardon à fait son œuvre et seule la mémoire peut parfois fléchir sous le poids du mal. Ce mal, en résurgence profonde chez l’humain, lutte coude à coude avec la haine.

Cette dualité entre le bien et le mal, représentée sur notre tapis de loge, constitue ce combat permanent de la lumière sur les ténèbres.

Nous sommes des guerriers de la lumière, le verbe est notre glaive et le pardon notre bouclier ; ainsi, nous parcourons le monde, dans la lignée de nos frères déchus en leurs temps, par la cupidité de l’homme.

Finalement mes FF et SS ce pardon tant imploré, de par le monde, serait-il notre raison suprême de vivre ?

Deviendrait-il alors une monnaie d’échange, plus forte que l’or ou les pierres précieuses, devenant la convoitise du mal ?

Prendrait-il valeur d’égo et d’orgueil ?

Dans l’affirmative, ce serait la fin de notre civilisation, de notre monde écrasé par la faute, aspiré par la spirale de l’infini et plongé dans les ténèbres.

Que faire alors ?

Et bien, peut-être devons-nous garder cette précieuse étincelle au fin fond de notre être. Le pardon est notre jardin secret, cultivons-le avec amour et laissons-nous guider par lui, tel le soleil guide nos pas sur les chemins tortueux de la vie.

Il est l’essence de l’Eden en notre âme.
Il aspire au divin qui est en nous.
De sa grâce, un retour sur nous-même devient possible.
L’onirisme est son vecteur, il fragmente notre cœur devenu genèse dans le tourbillon de nos sens.
Il diffuse son parfum universel, substance éthérique, la quintessence même de notre existence, le pouvoir incommensurable de l’alchimiste sur notre « Je ».
Distillé aux finis, ses effluves submergent de vagues stellaires les infinis pour l’éternité, portés par la Manne Divine qui eut nourri le peuple de Moïse dans le désert.

Mes FF et SS, cherchons-le en nous…
Il affleure nos sens, nul besoin de magie, sa présence s’acquiert en notre âme et conscience.

Des découvertes

  • ➩ L’Origine du mot écossisme
  • Le chant des adieux de Jacques Sevin
  • ➩ Prière des Templiers en prison
  • ➩ Considérations sur les causes de la naissance de la chevalerie
  • ➩ Saint-Georges, soldat, Martyr (23 avril)
  • Bénédicité des Francs-maçons
  • Première journée en carrière par la Volonté-de-Vouvray. Honnête Compagnon Passant Tailleur de pierre du Devoir.
  • Un Français perce le secret des bâtisseurs de cathédrales.
Des sites Internet remarquables
image issue du site Jean-Marc Vivenza Livres, études, analyses et actualités . rticles récents : Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz ; L’Esprit du Saint-Martinisme ; Julius Evola et la voie héroïque du « détachement parfait » ; René Guénon et le Régime Écossais Rectifié ; Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours ; Entretiens spirituels et écrits métaphysiques ; René Guénon et la Tradition primordiale
image issue du site L'Initiation - Le site officiel de la revue L'Initiation - Revue créée en 1888 par Papus, réveillée en 1953 par Philippe Encausse et renommée L'Initiation Traditionnelle en 2013 lorsqu'elle est devenue une revue en ligne. Publiée par le GERME. Revue des divers courants initiatiques et de référence de la Tradition initiatique occidentale et gnostique dont le martinisme est un des plus fidèles représentants. Sa parution est trimestrielle.
image issue du site Renaissance traditionnelle est une revue française trimestrielle d'études maçonniques et symboliques fondée par René Guilly en 1970. Dirigée aujourd'hui par Roger Dachez et Pierre Mollier, elle est éditée sous l'égide de l'Institut maçonnique de France.
image issue du site L'Association de recherche Frederik. Avec la Frederik Research Association, la Grande loge maçonnique des francs-maçons d'Allemagne a son propre organisme de recherche depuis 1982 et ses publications ont acquis une reconnaissance internationale dès le début. La Frederik Research Association, sous la forme juridique d'une association enregistrée, s'est donné pour mission de soutenir la culture des loges du Rite suédois afin de permettre à tous les frères de mieux comprendre l'histoire et le contenu de cette tradition maçonnique unique. Il est attaché à l'idée des francs-maçons de connecter les peuples et mène également des recherches fondamentales sur l'histoire pré et début de la franc-maçonnerie, dans laquelle le rite suédois a également ses racines. L'orientation spirituelle et humanitaire des francs-maçons, quels que soient les pays, les frontières et les langues,a été façonnée dès le départ par une attitude chrétienne et humanitaire. La loge de Frederik zu Flensburg avait déjà été sélectionnée en 1863 par le brevet approuvé par le roi danois pour effectuer les travaux et les conférences en allemand ou en danois selon les besoins.
image issue du site Des nombres : Ce blog propose une interprétation des nombres figurant dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Les nombres développent une métaphore qui donne une représentation mentale d'un processus qui dépasse l'entendement.
image issue du site {BNF : La Franc-Maçonnerie : La Bibliothèque nationale de France, qui conserve l’un des plus importants fonds maçonniques au monde, consacre une exposition majeure à la Franc-maçonnerie française. En partenariat avec le Musée de la Franc-maçonnerie, elle présente plus de 450 pièces, certaines encore jamais montrées, issues des collections de la Bibliothèque mais aussi des principales obédiences françaises ou de prêts étrangers exceptionnels.
image issue du site Les fils de la Vallée : Site de Recherches sur la tradition templière.
image issue du site Musée du Vatican : visite virtuelle : Faire connaître, préserver et partager cet héritage extraordinaire de culture, d’histoire et de beauté que les pontifes romains ont rassemblé et conservé pendant des siècles : telle est la mission des Musées du Vatican aujourd’hui. [...] Mon souhait le plus cher est que chaque visiteur qui entrera dans les Musées du Vatican – virtuellement, sur ces pages électroniques, mais plus encore, physiquement – soit parcouru par cette impression de privilège lorsqu’il se trouvera au milieu de cette Beauté qui mène à la foi et que cet instrument informatique soit à son tour un vecteur vers la connaissance, l’harmonie et la spiritualité. Directrice Barbara Jatta
image issue du site OpenEdition est une infrastructure complète d’édition numérique au service de la communication scientifique en sciences humaines et sociales. Elle rassemble quatre plateformes dédiées aux revues avec OpenEdition Journals, aux collections de livres avec OpenEdition Books, aux carnets de recherche avec Hypothèses et aux événements scientifiques avec Calenda.
Le principe de triangulation dans les rites maçonniques. Un modèle de communication original et ses effets.
L’Origine du mot écossisme

L'écossisme n'a rien à voir, cela a été démontré, avec l'Ecosse.Il paraît bien plutôt originaire des régions de l'Est de la France et de l'Allemagne. On a proposé des quantités d'ex­plications à cette appellation ; selon nous, Ecossais ne saurait être que la déformation (encore très reconnaissable) de E Castello, c'est-à-dire de Kassel.

Rite Ecossais signifierait donc : Rite originaire de Kassel, autrement dit Rite Rosicrucien, si nous voulons bien prêter attention que tous les livres des pré­tendus Rose-Croix ont été publiés à Kassel, que les Landgraves de Hesse-Kassel, descendants de Chevaliers Teutoniques, élec­teurs du Saint-Empire, ont abrité à partir de 1570, des Frères de la Rose-Croix d'Or et que Guillaume IV le Sage, protecteur de Tycho-Brahé entre autres, passe pour avoir été versé dans l’ésotérisme.

On sait également que le roi d’Angleterre Jacques Premier a fait plusieurs voyages en Hesse-Kassel, le plus connu étant celui de 1590 où il rencontra Tycho-Brahé. Puis en 1586 Jacques VI a introduit le rosicrusisime en Angleterre. Il constitua la rose-croix royale en groupant autour de lui 32 Chevaliers de Saint-André du Chardon.

