GPIO GLRR : Ecu du Grand Prieuré Indépendant d'Occitanie

Grand Prieuré Indépendant d'Occitanie

Grande Loge des Loges Réunies

La Loge de Recherche et d'Instruction

Le Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie gère une Loge Chapitrale de Recherche et d’Instruction des Rites Ecossais Rectifié et de Stricte Observance.

Elle est chargée de l’étude des rituels et de leurs gestuelles. Elle propose toutes modifications nécessaires au bon déroulement des rituels. Elle présente des travaux sur les rites travaillés d’un point de vue historique et symbolique. Ses travaux consistent à développer les connaissances maçonniques des membres tant au point de vue symbolique, historique que moral et spirituel. Elle se réunit au moins une fois par an lors d’un Grand Chapitre de l’Ordre.

GPIO GLLR : Frontispice du Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XI° au XVI° siècles par M. Violet-le-Duc. Paris Bance Editeur, 1858
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Galerie de portraits

Voici une galerie de portraits de personnalités ayant contribué à histoire du Rite de Stricte Observance et du Rite Ecossais Rectifié.

GPIO GLLR : Eques a Penna Rubra GPIO GLLR : Chales de Hund ; Eques ab Ense GPIO GLLR : Jean-Baptiste Willermoz ; Eques ab Eremo GPIO GLLR : Adam Weishaup
Le Chevalier au Plumet Rouge
ou l'esprit du XVIIème siècle
Charles de Hund
1722 - 1776
Jean-Baptiste Willermoz
1730 - 1824
Adam Weishaupt 1748 - 1830
ou l'esprit du XVIIIème siècle
Le Chevalier au Plumet Rouge et l'esprit du dix-sèptième siècle

Encore aujourd'hui, Charles de Hund, fondateur de la Stricte Observance, est controversé. Mythomane pour les uns, loyal pour les autres, il n'attire que des jugements définitifs : les historiens se battent sur la légitimité et l'existence même de ceux qu'il désigne comme Supérieurs Inconnus de l'Ordre du Temple.

La littérature maçonnique ne distingue qu'avec difficulté l’histoire des faits et celle des idées. Leurs recherches n’utilisent pas les mêmes méthodes et n’ont pas la même fiabilité. L’enjeu des recherches sur Charles de Hund est de savoir si la Stricte Observance s’inscrit dans la continuité des Templiers : Continuité d’une tradition par une continuité des idées intellectuelles et/ou continuité factuelle de faits par une ininterruption de l’Ordre du Temple.

Si des Supérieurs Inconnus il y a, quelles consignes ont-ils données à Charles de Hund et quelles innovations s’est-il lui autorisées ? De ses premiers pas en maçonnerie, il ne ressort aucun document attestant des liens avec de tels supérieurs. Il est reçu maçon en 1742 puis à des grades écossais se terminant par un dit templier. Il n’a qu’une patente datant de 1751, mais elle est cryptée et encore indéchiffrée aujourd'hui, sinon 10 ans sans aucun manuscrit officialisant leur existence.

Souvent les biographies des maçons d’avant 1750 sont rédigées seulement sur les témoignages de leur protagoniste et de leur relation. Aujourd’hui, des informations extérieurs sont corrélées et apportent leur crédit comme par exemple les gazetins, rapports de police et autres journaux. Au temps des premières Loges il n’y avait pas nécessairement de secrétaire donnant des attestations ni rédigeant les procès verbaux de Loge.

Sans jamais les nommer, Charles de Hund désigne toujours les Supérieurs Inconnus comme des partisans de la maison Stuart. Y a-t-il Jacques III roi de Grande-Bretagne exilé en Italie espérant reconquérir le pouvoir ? Y a-t-il Charles-Edouard, son fils, capable lui de soulever une armée et rallier l’Ecosse contre la dynastie Hanovrienne ? Et puis, ces deux princes font-ils partis de la légendaire lignée des grands maîtres secrets de l’Ordre du Temple ?