Selon Jean Tourniac Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifié chez Dervy Page 249 et suivantes

Le chant des adieux

Auld Lang Syne, chanson écossaise plus connue des francophones sous le nom de Ce n'est qu'un au revoir, signifie en scots (dialecte Lallans (en)) « Depuis longtemps », « Les jours passés d'il y a longtemps », « Les jours d'antan », ou aussi « l'Amitié de vieille date ». En français et en anglais, ce chant est souvent repris à la nouvelle année ou à la fin de réunions amicales ou de certaines cérémonies maçonniques, ainsi que par un cantique catholique (Restons toujours unis). On doit la transcription et la publication de cette ancienne ballade écossaise au poète Robert Burns à la fin du XVIIIème siècle, à partir de fragments d'une chanson écossaise plus ancienne. En 1920, c’est le père Jacques Sevin qui en écrivit les paroles françaises.

Le chant des adieux
Faut-il nous quitter sans espoir,
Sans espoir de retour,
Faut-il nous quitter sans espoir
De nous revoir un jour.

Ce n'est qu'un au-revoir, mes Frères
Ce n'est qu'un au-revoir
Oui, nous nous reverrons, mes Frères,
Ce n'est qu'un au-revoir.

Formons de nos mains qui s'enlacent
Au déclin de ce jour,
Formons de nos mains qui s'enlacent
Une chaîne d'amour.

Unis par cette douce chaîne
Tous, en ce même lieu,
Unis par cette douce chaîne
Ne faisons point d'adieu.

Car Dieu qui nous voit tous ensemble
Et qui va nous bénir,
Car Dieu qui nous voit tous ensemble
Saura nous réunir

Prière des Templiers en prison
Prière des Templiers en prison composée en 1310 par le Frère Aymeri de Limoges pour assurer la défense de ceux de ses Frères emprisonnés en l'abbaye Sainte Geneviève.

Que la grâce du Saint-Esprit nous assiste. Que Marie, Etoile de la mer, nous conduise au port du salut. Amen.

Seigneur Jésus, Christ saint, Père éternel et Dieu tout-puissant, sage Créateur, Dispensateur bienveillant et Ami révéré, humble et pieux Rédempteur, Sauveur clément et miséricordieux, je Te prie humblement et Te requiers de m’éclairer, de me délivrer et de me protéger , avec tous les Frères de Temple et tout Ton peuple chrétien qui est dans la confusion et dans l’angoisse de l’avenir. Accorde-nous, Seigneur, en qui sont et de qui viennent toutes les vertus, bienfaits, dons et grâces du Saint-Esprit, accorde nous de connaitre la vérité et la justice, la faiblesse et l’infirmité de notre chair, d’accepter la véritable humilité, afin que nous puissions mépriser ce triste monde et ses souillures, les vains plaisirs, l’orgueil et toutes les misères, de n’aspirer qu’aux biens célestes, de travailler humblement au maintien de nos vœux et de Tes commandements.

Très Saint Seigneur Jésus-Christ, par le mérite de Tes vertus, que Ta grâce nous accorde, puissions-nous échapper au diable rugissant, à tous nos ennemis, à leurs embûches et à leurs œuvres. Ô notre Rédempteur et défenseur, ceux que par Ta passion et Ton humilité tu enchaînes au bois de la croix, les rachetant par Ta miséricorde, protège-les, protège-nous. Par Ta sainte croix et par son signe, puissions-nous triompher de l’ennemi et de ses embûches. Protège Ta sainte Eglise, éclaire ses prélats, ses docteurs et ses recteurs, avec tout Ton peuple chrétien ; qu’ils proclament et accomplissent Ton service et Ta volonté d’un cœur pur, humble et pieux ; que leur piété soit pure et exigeante ! Qu’ils enseignent le peuple et l’éclairent par le bon exemple. Puissions-nous, pour notre part, accomplir humblement les œuvres d’humilité, à Ton exemple et à celui des saints apôtres et des élus.

Puissions-nous considérer de quoi nous sommes faits, ce que nous sommes et ce que nous serons, ce que nous faisons et devons faire pour avoir la vie conduisant aux joies du paradis. Daigne éclairer et convertir ceux qui n’ont pas été revivifiés par l’eau et l’Esprit-Saint, afin qu’ils obéissent à Ta sainte loi et reçoivent les sacrements de la sainte Eglise, et qu’ils gardent ensuite Ta sainte foi . Seigneur, donne à Ton peuple chrétien la soif et la possession de cette Terre sainte où Tu es né dans le dénuement, où Ta sainte miséricorde nous a rachetés, où Tes exemples et Tes miracles nous ont instruits… Daigne faire en sorte que nous la libérions par Ta Grâce et la possédions ! Que nous remplissions Tes saints services et volonté !

Dieu miséricordieux, Ta religion, qui est celle du Temple du Christ, a été fondée en concile général et en l’honneur de la sainte et glorieuse Vierge Marie Ta mère, par le bienheureux Bernard, Ton saint confesseur, élu à cette fin par la sainte Eglise romaine. C’est lui qui, avec d’autres prud’hommes, l’enseigna et lui confia sa mission. Or, la voici prisonnière et captive du Roi de France pour une injuste cause. Veuille la délivrer et la protéger, par la prière de la sainte et glorieuse Vierge Marie Ta mère et de la cour céleste . Seigneur, Toi qui es la vérité, qui sais que nous sommes innocents, fais-nous libérer, afin que nous tenions humblement nos vœux et Tes commandements, dans l’accomplissement de Ton saint service et de Ta volonté. Ces mensonges iniques lancés contre nous par pressions et tribulation (exauce nos prières !), tout ce que nous avons souffert, la condamnation pour nos corps, les propos qui nous ont été rapportés de la part de Monseigneur le pape, la prison perpétuelle que nous vaut l’infirmité de notre chair, puissions –nous n’avoir plus à endurer cela, malgré les calomnies qui pèsent si douloureusement sur nos consciences ! Protège-nous, Seigneur, avec tout Ton peuple chrétien ; apprends-nous à T’obeir. Donne à Philippe, notre roi, qui est petit-fils de Saint Louis, Ton saint confesseur, de mériter comme lui, par sa vie parfaite et ses mérites, la paix en son royaume et la concorde entre les siens, les rois, princes, barons et Chevaliers. Que tous ceux qui ont été désignés pour faire garder la justice y veillent selon Tes commandements, l’accomplissent, souffrent et conservent entre eux et pour tout le peuple chrétien la paix et la lumière. Donne-leur de reconquérir avec nous la Terre-Sainte, et d’accomplir Ton saint service et Tes saints ouvrages ; accorde à tous nos parents, bienfaiteurs et prédécesseurs, à nos Frères vivants et défunts la vie et le repos éternels.

Toi qui vis et règnes, étant Dieu, par tous les siècles des siècles. Amen.

De moi-même je ne suis pas digne de prier : mais que Ta miséricorde et Ton abaissement, que la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie, Ta mère et notre avocate, que toute la Cour céleste intercèdent pour nous et nous obtiennent cette grâce.

Amen.

Sainte Marie, Mère de Dieu, Mère très pieuse, pleine de gloire, sainte Mère de Dieu, Mère toujours vierge et précieuse….. Ô Marie, salut des infirmes, consolatrice de ceux qui espèrent en Vous, triomphatrice du mal et refuge des pécheurs repentants, conseillez-nous, défendez-nous. Défendez Votre religion, qui a été fondée par Votre saint et cher confesseur le bienheureux Bernard avec d’autres prud’hommes institués par la sainte Eglise romaine ; c’est en votre honneur, ö très sainte et glorieuse, qu’elle s’est répandue. Nous vous en prions humblement, obtenez-nous la libération de Votre religion et de ses biens, avec l’intercession des anges, des archanges, des prophètes, des évangélistes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges elles-mêmes – en dépit des calomnies qui, Vous le savez, nous sont jetées à la face - ; que nos adversaires reviennent à la vérité et à la charité ! Puissions-nous, nous-mêmes, observer Vos vœux et les commandements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Votre fils, qui est notre défenseur, créateur, rédempteur, sauveur miséricordieux et très aimé.

Lui qui vit et règne, étant Dieu, par tous les siècles des siècles. Amen.

Prions. Dieu tout-puissant et éternel, qui nous as donné au bienheureux Louis, Roi de France et Ton saint confesseur, la grâce, les mérites, l’humilité, la chasteté, la justice et la charité, selon l’intercession de la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie Ta Mère, que tant il aimait ; Toi qui as donné la paix à son règne, accorde-nous, Seigneur, par son intercession, la paix et le conseil ; délivre et conserve dans la vérité, malgré les calomnies, notre religion fondée en l’honneur de la sainte et glorieuse Vierge Marie Ta mère, afin qu’en cette Terre-Sainte où Ta miséricorde et Ton amour nous ont rachetés, nous accomplissions Ton saint service et Ta volonté, et qu’ensemble, avec notre Roi et les siens unis dans les mêmes mérites, nous accédions enfin aux félicités du paradis.

Toi qui, étant Dieu, vis et règnes par les siècles des siècles. Amen.

Dieu tout-puissant et éternel, qui tant aimas le bienheureux Jean l’Evangéliste, Ton apôtre, et le laissas reposer sur Ton cœur à la Cène ; qui lui révélas les célestes secrets, et, de la croix où Tu gisais pour le salut du monde, le recommandas à ta Sainte Mère et Vierge, en l’honneur de qui notre religion a été fondée, délivre et conserve celle-ci par Ta sainte miséricorde ; et de même que Tu nous sais innocents des crimes qu’on nous impute, de même accorde-nous d’observer nos vœux et Tes commandements dans l’humilité et dans l’amour, afin qu’au terme d’une vie méritoire, nous parvenions aux félicités du Paradis.

Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Amen.

Dieu Tout-Puissant et éternel qui as illuminé le bienheureux Georges, ton preux Chevalier et saint martyr, par son amour et par la glorieuse et bienheureuse Vierge Marie, Ta très sainte Mère, en l’honneur de qui fut fondée notre religion, daigne la délivrer et préserver avec nous, afin que nous observions humblement nos vœux et Tes commandements, et possédions la vie par laquelle nous mériterons d’accéder aux félicités du Paradis. Toi qui, étant Dieu, vis et règnes par les siècles des siècles.

Amen.

Pierre Girad Augry, Le bréviaire des Templiers, Baudry Editions 2003

Considérations sur les causes de la naissance de la chevalerie

La chevalerie complète, telle qu’elle s’est produite en Europe au Moyen Age, ne pouvait exister sans le christianisme. Ce ne pouvait être que sous l’influence de cette religion que les sentiments qui étaient la base de la chevalerie pouvaient atteindre toute leur portée. On a vu, d’autres époques dans l’histoire ancienne et dans l’histoire moderne, la générosité, le dévouement à la faiblesse produire des effets analogues à ceux qui se montrent dans la chevalerie, mais des effets partiels, rares, interrompus. Ces sentiments ont jeté quelques lueurs et se sont éteints. Ils ont produit quelques fruits qui avortaient rapidement. Mais, quand ils ont trouvé pour appui la morale chrétienne, ils se sont développés d’une manière infiniment plus complète. Ils ont enfanté, non pas une tentative de chevalerie, mais la chevalerie elle-même. Cette absence de haine au milieu des combats, cet oubli de soi-même, cet empressement à porter secours aux opprimés, toutes ces vertus exigées du chevalier sont des vertus chrétiennes. L’honneur même, qualité qui semble purement mondaine, a aussi un côté chrétien : il a une alliance intime, profonde, entre l’honneur sans souillure, l’écu sans tâche du chevalier et la conscience sans reproche, la robe sans tâche du néophyte

Selon J.J.E. Roy Histoire singulière de la chevalerie, Edition Jean de Bonnot 1944

GPIO GLLR Ex-libris J.J.E. Roy Histoire singulière de la chevalerie, Edition Jean de Bonnot 1944
La Fète du Grand Prieuré Indépendant d'Occitanie

La fête du Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie
est fixée au plus près du 23 avril de chaque année, jour de la Saint-Georges,
patron de la chevalerie chrétienne.

Saint Georges, Soldat, Martyr (23 avril)

Georges, tribun, né en Cappadoce, vint une fois à Silcha, ville de la province de Lybie. A côté de cette cité était un étang grand comme une mer, dans lequel se cachait un dragon pernicieux, qui souvent avait fait reculer le peuple venu avec des armes pour le tuer ; il lui suffisait d'approcher des murailles de la ville pour détruire tout le monde de son souffle. Les habitants se virent forcés de lui donner tous les jours deux brebis, afin d'apaiser sa fureur ; autrement, c'était comme s'il s'emparait des murs de la ville ; il infectait l’air, en sorte que beaucoup en mouraient. Or, les brebis étant venues à manquer et ne pouvant être fournies en quantité suffisante, on décida dans un conseil qu'on donnerait une brebis et qu'on y ajouterait un homme. Tous les garçons et les filles étaient désignés par le sort, et il n'y avait d'exception pour personne. Or, comme il n'en restait presque plus, le sort vint à tomber sur la fille unique du roi, qui fut par conséquent destinée au monstre. Le roi tout contristé dit : « Prenez l’or, l’argent, la moitié de mon royaume, mais laissez-moi ma fille, et qu'elle ne meure pas de semblable mort. » Le peuple lui répondit avec fureur : « O Roi, c'est toi, qui as porté cet édit, et maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille ? Si tu ne fais pour ta fille ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta maison. » En entendant ces mots, le roi se mit à pleurer sa fille en disant: « Malheureux que je suis! ô ma tendre fille, que faire de toi ? que dire ? je ne verrai donc jamais tes noces ? » Et se tournant vers le peuple : « Je vous en prie, dit-il, accordez-moi huit jours de délai pour pleurer ma fille. » Le peuple y ayant consenti, revint en fureur ait bout de huit jours, et il dit au roi : « Pourquoi perds-tu le peuple pour ta fille ? Voici que nous mourons tous du souffle du dragon. » Alors le roi, voyant qu'il ne pourrait délivrer sa fille, la fit revêtir d'habits royaux et l’embrassa avec larmes en disant : « Ah que je suis malheureux ! ma très douce fille, de ton sein j'espérais élever des enfants de race royale, et maintenant tu vas être dévorée par le dragon. Ah ! malheureux que je suis ! ma très douce fille, j'espérais inviter des princes à tes noces, orner ton palais de pierres précieuses, entendre les instruments et les tambours, et tu vas être dévorée par le dragon. » Il l’embrassa et la laissa partir en lui disant : « O ma fille, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi ! » Alors elle se jeta aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l’ayant bénie avec larmes, elle se dirigea vers le lac. Or, saint Georges passait par hasard par là et la voyant pleurer, il lui demanda ce qu'elle avait. « Bon jeune homme, lui répondit-elle, vite, monte sur ton cheval ; fuis, si tu neveux mourir avec moi. » N'aie pas peur, lui dit Georges, mais dis-moi, ma fille, que vas-tu faire en présence de tout ce monde ? » « Je vois, lui dit la fille, que tu es un bon jeune homme ; ton coeur est généreux : mais pourquoi veux-tu mourir avec moi ? vite, fuis! » Georges, lui dit : « Je ne m’en irai pas avant que tu ne m’aies expliqué ce que tu as. » Or, après qu'elle l’eut instruit totalement, Georges lui dit : « Ma fille, ne crains point, car au nom de J.-C., je t'aiderai. » Elle lui dit : « Bon soldat ! mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule ; car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble. » Alors qu'ils parlaient ainsi, voici que le dragon s'approcha en levant la tête au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : « Fuis, mon seigneur, fuis vite. » A l’instant Georges monta sur son cheval, et se fortifiant du signe de la croix, il attaque avec audace le dragon qui avançait sur lui : il brandit sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l’abat par terre : « Jette, dit Georges à la fille du roi, jette ta ceinture au cou du dragon ; ne crains rien, mon enfant. » Elle le fit et le dragon la suivait comme la chienne la plus douce. Or, comme elle le conduisait dans la ville, tout le peuple témoin de cela se mit à fuir par monts et par vaux en disant : « Malheur à nous, nous allons tous périr à l’instant! » Alors saint Georges leur fit signe en disant : « Ne craignez rien, le Seigneur m’a envoyé exprès vers vous afin que je vous délivre des malheurs que, vous causait ce dragon seulement, croyez en J.-C., et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le monstre. » Alors le roi avec tout le peuple reçut le baptême, et saint Gorges, ayant dégainé son épée, tua le dragon et ordonna de le porter hors de la ville. Quatre paires de boeufs le traînèrent hors de la cité dans une vaste plaine. Or, ce jour-là vingt mille hommes furent baptisés, sans compter les enfants et les femmes.