Une première réponse fuyante est donnée par Charles-Edouard lui-même, après la mort de Charles de Hund au baron von Waechter venu l’enquêter sur leur rôle dans la transmission de l’héritage templier. D’un côte il nie son implication dans un ordre maçonnique, d’un autre il sous entend que son père puisse avoir des liens avec la maçonnerie, au moins il est prêt à valider les pouvoirs d’un successeur de l’Ordre du Temple.

Rappelons le décor de l’essor de la maçonnerie. En 1603 Jacques VI roi d’Ecosse devient roi d’Angleterre et d’Irlande. Après son décès en 1625, son fils Charles Ier lui succède mais une guerre civile le fait décapiter en 1649. Ensuite, après la république d’Olivier Cromwell, Charles I reprend possession des trois royaumes en 1660. Il décède en 1685 et est remplacé par son Frère Jacques II qui est lui-même contesté et s’enfuit en France en 1688 à Saint-Germain-en-Laye avec ses nombreux partisans et sous la protection de Louis XIV.

Il meut en 1701, son fils Jacques III, reconnu roi, mais donc sans couronne, par la France tente plusieurs reconquêtes. En 1745, son fils Charles-Edouard prend la tête d’une armée. C’est un échec mais il cherche toujours le soutien des souverains d’Europe.

Voila donc le contexte politique de l’essor de la maçonnerie européenne. Deux temps : l’apparition des Loges bleues ou symboliques des trois premiers grades mais aussi l’adjonction de hauts grades dans ce qui s’appelle des chapitres. Charles de Hund revendique là le plus important de ces grades pour l’époque conféré donc selon lui à Paris en janvier 1743 par de hauts dignitaires de cette mouvance jacobite et dans le sillage des Templiers.

[…]

En 1775, lors du convent de Brunswick, Hund interrogé sur ses réceptions aux hauts grades déclare avoir été fait Chevalier Templier par Kilmarnock en présence de Clifford. et avoir été présenté à un éventuel Grand Maître de l’Ordre peut-être le prétendant au trône d’Angleterre en personne. Waechter par son enquête a les affirmations de Charles-Edouard : ni lui ni son père étaient à Paris à cette époque, par contre Clifford et le jeune Kilmarnock y étaient sûrement.

Kilmarnock est le jeune fils James de William Boyd, quatrième comte de Kilmarnock fondateur et dirigeant de la Grand Loge d’Ecosse. Il a 17 ans en 1743 et est à Paris pour parfaire son éducation avec les exilés britanniques.

Hugh Clifford, né lui aussi en 1726, est le fils du baron Clifford de Chudleigh décédé en 1732. Il vit à Paris avec sa mère et ses Frères et Sœurs. Il fréquente les enfants du comte Charles Radcliffe of Derwentwater, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Paris.

Alors les témoignages de l’initiation templière de Hund font mention à la fois de Kilmarnock, de Clifford et aussi d’un Chevalier portant comme nom d’Ordre Eques a Penna Rubra, Chevalier au Plumet Rouge que Hund pense être Charles-Edouard Stuart.

Les faits qu’il affirme sont vrais : les deux jeunes Kilmarnock et Clifford sont à Paris en janvier 1743, qu’ils fréquentent un Chevalier au Plumet Rouge pourquoi pas. Ce qu’il suppose : que ce dernier est le prétendant est peut-être une confusion de sa part entre la ressemblance frappante entre les deux jeunes Charles-Edouard et Jacques-Clément l’un des fils du comte Charles Radcliffe of Derwentwater.

Cette ressemblance a déjà été source de confusion, révélée dans la gazette de Londre, en 1745 quand une frégate anglaise intercepte un navire écossais transportant le comte et ses fils, les anglais ayant alors eu l’espoir d’avoir capturé le prétendant. Elle s’explique aussi par une ascendance commune.