GPIO GLLR Saint Georges terrassant le dragon, La légende dorée de Jacques de Voragine edition Rombladi 1942
Saint Georges terrassant le dragon, La légende dorée de Jacques de Voragine edition Rombladi 1942

GPIO GLLR Saint Georges terrassant le dragon, Jacques de Voragine, Legenda aurea, traduction française par Jean de Vignay, 1404
Jacques de Voragine, Legenda aurea, traduction française par Jean de Vignay, Enlumineur Maître de Virgile.

Quant au roi, il fit bâtir en l’honneur de la bienheureuse Marie et de saint Georges une église d'une grandeur admirable. Sous l’autel, coule une fontaine dont l’eau guérit tous les malades : et le roi offrit à saint Georges de l’argent en quantité infinie ; mais le saint ne le voulut recevoir et le fit donner aux pauvres. Alors saint Georges adressa au roi quatre avis fort succincts. Ce fut d'avoir soin des églises de Dieu, d'honorer les prêtres, d'écouter avec soin l’office divin et de n'oublier jamais les pauvres. Puis après avoir embrassé le roi, il s'en alla. Toutefois on lit en certains livres que, un dragon allait dévorer une jeune fille, Georges se munit d'une croix, attaqua le dragon et le tua. En ce temps-là, étaient empereurs Dioclétien et Maximien, et sous le président Dacien, il y eut une si violente persécution contre les chrétiens, que dans l’espace d'un mois, dix-sept mille d'entre eux reçurent la couronne du martyre. Au milieu des tourments, beaucoup de chrétiens faiblirent et sacrifièrent aux idoles. Saint Georges à cette vue fut touché au fond du coeur ; il distribua tout ce qu'il possédait, quitta l’habit militaire, prit celui des chrétiens et s'élançant au milieu des martyrs, il s'écria : « Tous les dieux des gentils sont des démons ; mais c'est le Seigneur qui a fait les cieux ! » Le président lui dit en colère : « Qui t'a rendu si présomptueux d'oser appeler nos dieux des démons ? Dis-moi ; d'où es-tu et quel est ton nom ? » Georges lui répondit : « Je m’appelle Georges, je suis d'une noble race de la Cappadoce ; j'ai vaincu la Palestine par la faveur de J.-C. mais j'ai tout quitté pour servir plus librement le Dieu du ciel. » Comme le président ne le pouvait gagner, il ordonna de le suspendre au chevalet et de déchirer chacun de ses membres avec des ongles de fer ; il le fit brûler avec des torches, et frotter avec du sel ses plaies et ses entrailles qui lui sortaient du corps. La nuit suivante, le Seigneur apparut au saint, environné d'une immense lumière et il le réconforta avec douceur. Cette bonne vision et ces paroles l’affermirent au point qu'il comptait ses tourments pour rien. Dacien voyant qu'il ne pouvait, le vaincre par les tortures, fit venir un magicien auquel il dit : « Les chrétiens, par leurs maléfices, se jouent des tourments et font peu de cas de sacrifier à nos dieux. » Le magicien lui répondit : « Si je ne réussis pas à surmonter leurs artifices, je veux perdre la tête. » Alors il composa ses maléfices, invoqua les noms de ses dieux, mêla du poison avec du vin et le donna à prendre à saint Georges. Le saint fit dessus le signe de la croix et but : mais il n'en ressentit aucun effet. Le magicien composa une dose plus forte, que le saint, après avoir fait le signe de la croix, but toute entière sans éprouver le moindre mal. A cette vue, le magicien se jeta aussitôt aux pieds de saint Georges, lui demanda pardon en pleurant d'une façon lamentable et sollicita la faveur d'être fait chrétien. Le juge le fit décapiter bientôt après. Le jour suivant, il fit étendre Georges sur une roue garnie tout autour d'épées tranchantes des deux côtés:, mais à l’instant la roue se brisa et Georges fut trouvé complètement sain. Alors le juge irrité le fit jeter dans une chaudière pleine de plomb fondu. Le saint fit le signe de la croix, y entra, mais par la vertu de Dieu, il y était ranimé comme dans un bain. Dacien, à cette vue, pensa l’amollir par des caresses, puisqu'il ne pouvait le vaincre par ses menaces : « Mon fils Georges, lui dit-il, tu vois de quelle mansuétude sont nos dieux, puisqu'ils supportent tes blasphèmes si patiemment, néanmoins, ils sont disposés à user d'indulgence envers toi, si tu veux te convertir. Fais donc ; mon très cher fils, ce à quoi je t'exhorte ; abandonne tes superstitions pour sacrifier à nos dieux, afin de recevoir d'eux et de nous de grands honneurs. » Georges lui dit en souriant : « Pourquoi ne pas m’avoir parlé avec cette douceur avant de me tourmenter ? Me voici prêt à faire ce à quoi tu m’engages. » Dacien, trompé par cette concession, devient plein de joie, fait annoncer par le crieur public qu'on ait à s'assembler auprès de lui pour voir Georges, si longtemps rebel, céder enfin et sacrifier. La cité toute entière s'embellit de joie. Au moment où Georges entrait dans le temple des idoles pour sacrifier, et quand tous les assistants étaient dans l’allégresse, il se mit à genoux et pria le Seigneur, pour son honneur et pour la conversion du peuple, de détruire tellement de fond en comble le temple avec ses idoles qu'il n'en restât absolument rien. A l’instant le feu du ciel, descendit sur le temple, le brûla avec les dieux et leurs prêtres : la terre s'entr'ouvrit et engloutit tout ce qui en restait. C'est à cette occasion que saint Ambroise s'écrie dans la Préface du saint : « Georges très loyal soldat de J.-C. confessa seul parmi les chrétiens, avec intrépidité, le Fils de Dieu, alors que la profession qu'il faisait du christianisme était protégée sous le voile du silence. Il reçut de la grâce divine une si grande constance qu'il méprisait les ordres d'un pouvoir tyrannique et qu'il ne redoutait point les tourments de supplices innombrables. « O noble et heureux guerrier du Seigneur ! que la promesse flatteuse d'un royaume temporel ne séduisit pas, mais qui, en trompant le persécuteur, précipita dans l’abîme les simulacres des fausses divinités ! » (Saint Ambroise.) Dacien, en apprenant cela, se fit amener Georges auquel il dit : « Quelle a été ta malice, ô le plus méchant des (459) hommes, d'avoir commis nu pareil crime? » Georges lui répondit : « O roi, n'en crois rien; mais viens avec moi et tu me verras encore une fois immoler. » « Je comprends ta fourberie, lui dit Dacien; car ; tu jeux me faire engloutir comme tu as fait du temple et de mes dieux. » Georges lui répliqua : « Dis-moi, misérable, tes dieux qui n'auront pu s'aider eux-mêmes, comment t'aideront-ils ? » Alors le roi outré de colère dit à Alexandrie, son épouse : « Je suis vaincu et je mourrai, car je me vois surmonté par cet homme. » Sa femme lui dit : « Bourreau et cruel tyran, ne t'ai-je pas dit trop souvent de ne pas inquiéter les chrétiens, parce que leur Dieu combattrait pour eux ? Eh bien ! apprends que je veux me faire chrétienne. » Le roi stupéfait dit : « Ah! quelle douleur ! serais-tu aussi séduite ? » Et il la fit suspendre par les cheveux et battre très cruellement avec des fouets. Pendant son supplice, elle dit à Georges : « Georges, lumière de vérité, où penses-tu que je parvienne, puisque je n'ai pas encore été régénérée par l’eau du baptême ? » « N'appréhende rien, ma fille, lui répondit le saint, le sang que tu vas répandre te servira de baptême et sera ta couronne. » Alors elle rendit son âme au Seigneur en priant. C'est ce qu'atteste saint Ambroise en disant dans la préface : C'est pourquoi la reine des Perses, qui avait été condamnée par la sentence de son cruel mari, quoiqu'elle n'eût pas reçu la grâce du baptême, mérita la palme d'un martyre glorieux aussi ne pouvons-nous douter que la rosée de son sang ; ne lui ait ouvert les portes du ciel, et qu'elle n'ait mérité de posséder le royaume des cieux. » Or, le jour suivant, saint Georges fut condamné à être traîné par toute la ville et à avoir la tète tranchée. Il pria alors le Seigneur de vouloir bien accorder suite à la prière de quiconque implorerait son secours ; et une voix du ciel se fit entendre et lui dit qu'il serait fait comme il avait demandé. Son oraison achevée, il consomma son martyre en ayant la tête coupée, sous Dioclétien et Maximien qui régnèrent vers l’an de N.-S. 287. Or, comme Dacien revenait du lieu du supplice à son palais, le feu du ciel descendit sur lui et le consuma avec ses gardes. Grégoire de Tours raconte que des personnes portant des reliques de saint Georges qui avaient été hébergées dans un oratoire, ne purent au matin mouvoir sa châsse en aucune manière, jusqu'à ce qu'ils eussent laissé là une parcelle des reliques. On lit dans l’Histoire d'Antioche, que les chrétiens allant au siège de Jérusalem, un très beau jeune homme apparut à un prêtre et lui donna avis que saint Georges était le général des chrétiens, qu'ils eussent à porter avec eux ses reliques à Jérusalem où il serait lui-même avec eux. Et comme on assiégeait la ville et que la résistance des Sarrasins ne permettait pas de monter à l’assaut, saint Georges, revêtu d'habits blancs et armé d'une croix rouge, apparut et fit signe aux assiégeants de monter sans crainte après lui, et qu'ils se rendraient martres de la place. Animés par cette vision, les chrétiens furent vainqueurs et massacrèrent les Sarrasins.