Jacques-Clément né en 1727, lui aussi donc initié très jeune, est officier dans le régiment de Dillon depuis 1741, et est hébergé chez les Clifford à partir de 1746.

[...]

Source : André Kervella : Le baron de Hund et la Stricte Observance, Editions La pierre philosophale 2016

Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau
Introduction

L’histoire de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem et de son Rite Ecossais de Stricte Observance est si intimement liée à la vie du baron de Hund, son inventeur, que le système, tel qu’il est organisé au dix-huitième siècle, ne survit que quelques années à sa disparition. Le rite maçonnique, désigné encore sous le nom de maçonnerie rectifiée, connait une expansion prodigieuse dans l’Europe du siècle des lumières et concurrence pendant près de trente ans la Franc-maçonnerie anglaise implantée sur le continent depuis 1721 pour finalement laisser place, à partir de 1782, au Régime Ecossais Rectifié et à son Ordre des Chevaliers Maçons Bienfaisants de la Cité Sainte.

Premiers degrés

Les plus anciennes notices imprimées sur Hund sont celles de 1777 parues dans la gazette de Lusace rassemblant des essais de sciences, de littérature et sur les riches familles. Suite à son décès le 8 novembre 1776, ces notices nécrologiques rappellent surtout sa carrière profane comme un grand seigneur de l’époque.

Ces notices sont complétées maçonniquement par l’oraison funèbre du chapitre de Rothenberg de décembre 1776. Elle retient les principales contributions de Hund à la fondation et au développement de la Stricte Observance. Toutefois elle comporte des anomalies. Plus fiable est la courte notice du cahier d’architecture de la Loge Aux Trois Colonnes de Kittlitz fondée par Hund. Celle là à été publiée plusieurs fois depuis jusqu’en 1874 et avec quelques variantes.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund maison natale GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Sa propriété dans ses terres d’Umwurden à Kittlitz
Charles de Hund : Sa maison natal à Monau
Charles de Hund : Sa propriété dans ses terres d’Umwurden à Kittlitz

Ainsi, Hund nait le 22 septembre 1722 à Manua (Mönau) sur les terres familiales en Haute-Lusace. Son père est chambellan du roi de Pologne, électeur de Saxe, il décède en 1731. Sa mère décède en 1737. Il engage alors des études à Leipzig mais veut voyager : Strasbourg, Paris puis un éventuel séjour en Angleterre avant de rentrer en Allemagne.

Notice de la Loge de Kittlitz publier en 1842 :

Charles Gotthelf de Hund et Altengrotkau, seigneur de Unwürde, Kittlitz, Gebelzig, Oppeln, Manua, Liska, etc, chambellan de S.A.S. l’électeur de Cologne, naquit le 11 de septembre 1722 à Manua, fut reçu franc-maçon l’an 1741, le 18 octobre, à Francfort sur le Main dans la Grande Loge sous la conduite du conte de Schönborn, conseiller privé actuel de S.M.I. le prince Auguste de Baden et le prince Georges de Hesse d’Armstadt étant surveillant, ayant pour répondant le prince Frédéric de Hesse d’Armstadt, le prince de Nassau Welburg et le comte de Wiet, et fut le même jour Compagnon. L’an 1742, le 21 de juillet, il fut reçu Maître dans la Loge Aux Trois Roses à Gent [Gand], par Messer Bocland, Maître en chaire, et le 22 d’août Ecossais par Milord duc d’Albemarle, à Bruxelles, et pris le surnom de Chev [alier] de l’Epée. Il fut second surveillant dans la Loge nommée A l’Arbre Rompu, et après premier surveillant dans la même. Le 13 d’octobre de la même année, il fut fait Maçon Sapant et reçu des nouvelles lumières. Il entra en qualité de premier surveillant dans la nouvelle Loge Aux 3 Compas à Paris, le 12 décembre 1742. Le 3 janvier de l’année 1743, la Loge le choisit pour Maître en chaire, et le 6 janvier il la cassa au nom du Grand Maître et la forma de nouveau sous le nom de [Loge] Etrangère, le 24 de janvier 1743. Le 13 de nov [embre] 1743, il résigna en faveur du baron Merklem, se réservant ses droits en cas de son retour à Paris. Il reçu avant son départ des instructions particulières et en passant à Strasbourg il aida à établir une Loge sous le nom de l’Epée d’Or, et érigea enfin cette [Loge de Kittlitz] Aux Trois Colonnes le 24 juin 1751.