Selon La Légende Dorée de Jacques de Voragine

Bénédicité des Francs-maçons

Elevons une âme pure
A notre divin Auteur,
Amis, & dans la Nature
Admirons son Créateur ;
Chantons le Grand Architecte
Qui jeta ses fondements,
Qui forma l’homme & l’insecte
Et ses vastes éléments.

Ce fut ce puissant Génie,
Qui du chaos ténébreux,
Fit éclore l’harmonie
De ces globes lumineux ;
Qui, sous la céleste voûte,
Plaça ces mondes divers,
Et l’astre qui, dans sa route,
Féconde cet univers.

A te rendre nos hommages,
Qu’ici nous trouvons d’attraits !
Grand Dieu ! chanter tes ouvrages,
C’est retracer tes bienfaits ;
Sans cesse ta main féconde
Sous nos yeux les reproduit ;
Si de fruits la terre abonde,
C’est elle qui l’enrichit.

Reconnais, Père adorable,
A nos respects tes enfants ;
Vois-les d’un œil favorable,
Se noiurrir de tes présents ;
De ce banquet qui s’apprête,
Bénis les mets en ce jour ;
Daigne honorer cete Fête
D’un sourir de ton amour.

Sois propice à nos mystères,
O toi, que nous célébrons (1).
Porte à ce Dieu les prières
De tes zélés nourrissons,
Attachés à tes exemples ;
Sollicite sa bonté :
Nos mains n’élèvent des temples
Qu’à l’auguste Vérité.

(1) S. Jean-Baptiste.

Pour les Loges de Francs-maçons. Bénédicité des francs-maçons, Air : Aussi-tôt que la lumière vient redorer nos côteaux. Manuel des Franches-Maçonnes ou la vraie maçonnerie d'adoption. La vraie Maçonnerie d'adoption ; précédée de quelques réflexions sur les Loges irrégulières et sur la société civile, avec des notes critiques et philosophiques : et suivie des cantiques maçonniques ; dédidiée aux dames par un chevalier de tous les Ordres Maçonniques. A Philadelphie Chez Philarethe, rue de l'Equerre, à l'A-plomb. M.DCC. LXXXVI. page 116

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Première journée en carrière par la Volonté-de-Vouvray.
Honnête Compagnon Passant Tailleur de pierre du Devoir.

Une cloche, au lointain, égrena l'heure de l'embauche. Un homme sortit d'un petit bureau à la porte vitrée et fit retentir d'un long sifflet en cuivre un appel strident.

Alors, la carrière s'éveilla.

Sortis d'on ne sait où, les ouvriers, presque tous Italiens, s'installaient, qui sous le hangar, d'autres en plein air, dans ce terrain qui me paraissait immense, parsemé de blocs de toutes tailles. Le compresseur se mit à rugir, envoyant dans les canalisations l’aire comprimé qui faisait cliqueter les burins sur la pierre. Les bouchardes martelaient en cadence les dalles d’une dizaine de centimètres d’épaisseur, qui raisonnaient comme le bourdon d’une cathédrale. Alentour, les éclats de pierre sifflaient, chassés par les broches tenues d’une main experte. Un fort gaillard, véritable force de la nature, portait un énorme cric de plus de soixante kilos, un engin fait pour soulever des tonnes ; il le portait aussi aisément qu’une ménagère revenant du marché, son pain de deux livres sous les bras !

J’admirais toute cette activité baignée par les premiers rayons d’un soleil commençant à répandre une douce tiédeur.

Je sentis sur mon épaule une poigne amicale mais autoritaire. « Alors, p’tit gars, tu viens travailler la pierre ? Viens avec moi, je vais te mettre en chantier. As-tu des outils au moins ? » Ayant expédié ma caisse quelques jours plus tôt, je répondis :
- Ma caisse est ici, j’ai une massette, des ciseaux à pierre dure, quelques pointerolles, un boucharde.
- Tiens, prends aussi ces broches-là, tes pointerolles, comme tu dis, laisse-les dans ta caisse, elles sont bonnes pour tailler du fromage. Tu les forgeras ce soir, après la débauche.
- Mais… Mais quoi ? Je n’ai jamais forgé.
- Eh bien, tu demanderas à celui-là, là-bas, le Père Henri, pour qu’il te montre. Viens donc près de lui, il y a justement un morceau qui t’attend.

Lorsque je me trouvai près du morceau et de l’Ancien qui, du coup, s’arrêta de frapper, je fus interloqué par les dimensions de la pierre et par son aspect rébarbatif. Une énorme patate de près de deux mètres de long sur plus d’un mètre carré de section, sans face sciée, pleine de boue et qui semblait me défier. J’avais, jusqu’à ce jour, taillé de la pierre, mais dont les parements étaient déjà préparés à la scie, et puis c’était une pierre blanche, propre, à la poussière sympathique, une pierre qui se laissait gentiment façonner au chemin de fer, ce rabot muni de lames à dents ou sans dent avec lequel on gratte et on polit. Mais cette pierre là !

Je posai ma caisse et regardai le Père Henri. Il souriait : « Alors p’tit gars, un beau morceau, heim ? » Je restai pantois, indécis fronçant le nez et ne sachant trop quoi faire. « Et bien ne reste pas planté là les bras ballants, il te faut attaquer, allez ! » Alors ce fut pour moi un peu la panique. Attaquer, oui, mais par quel bout ? Avec quoi ? Comment faire ? « Fais déjà ce parement, tu sais faire un parement au moins ? »

« Ben… C'est-à-dire… »

«Oui bon je vois. Tu n’a jamais taillé une pierre, heim ? Bon, allez dégrossis dans cette plumée. Tiens, je vais te la tracer. Après tu feras celle-ci, et puis… Le reste ça viendra tout seul. Allons, du nerf, p’tit gars. Ici on est payé à la tâche. Il te faudra cogner, tu sais ; celle-là, ce n’est pas du beurre comme tu en taille chez toi, en Touraine. »

Je ne fus pas long à m’apercevoir de la logique de cette observation un peu blessante mais exacte. Les premiers coups de broche pour dégrossir la plumée furent lamentables. La broche glissait sur la pierre, m’échappait presque, et ce qui devait arriver… La massette retombait plus souvent sur la main que sur l’outil !