Voyons ces repères pour analyser son rôle en maçonnerie. Son initiation est pendant son séjour à Francfort où il fréquente des cours princières : Ce sont des maçons de haute noblesse qui le reçoivent dans cette Grande Loge réunie dans une circonstance non connue aujourd’hui.

Toutefois voyons les noms donnés. Le comte de Schönborn dirigeant la Loge est donc conseiller privé actuel de Sa Majesté Impériale Auguste Baden. Parmi tous les homonymes il s’agit certainement de Franz-Joseph-Bonaventura von Schönborn (1708 - 1772). L’important est le mot actuel, qui montre que cette notice est rédigée du vivant de Schönborn et donc de Hund. Elle est donc certainement très fidèle.

Ensuite les princes Georges et Frédéric de Hesse-Darmstadt et de Nassau-Weilburg sont plus évocateurs et sont faciles à identifier. D’autres types de documents montrent qu’ils ont tous les trois séjournés à Paris : Le journal du duc de Luynes parle de leur présentation au roi début 1741.

Ils sont Louis, né en 1719, Georges-Guillaume né en 1722 et Georges-Frédéric né en 1726. Ils sont maçons comme leurs pères. Ils sont initiés de bonne heure comme on en trouve de nombreux exemples au dix-huitième dans les familles nobles. Le benjamin est le répondant de Hund c'est-à-dire parrain ou présentateur.

Le comte de Wiet est peut-être Johann-Julius von Vieth, (dont l’orthographe du nom varie) né en 1713, Maître de la Loge Les Trois Glaives à Dresde. C’est celui-là même qui affirme plus tard avoir reçu patente de Georges Guillaume pour cette Loge. C’est lui qui donne l’accréditation templière à Hund en 1751.

Il est l’un des Supérieurs Inconnus, mais, passons au prince de Nassau-Weilburg. Plus âgé que les précédents, il nait en 1685, est ambassadeur de Saxe à Paris en 1710. En 1741, un rapport de police de septembre dit qu’il doit rentrer à Francfort, cela coïncide, il est en octobre à Francfort à la réception de Hund.

Cette Grande Loge est donc certainement très récente, formée sur le modèle de celles autorisées par la Grande Loge de Paris aux profits des étrangers. Elle est sous influence jacobite, les premiers grands maîtres de l’Ordre en France étant partisans de Jacques III Stuart, et leurs successeurs comme le duc d’Antin aussi.

D’ailleurs Charles-Edouard Stuart envisage même d’épouser Caroline-Louise de Hesse Darmstadt, la sœur des précédents. Des échanges de courrier avec leur père montrent que cette famille n’est pas contre sa cause politique.

Aussi, comme beaucoup de nobles des états concernés, Hund est à Francfort en 1741 pour la diète convoquée pour l’élection du nouvel empereur, suite au décès de Charles VI. Il est observateur plutôt qu’acteur comme nombre de français présents à la suite du maréchal Fouquet de Belle-Isle ambassadeur de Louis XV venu soutenir Charles de Bavière.

Le 26 février 1742, Hund est au couronnement de Charles VII, il est nommé chambellan de l’Electeur de Saxe comme son père. Dans le temps de la diète il visite probablement d’autres Loges mais son nom n’a pas été trouvé dans les registres découverts depuis.