Les heures passaient, le travail n’avançait guère. Ma main gauche commençait à présenter une belle teinte bleue et la douleur m’en rendait encore moins adroit, c’est le moins qu’on puisse dire ! Le Père Henri vint près de moi. « Hé ben, mon p’tit gars ! » La phrase était courte. Elle disait tant de choses ! Il me poussa un peu du coude et, posément, se mit à dresser les deux plumées. C’était un plaisir de le voir faire. Il n’en eut pas pour bien longtemps. La règle appliquée longitudinalement puis transversalement n’accusait pas le moindre défaut, gras ou maigre. « Tiens, passe-moi un coup de talot là-dessus et puis après tu dégauchiras. Tu verras, ça ira tout seul maintenant. » En effet, cette opération s’effectua sans trop de peine.

A laide d’un cric plus lourd que moi, je fis basculer mon bloc et, tant bien que mal, je dégauchis mes deux autres côtés. Reprenant la broche, les coups commencèrent à marteler… ma main ! L’un d’eux entama la chair, un juron m’échappa, les larmes me montèrent aux yeux, Dieu, que ça faisait mal !

Le Père Henri, lui, terminait son morceau, entrepris le jour précédent sans doute. Il se dirigea vers un autre, identique au miens, ou presque, qui se trouvait à quelques mètres. Il le jaugea, tournant tranquillement autour, et, avec une souplesse insoupçonnée chez cet homme qui me semblait être un vieillard, il le bascula facilement à l’aide du même cric qui semblait ne rien peser dans ses bras. Je l’appelai : « Monsieur Henri, venez voir si ça va comme cela. » Il vint vers moi : « P’tit gars, il ne faut pas m’appeler Monsieur. Pour tous, ici, je sis le Père Henri, tu as compris ? » Il vérifia la planimétrie et le dégauchissement des plumées, émit un grognement et me dit d’un ton bourru : « Ce n’est pas très beau, mais enfin… Allez fais sauter le reste en vitesse et dresse tout au talot, on verra après. » Le reste c’était un ventre de quinze à vingt centimètres d’épaisseur sur la surface restante du parement. Ma pauvre main !

Lorsque retentit le sifflet avertissant que la journée se trouvait à l’équerre, je ressentais une douleur lancinante, jusqu’au coude et ma main était toute sale de sang séché et craquelé. J’allai m’asseoir près du Père Henri, le dos appuyé à un arbre dont les bourgeons venaient d’éclater pour saluer l’arrivée du printemps. En silence nous mâchions nos tartines trempées dans la pitance de nos gamelles réchauffées dans un vaste bac en fer noir dont l’eau bouillonnait, sur un lit de braise.

Le Père Henri me tendit son quart culotté d’une croûte noirâtre sur le bord, et rempli d’un petit vin rosé. « Tiens, p’tit, bois ça. C’est de ma récolte. » Je la trouvais excellente, cette piquette qui me rafraîchissait le gosier. Repas rapidement expédié. Conversation avare comportant quelques phrases étriquées, entre deux bouchées.

Après une heure de pause, je reprenais la broche et la massette, la main tremblante. Les coups, de plus en plus mal assurés, devenaient inefficaces et quelques maigres éclats s’arrachaient au bloc avec bien du mal. A plusieurs reprises, le Père Henri me prit les outils des mains et me dispensa de sages conseils. « Regarde-moi bien, Regarde bien comment je tiens ma broche, comment je la tiens inclinée et où je la place. Vois, un seul coup de massette, pas très fort pourtant, tiens… » Et l’éclat s’envola, puis un autre, un autre encore, des éclats réguliers, calibrés, laissant apparaître un parement dégrossi, comme s’il s’était caché dans une gangue enlevée par ces vieilles mains expertes. « Tu vois, ce n’est pas difficile, tu enlèves seulement ce qui est en trop. Pas beaucoup à la fois, des coups sûrs, réguliers, secs, des coups qui portent, qui portent sur la broche, pas sur la main. Ca, vois-tu, dit-il en touchant ma main meurtrie, c’est autant de coups perdus pour toi et pour le patron ! »

Lorsque le soleil déclina derrière la colline, faisant à nouveau couler sur son flanc les reflets cuivrés tachetés du vert sombre des buis étriqués, le sifflet retentit peu après que la cloche eût égrené les sept coups du soir.

La carrière s’apaisa peu à peu. Les machines s’endormirent. Les hommes se dispersèrent. Seul, un marteau résonnait sur l’enclume, là-bas dans le petit atelier sombre. Je rangeai mes outils, les broches déjà usées d’avoir été si mal traitées. Je regardai mon travail… Le parement à peine ébauché. Je regardai le morceau du Père Henri, qu’il avait attaque peu avant midi. Deux faces apparaissaient, parfaitement bouchardées, ciselure relevée au pourtour. Un lit était amorcé.

Jamais, jamais je n’arriverais… J’étais découragé, et je n’ai pas honte de l’écrire, à dix-neuf ans, je sentais les larmes me monter aux yeux. Etait-ce la douleur de la main blessée, ou le dépit de ce premier échec ? Une poigne amicale mais autoritaire s’abattit sur mon épaule. « Alors, petit, ça va ? Elle ne se laisse pas faire facilement celle-là, hein ? Elle est rébarbative au début, cette pierre, et puis après quand on la connaît, elle devient comme une femme, on en tombe amoureux ! Te décourage pas, va, petit. Aujourd’hui, elle t’a mordu la main. C’est normal, elle cherche à se défendre, mais ne te laisse pas faire, cogne-lui carrément dessus, demain, tu verras, tu la materas ! » Demain… Est-ce que j’aurais le courage de reprendre la massette, demain ?

Bien sûr, demain… les jours suivant…

Première journée à la carrière, dans l’Ain, voici trente ans… Il y en eut quelques autres qui se succédèrent, de ces journées pénibles. J’y restai presque six mois, dans ces carrières, et j’ai appris bien des choses en si peu de temps : l’ouvrage était exécuté à la main, à la force des poignets, que ce soit l’extraction, la taille ou le bardage. En est-il toujours ainsi aujourd’hui, à la carrière ? Et s’il en était toujours ainsi, notre métier pourrait-il survivre ?

Un Français perce le secret des bâtisseurs de cathédrales.

Que l'on soit à l'extérieur ou à l'intérieur d'une cathédrale, nous sommes séduits par son architecture et sa profusion de décors. Mais une autre dimension nous interpelle : leur construction. Quels hommes ont eu l'audace de lancer de tels défis ? Comment ont-ils réalisé ces prouesses techniques ? La réponse à ce "mystère des cathédrales" n'est-elle pas à chercher dans le génie des bâtisseurs ? Ne serait-ce pas ce que les penseurs médiévaux ont appelé « l'Éternelle Sagesse » ?

Dans cette vidéo Claude Oberlin partage avec vous une découverte incroyable qu'il a faite en étudiant, in situ, l'Abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire. En se penchant sur les marques lapidaires présentes dans l'Abbaye, il a découvert des formes. Et il s'avère que ces formes représentent en fait une équerre. Claude va nous expliquer comment, à l'aide d'une simple équerre, les bâtisseurs ont réussi à construire cette Abbaye. Un exploit d'une simplicité témoin du génie de ces bâtisseurs !

Pensées

  • ➩ De la Connaissance.
  • ➩ Etre Franc-Maçon.
  • ➩ Toi mon Frère.
  • ➩ La marche : figure spatiale de l'itinéraire d'une vie.
  • ➩ L’insouciance de l’avenir ?
  • ➩ La sainte religion chrétienne.
  • ➩ De la Fraternité.
  • ➩ Des vérités initiatiques.
  • ➩ De la règle fondamentale de la foi.