Un mois plus tard il est reçu Maître dans la Loge Les Trois Roses à Gand par le nommé Bocland. L’indentification de ce dernier n’est pas faite mais il faut noter que des familles d’exilés jacobites sont installées dans la ville et l’orientation jacobite des Loges de Gand est certaine.

Puis en août il est donc reçu Maître-Ecossais par Mylord duc d’Albemarle à Bruxelles et prend alors de surnom de Chevalier de l’Epée. Là aussi la cité est courue par les jacobites, Bernard Granville d’Albemarle fait parti de ce réseau.

Bernard est le neveu de Georges Granville, opposant aux Hanovre et fait duc par Jacques III en 1721. A son décès en 1735, il hérite, avec l’approbation de Jacques III du titre de son oncle, il est un paisible gentleman-farmer.

Sa Loge est l’Arbre Rompu, Hund y est surveillant. L’arbre rompu rappelle le chêne foudroyé au sommet rompu des gravures représentant à cette époque la famille Stuart chassée des îles britanniques en 1688. Ce chêne est accompagné d’une jeune pousse et de la devise Revirescit : il se relèvera.

Ce thème est déjà présent au moment de la restauration de Charles II après la décapitation de Charles I. Aussi inspiré du livre de Job (14 7-9), il est intégré à la symbolique maçonnique dans les années 1740.

Alors Hund est reçu Ecossais, prend de suite le nom de Chevalier de l’Epée et est fait Maçon Sapant. Cette progression a-t-elle une nécessité de hiérarchie ? Comment expliquer le surnom de Chevlier de l’Epée sans mention de réception à un haut grade templier ?

C’est une pratique qui devient fréquente à partir de 1750 que de donner un nom de chevalier, ou du moins une caractéristique personnelle, aux Frères seulement reçus Ecossais.

Le vocable de Maçon Sapant est propre au récit de Hund. Il rappelle la légende des initiés cherchant à l’endroit des ruines du Temple à pénétrer dans la voûte. Munis de pelles et d’autres outils ils creusent sapent pour trouver l’antique parole enfouie. Cette dramaturgie existe-elle donc au temps de Hund ?

La Flandre est alors très animée et les maçons de divers horizons n’ont aucun mal à trouver prétexte à s’y rencontrer.

Hund évolue dans ce milieu où les repères se découvrent au fur et à mesure de ses déplacements. Il connaît les villes d’accueil. Dans cette époque de conflits entre les puissances européennes, la Flandre est une région où il y a de nombreuses opportunités de rencontre en militaires et civils. Les jacobites y ont déjà un solide réseau, un nouveau venu fiable y circule sans peine.

[…]

Source : André Kervella : Le baron de Hund et la Stricte Observance, Editions La pierre philosophale 2016

Fondation de l'Ordre

Avec l’aide des Frères Schmidt et de Von Tanner, de la Loge de Naumburg, il écrivit les rituels de l’Ordre et mit au point le cérémonial.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Kittlitz, les armoiries de la famille Hund GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund L’église de Kittlitz
Charles de Hund : Kittlitz, les armoiries de la famille Hund
Charles de Hund : L’église de Kittlitz

Vers 1751, il érigea une Loge et un chapitre provincial sur ses terres, à Unwuerde, et en 1753 il délivra une nouvelle patente à la Loge de Naumburg. Ce fut dans cette Loge que le premier projet financier ou Plan Economique fut élaboré, car, sans finances, il était évidemment impossible de restaurer l’Ordre du Temple. En 1755, un second Plan Economique prenant appui sur le premier fut promulgué.

A cette époque, Carl von Hund, Eques ab Ense (Chevalier de l’Epée, son nom d’Ordre) commença aussi à recevoir quelques chevaliers dans l’Ordre, chacun prenant un titre latin. L’Europe fut divisée, comme autrefois, selon le Livre Rouge, en neuf provinces, modelées sur celles de l’Ordre du Temple :

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Charles de Hund, son blason d'Ordre
Charles de Hund : son blason d'Ordre
  • I. Aragon
  • II. Auvergne
  • III. Occitanie
  • IV. Léon
  • V. Bourgogne
  • VI. Grande-Bretagne
  • VII. Basse-Allemagne jusqu’à l’Elbe et l’Oder
  • VIII. Haute-Allemagne jusqu’au Danube
  • IX. Grèce et Archipel

La guerre de sept ans (1756-1763) empêcha tout progrès sensible de l’Ordre et Hund fut souvent obligé de s’enfuir en raison de ses sympathies envers l’Autriche.

C’est au Convent de Kohlo (du 4 au 24 juin 1772), bien noble situé aux environs de Pfoerdte, et propriété du comte Aloysius von Brühl, que l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem atteignit son apogée : il fut réorganisé, le Directoire de Dresde créé, mais le plan économique fut définitivement abandonnée ; un accord fut conclu avec les Clercs de Jean-Auguste Starck, inventeur du Cléricat Templier, qui vint compléter et coiffer la branche chevaleresque. A ce même Convent, le duc Ferdinand de Brunswick, Eques a Victoria, fut élu Magnus Superior Ordinis per Germaniam Inferiorem, nom qu’il porterait dans l’Ordre Intérieur, et Grand Maître de toutes les Loges Unies, nouvelle appellation du système, Charles de Hund, en tant que Grand Maître Provincial, assurant désormais le rôle d’un monarque constitutionnel.

Les rituels utilisés par l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem contemporain sont ceux qui furent approuvés au convent de Kohlo ; ils portent la signature de Frédéric Auguste Müldauer, Visiteur Général, et du comte Aloysius von Brühl, Eques a Gladio Ancipiti (Chevalier du Glaive à double tranchant), Doyen du Grand Prieuré de Pologne, Visiteur Général de la septième province et Commandeur de Maison.

Sous la direction du baron Von Weiler furent organisées les trois provinces françaises : en 1772, la cinquième province, la Bourgogne ; en 1774, la deuxième province, l’Auvergne, et, la même année, la troisième province, l’Occitanie.

Le Convent de Brunswick (23 mai-6 juillet 1775) légalisa officiellement les neuf provinces de l’Ordre et transféra le Directoire à Brunswick.

Source : Pierre Girard-Augry : Abécédaire de la Franc-maçonnerie Templière, Les Trois spirales, 2005

Continuité

La mort du baron de Hund à Meiningen, le 8 novembre 1776, fut suivie d’une période de confusion et ce n’est qu’au Convent de Wolfenbüttel (15 juillet-24 août 1778) que fut élu Grand Maître Provincial le prince Charles de Suède, mais le départ des Clercs du système annonça le début du déclin de l’Ordre.

GLDRR : Galerie de Portraits Charles de Hund Lieu où il rendit son âme à Dieu à Meningen. GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Eglise de Mellrichstadt où il repose. GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Eglise de Mellrichstadt où il repose. GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Eglise de Mellrichstadt où il repose.
Charles de Hund : Lieu où il rendit son âme à Dieu à Meningen
Charles de Hund : Eglise de Mellrichstadt où il repose
Charles de Hund : Eglise de Mellrichstadt où il repose
Charles de Hund : Eglise de Mellrichstadt où il repose

De plus, cette même année, le Convent des Gaules, sous l’impulsion de Jean-Baptiste Willermoz, décida d’abandonner toute référence explicite à l’Ordre du Temple, de modifier en conséquence les rituels et de transformer le dernier grade templier de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem en celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Source : Pierre Girard-Augry : Abécédaire de la Franc-maçonnerie Templière, Les Trois spirales, 2005

Jean-Baptiste Willermoz
GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Acte de Baptème
Jean-Baptiste Willermoz : Acte de Baptème

Jean-Baptiste Willermoz naît le 10 juillet 1730 à Lyon d’une famille franc-comtoise.