De la Connaissance

Le chemin maçonnique n’est pas fait que d’intuition, c’est-à-dire de connaissances immédiates sans intermédiaire mais d’épreuves. Le besoin d’une réalisation spirituelle doit être, il est vrai, basé sur une « pratique solide » des écritures sacrées et des institutions qui en sont détentrices. C’est l’exonération de toute précarité historique qui confère aux aspects rituéliques le privilège d’une permanente actualité. La Connaissance est source de vie, non les hommes. Cette Connaissance implique l’amour de l’autre, le respect de l’autre et un retour à notre origine supranaturelle. L’acte ou les actes rituels que nous faisons, actes devant être conformes à la Tradition, opèrent en général dans la totalité de l’être humain. Nos actes opèrent une réalisation de ce qui nous constitue, dans notre propre possibilité non encore manifestée.

Oui, la « Connaissance » est le grand secret du chemin du Franc-maçon car c’est la seule réalité sensible de notre vie terrestre. Notre réalisation spirituelle implique de facto la disparition de l’illusion du moi et la connaissance d’une dualité « sujet-objet ». Et c’est par une Connaissance supérieure que nous pouvons aboutir à une possibilité d’expression du « soi unique ». Notre Connaissance ne doit pas être seulement mentale sinon elle n’est que reflet d’une ombre que nous nommons « connaissance ou savoir ». Nous parlons trop souvent de « cœur » qui de nos jours représente l’empathie et qui n’est que le centre de l’individualité humaine envisagée dans son intégralité mais nous ne sommes alors que dans le monde de l’intellect pur. L’étude du symbole et du symbolisme nous permet d’avancer et de devenir « lumière intérieure ». Mais elle ne doit pas devenir un « vêtement livresque » mais une Connaissance silencieuse et « non agissante ». Nous ne sommes peut-être qu’un point, mais il est placé au milieu du cercle, Point pendant du Ciel et de toute la Nature, au-delà du mental et au-dessus de notre être crée.

Être Franc-maçon

Être Franc-maçon est un « état » et non ... une rente. Nous devons être hors du temps mais au milieu du temps profane, ce qui n’est pas simple. Mais la Maçonnerie franche et acceptée suppose l’existence de certains hommes « inconnus » qui ont entre leurs mains un dépôt sacré. Et c’est en eux que l’on doit puiser notre confiance, non à ceux qui espèrent être admis à des « secrets miraculeux », à ceux qui ne cherchent dans la franc-maçonnerie que des « liaisons utiles » et qui finalement se trouvent face à eux-mêmes, désœuvrés avec leur orgueil flatté et qui se trompent eux-mêmes, qui finalement ne s’éblouissent qu’eux-mêmes mais qui, malheureusement « déstabilisent » l’autre dans sa quête initiatique.

Toi mon Frère Jean

Je t’aime beaucoup car tu es une personne sans détour, franche et honnête dont la droiture ne peut être remise en question. Toi mon Frère, je t’ai vu étudier sans cesse les rituels, comme une infatigable abeille travailleuse qui se donne comme objectif un « sommet » indicible. Je t’ai vu grandir empruntant un beau chemin spirituel de vie et de soif de Connaissance. Je te sentais relié par ce « fil d’argent » à la spiritualité, à ta montée vers toi-même pas à pas, dans le cadre d’un voyage initiatique, celui de Paulo Coelho du pèlerin de Compostelle. Le chemin vers soi-même est « souvent semé d’épines » car il se déroule dans un monde profane.

Dans tout chemin on peut voyager, errer voire se perdre. Mais si notre démarche est honnête nous devons nous pardonner et être ce que nous sommes, enfant de Dieu. Et nous savons tous que Dieu pardonne et si Dieu pardonne, en tant que Jean l’avenir est devant toi, rose et éblouissant. Le prénom Jean ne vient-il pas de la contraction de Yeho et de Hanan qu’on peut traduire par « Dieu pardonne » ?

La marche : figure spatiale de l'itinéraire d'une vie

Est mystique celui ou celle qui ne peut s'arrêter de marcher et qui avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n'est pas ça, qu'on ne peut résider ici ni se contenter de cela. Certes, ces paroles auraient pu renvoyer à Jean-Joseph Surin ou à Pierre Favre, cet autre savoyard et voyageur abrahamique parcourant l'Europe en pleine mutation. Mais ne s'agit-il pas aussi de lui comme un de ceux qui découvrent que la vérité est toujours en avant de soi et que c'est en marchant qu'on la découvre toujours plus loin. Avancer en s'arrachant à ce qui retient devient l'expérience fragile d'une liberté toujours plus exigeante à mesure qu'elle se découvre plus radicale. Comme nous le savons, ce qui importe en définitive dans la marche, ce ne sont pas les raccourcis qui rallongent, ni l'impatience du temps qui passe, ni le refus des chemins habituels pour les chemins de traverse, ce sont les lieux traversés, ce sont ces rencontres improbables et proprement déroutantes, c'est l'attente de demain et d'ailleurs qui remet en route, c'est l'horizon qui attire et se dérobe. La marche est la figure spatiale de l'itinéraire d'une vie qui est de toujours et de partout parce qu'il s'agit de la quête passionnée de l'autre : il s'agit d'aller en avant de soi, de questionnements anciens en interrogations nouvelles, vers ce qui est toujours au-delà et requiert patience et intelligence.

Michel de Certeau : La Fable mystique

Michel de Certeau, né le 17 mai 1925 à Chambéry et mort à Paris le 9 janvier 1986, est un intellectuel jésuite français auteur d'études d'histoire religieuse (surtout la mystique des XVIe et XVIIe siècles) comme le montre son ouvrage La fable mystique, édité en 1982, et d'ouvrages de réflexion plus générale sur l'histoire, la psychanalyse, et le statut de la religion dans le monde moderne. Jésuite, il restera toujours fidèle à cette institution, bien qu'évoluant dans ses marges. Il est co-fondateur de l'École Freudienne de Paris, autour de Jacques Lacan. Il s'engage en faveur des étudiants en 1968. Historien de la mystique et a minima « convaincu d'expériences », Michel de Certeau est une personnalité complexe dont l'œuvre traverse tous les champs des sciences sociales. En 1984, il est élu directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales avec comme intitulé général de ses séminaires : Anthropologie historique des croyances, XIVe-XVIIIe siècles. L'influence psychanalytique se retrouve fortement dans son œuvre historiographique, où il analyse le « retour du refoulé » au travers des limites arbitraires de l'histoire officielle, et la survivance du « non dit » dans les marges de l'écrit. Il est une référence, souvent cité dans les recherches liées aux Cultural Studies

GPIO GLLR : Frise des pèlerins sur le fronton de l'église de Saint-Jouin-de-Marne
Frise des pèlerins sur le fronton de l'église de Saint-Jouin-de-Marne
Avril 2020 : L’insouciance de l’avenir

Notre épreuve de confinement va elle s’arrêter comme elle a commencé, dans l’insouciance de l’avenir ?

Mais pourtant notre devenir continue et notre spiritualité ne doit ni s’émousser ni s’éteindre.

Dieu a su préserver nos familles, remercions-le en lui donnant du bonheur en parlant de lui dans notre quête de spiritualité, à son service et au service des autres Frères et Sœurs.

Notre sacerdoce est là et notre mission est forgée en lettre de feu devant nous : « être au service ! »

GPIO GLLR : Statut d’un compagnon dans la Collégiale de Saint-Marc La Lande Deux Sèvres.
Statut d’un compagnon dans la Collégiale de Saint-Marc-La-Lande Deux-Sèvres.
La sainte religion chrétienne

Il est fort souvent fait reproche aux loges de Tradition de faire référence soit à la « Sainte religion chrétienne » (Rite Ecossais Rectifié) ou à « une fraternité sainte » (Rite de Stricte Observance du baron Von Hund).

Nous allons de suite nous pencher sur la proclamation officielle du Convent de Wilhemsbad de 1782 lors de la réunion des loges de Stricte Observance Templière.

Nous avons résolu de déclarer comme nous déclarons et protestons que l’unique but de notre association est de rendre, ainsi que chacun de ses membres, recommandable et utile à l’Humanité pour l’Amour et l’étude de la vérité, par l’attachement le plus sincère aux dogmes, devoirs et pratiques de notre sainte religion chrétienne, par notre soumission et obéissance aux souverains et aux lois de nos patries respectives, par une bienfaisance éclairée et universelle, dans le sens le plus étendu, enfin, par une pratique constante de toutes les vertus religieuses, morales, patriotiques et sociales...

La sainte religion chrétienne est bien présente dans le Rite de Stricte Observance (certes relevant plus du piétisme allemand) et le Rite Ecossais Rectifié. L’exhortation du Vénérable Maître de loge lors de la réception d’un apprenti nous le confirme sans détour : « Oui Monsieur, c’est l’évangile de saint Jean, croyez-le, ma parole vous en assure ! » R.E.R. et « Le livre sur lequel vous posez la main est le livre des Saintes Ecritures ! » R.S.O.

Il est clairement indiqué également que la nature de ce que l’Ordre considère « comme le gage du serment, c’est à dire ce qui est le fondement même de la fraternité » est bien la religion chrétienne.

Dans les rituels du Régime Ecossais Rectifié il est fait référence sans cesse au Christ lui-même dans les termes évangéliques et invite à méditer le saint Evangile qui est le « propre de toute vie chrétienne ».

Qu’il s’agisse ainsi de l’évocation d’un « Dieu créateur » au Rite de Stricte Observance ou du « Grand Architecte de l’Univers » au Rite Ecossais Rectifié la notion de sainte religion chrétienne y est toujours aussi prégnante.

Au Rite Ecossais Rectifié, le triangle équilatéral au-dessus du dais de la Loge est une référence à Dieu non discutable et montre la notion de « descente du verbe », mystère central de la doctrine chrétienne auquel est consacré le prologue de l’évangile de saint Jean, page ouverte dans la Bible placée sur la table du Maître de Loge.

Au rythme des différentes réceptions le maçon se voit sans cesse rappelé à ses devoirs et à son appartenance à la religion chrétienne. Ceci lui est d’ailleurs rappelé dans les règles de ses devoirs qui sont empreintes dans son cœur dont il est instruit par la raison et perfectionné par la religion.

La Bible est toujours présente et ouverte pour tous. Il ne suffit pas que le candidat ait la connaissance et du respect pour la Bible qui ne témoignerait pas d’un attachement de tout son être car que vaudrait un engagement pris sur la Bible pour qui la considère comme seulement un « fait culturel ».

« L’Ordre (des francs-maçons) ne veut que des déclarations libres » nous est-il précisé dans les rituels. Ainsi dans le rituel on retrouve la distinction entre tolérance et indifférence, comme entre liberté et licence. La tolérance s’entend pour ce qui concerne les confessions chrétiennes les unes par rapport aux autres, mais l’Ordre n’est pas « juge des titres que possède le franc-maçon pour se déclarer chrétien ». Le franc-maçon comme tout homme ne se retrouve donc toujours que face à lui-même, dans sa vérité intérieure, parfois différente de la vérité extérieure, dans le cadre d’une société humaine où il tente de vivre sa foi et les valeurs chrétiennes qui s’y attachent.

Il est donc un Homme Libre dans une Loge Libre.

Pour finir cet essai maçonnique ne pourrait-on pas clore ce sujet par cette définition : « Celui qui est la vérité même, le réparateur, le rédempteur, le verbe incarné, l’agneau de Dieu, la nouvelle loi de grâce et de vraie lumière ne professe-t-il pas un « christocentrisme », notion propre à la doctrine du Rite Ecossais Rectifié. »

De la Fraternité

L’amour fraternel ne se choisit pas. Il s’impose à partir du moment où la réception a eu lieu. Par ailleurs, il s’adresse à tous les Frères. Il doit conserver envers tous ses Frères et Sœurs une fraternité sainte, la fidélité du cœur et un amour céleste. Par conséquent, il ne peut y avoir un Frère que l’on aime plus ou moins que les autres dans le domaine initiatique, car nous sommes tous dans la voie initiatique.

L’amour fraternel est dégagé de toute ressemblance ou différence ; il réunit des êtres de toute race, de toute idée politique, de tout milieu social ou professionnel, dans une parfaite égalité et une totale tolérance. Il réunit des êtres qui ne se seraient sans doute jamais rencontrés dans le monde profane, et qui ont désormais comme seule parenté, au-delà de toute Obédience, de tout Rite et Rituel, celle d’avoir reçu la Lumière.

L’amour fraternel ne varie pas, comme dans le domaine affectif ; il est immuable, car il repose sur valeur divine, sacrée et éternelle.

La véritable démarche d’amour fraternel est une démarche qui ne demande pas de réciprocité. On aime pour aimer, pas pour être aimé. Toute autre conception est une conception profane qui ne peut conduire qu’à la déception, à la douleur et à l’échec à plus ou moins long terme.

Et si, malgré notre quête, il nous arrive d’avoir des faiblesses, souvenons-nous que, pour être de bons Maçons, il nous faudra sans doute travailler toute notre vie.

Des vérités initiatiques

Il est vrai que, par rapport à la confiance que nous avions investi en notre Frère, nous avons eu peur qu'il se perde dans des travaux exotériques. Mais grâce à Dieu il a retrouvé le chemin de la « Maison. » Il est vrai qu’il ne suffit pas de posséder un grade maçonnique pour se croire maçon, la vie est souvent semée d’épines.

la vie est souvent semée d’épines.

Nos cérémonies n’ont pas de vertu sacramentelle et nulle « consécration » n’a de pouvoir de faire un maçon car en toute initiation effective l’initié se fait lui-même. Certes notre pénétration intellectuelle est parfois loin d’être géniale car la vie « moderne » laisse peu de loisir pour la méditation et dans ces moments-là nous nous nous tenons souvent qu’à la surface des choses. Pour découvrir les « vérités initiatiques » il faut toujours approfondir notre travail et s’astreindre à des efforts persévérants qu’il nous faut d’ailleurs parfois graduer afin de venir en aide à notre faiblesse humaine. Il s’agit en toute occasion de partir de l’apprentissage pour arrivera à la vraie maitrise. Il nous faut donc toujours avoir l’héroïsme des compagnons de Jason et avoir toujours en vue directe notre capacité de pardon et d’Amour.

De la règle fondamentale de la foi

[...] Je me crois bien fondé à penser que c’est tenter Dieu que de lui demander sous le prétexte spécieux d’une prétendue foi, une espèce de miracle pour obtenir des choses, pour lesquelles sa Providence à établie des moyens ordinaires et à la portée de tous ; et que la plupart des demandeurs sont ordinairement punis de leur témérité, qui le plus souvent tourne à leur honte par le non succès. Je ne doute pas néanmoins que lorsque les secours ordinaires manquent, une foi vive puisse opérer des effets étonnants, parce que celui qui la donne est le tout puissant ; mais prétendre comme on l’établit ici, que cette foi vive et pure qui peut guérir des maladies, sauver des périls , faire marcher sur les eaux, et transporter les montagnes dépende de la volonté de l’homme, c’est une grande erreur et une sorte d’impiété, qui renversant tous les fondement de la foi, révolte l’homme instruit. Pierre qui à la voix de son Maître, à la Divinité auquel il croyait encore faiblement, marche sur les eaux, en était incapable par lui-même et n’a pu le faire que parce que son Maître, après lui avoir reproché son peu de confiance en lui, lui a donné à l’instant même le degré de foi nécessaire pour qu’il pût marcher sur la mer et se rapprocher de lui ; il retira un instant ce haut degré de foi, sans lequel il ne pouvait aller plus loin, et qui est au dessus de tout pouvoir humain ; Pierre se sentant plonger, réclame le secours retiré, et fut exaucé. Le tout fut opéré pour faire éclater devant tous les disciples la gloire de la Divinité de leur Maître, encore trop méconnue, et fortifier leur confiance en lui. Telle est la règle fondamentale de la foi, elle vient de Dieu et non de l’homme ; l’homme ne peut que se disposer par les efforts de sa volonté à se rendre digne de la recevoir. Toute autre doctrine est erronée. [...]
Jean-Bpatiste Willermoz : Lettre au Frère Achard du 28 pluviose an XIII, finie le 8 ventôse Ms. Fds Gal 5456 (II)