Soyeux lyonnais, il va diriger une affaire prospère. Il devient maçon en 1750 à l’âge de 20 ans. En 1752 il est déjà vénérable de sa Loge. En 1753 il fonde la Loge La Parfaite Amitié à Lyon. En 1760 il joue un rôle important dans la fondation de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon. Il en devient le grand maître. En 1763, influencé par Dom Pernéty, il crée le Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir Rose-Croix qui est un petit cénacle d’étude des hauts grades.

En 1766 il rencontre Martinez de Pasqually à Versailles et rentre dans l’Ordre des Elus Cohens. Il devient Réau-Croix, plus haut grade de l’Ordre, en 1768. En 1771, il prend contact avec Louis Claude de Saint Martin, lui-même Elu Cohen avec qui il se lie d’amitié. Après le départ à Saint-Domingue de Martinez de Pasqually en 1772, les Elus Cohens de Lyon se réunissent fréquemment. Willermoz rédige de 1772 à 1774 un important travail de recueil de notes intitulé « Instructions aux Elus Cohens » dites Conférences de Lyon.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Diplômes. Paris, Ordre des Elus Coën (Trib. Souv.). Nomination comme Inspecteur général de l'Ordre du F:. Jean-Baptiste Willermoz GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Diplôme de Réaux-Croix accordé au Frère Jean-Baptiste Willermoz
Jean-Baptiste Willermoz : Diplômes. Paris, Ordre des Elus Coën (Trib. Souv.). Nomination comme Inspecteur général de l'Ordre du F:. Jean-Baptiste Willermoz. BNF : Département des Manuscrits, FM5 (515)
Jean-Baptiste Willermoz : Diplôme de Réaux-Croix accordé au Frère Jean-Baptiste Willermoz. BNF : Département des Manuscrits, FM5 (516)

En 1772, la Grande Loge de Lyon reprend ses travaux ; il prend contact en qualité d’archiviste Garde des Sceaux avec le baron de Landsperg, vénérable de la Loge « La Candeur » de Strasbourg, à l’occasion d’un différent qui oppose ces deux structures maçonniques à la Grande Loge de France. En effet la plus grande confusion règne au sein de la maçonnerie française [note] : depuis le scandale de 1766 qui oblige le roi à donner ordre à la Grande Loge d’ajourner ses travaux sine die, les dissidences sont de plus en plus nombreuses, des hauts grades apparaissent sans cesse un peu partout. La Loge « La Candeur » dépend de la Grande Loge de France mais a pris des contacts avec l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem allemand [note] qui a une image d’Ordre stable, organisé et puissant.

Intrigué par cet Ordre qu’il ne connaît pas, Willermoz, à la recherche d’une structure maçonnique pouvant ramener une certaine stabilité au sein de la maçonnerie française et en quête perpétuelle d’un enseignement secret, interroge Landsperg qui le dirige vers le baron de Hund, fondateur de l’Ordre.

En 1773 à la requête de Willermoz l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem prend pied en France par l’intermédiaire du baron de Weiler, envoyé de Charles de Hund, qui installe d’abord le Grand Chapitre Provincial de Bourgogne à Strasbourg, puis en 1774 celui d’Auvergne à Lyon et finalement celui d’Occitanie à Bordeaux.

GPIO GLLR : Blason de Chevalier du Temple de Jean Baptiste Willermoz Bibliothèque municipale de Lyon B.M.L. MS 5526-278
Mes armes sont un hermite avec la devise Vox in Deserto et l'épigraphe Verba Ligant.

Willermoz, sous le nom d’Eques ab Eremo, est fait Chevalier du Temple ainsi que onze autres Frères. Ils prêtent serment d’obédience à Hund, Grand Maître de la septième province, et à Ferdinand de Brunswick, Grand Maître des Sept Provinces, en échange de quoi ils reçoivent rituels et instructions au cours de pas moins de dix-sept séances. Le Grand Chapitre Provincial constitué dirige la deuxième province templière dite d’Auvergne. Une Loge est créée à l’Orient de Lyon, c’est « La Bienfaisance. »

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Jean-Baptiste Willermoz : Patente originale en latin du Visiteur Général perpétuel de l'Ordre de la Stricte Observance
Jean-Baptiste Willermoz : Patente originale en latin du Visiteur Général perpétuel de l'Ordre de la Stricte Observance

De 1777 à 1778, avec quatre autres Frères, Jean-Baptiste Willermoz, déçu par l’absence d’enseignement secret dans l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem, entreprend de refondre les grades et les textes des rituels pour y introduire l’enseignement martinéziste.

En 1778, pour faire appliquer ces transformations il provoque la réunion du Convent des Gaules à Lyon [note], qui regroupe les représentants des trois provinces françaises. Les décisions de ce convent amènent le reniement de la filiation templière, la modification des trois premiers grades, la suppression des grades d’Ecossais Rouge (ou Chevalier de l’Epée) et de Chevalier de l’Aigle Souverain de Rose-Croix, la transformation du grade d’Ecossais Vert, l’institution du grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte qui remplace celui de Chevalier du Temple, la création d’un Ordre Intérieur secret composé des deux classes, celles de Profès et de Grand Profès, remplaçant le Cléricat Templier qui est supprimé. La province d’Auvergne devient province de Lyon. La partie française de l’Ordre se trouve pratiquement libérée du contrôle allemand. Elle se fait désormais appeler « Loges Réunies et Rectifiées de France » et pratique le Rite Rectifié. Dès lors, le système des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.) va se développer régulièrement.Jean-Baptiste Willermoz a atteint son but : les cadres de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem servent en France à un enseignement voilé du martinézisme. [note]

En 1779 le duc Ferdinand de Brunswick, sous l’influence du mage Waechter, rejette la filiation templière. En 1780 Jean-Baptiste Willermoz le reçoit Grand Profès.

Las Casas, dernier Grand Souverain de l’Ordre des Elus Cohens, en désaccord avec l’usage que font les C.B.C.S de l’enseignement martinéziste, fait remettre en 1781 les archives de son Ordre, mis en sommeil, à leurs concurrents les plus acharnés : les Philalètes.

En juillet et août 1782, un convent est convoqué par le duc de Brunswick à Wilhelmsbad, petite ville d’eaux au cœur de la Hesse, dans le but de réorganiser et d’harmoniser les tendances divergentes au sein de l’Ordre. Trente-cinq députés se réunissent, divisés en deux camps : les rationalistes allemands, à l’aise au sein de la Franc-maçonnerie anglaise qui trouvent dans l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem un relent catholique propre à indisposer des protestants et les hermétistes fidèles à la filiation templière et à la recherche de la pierre philosophale. La décision la plus marquante est que la maçonnerie écossaise n’est pas la continuation ou la restauration de l’Ordre du Temple, la filiation templière n’a plus qu’une signification morale, mystico-chrétienne. La Réforme de Lyon de Jean-Baptistte Willermoz est adoptée, elle sert de support à un nouveau système largement teinté de martinézisme dont la rédaction dans un style ampoulé et redondant [note] est confiée aux Strasbourgeois et aux Lyonnais. Le duc de Brunswick devient le chef du nouveau système avec le titre de Grand Maître Général de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et de la maçonnerie rectifiée.

Les hermétistes mécontents des résultats de Wilhelmsbad, représentée par Beyerlé attaquent violemment Jean-Baptiste Willermoz. Ils lui reprochent de réduire la quête maçonnique à des buts de bienfaisance et de recherche de religion primitive, d’y introduire des notions morales et religieuses [note]. La majorité des maçons allemands rejettent les décisions du convent qui apparaît comme un coup de force français ; mais ils ont la possibilité de choisir entre l’ancien et le nouveau système, ce qui ne fait qu’aggraver la confusion et entraîne rapidement une désagrégation de l’ancien Ordre. Pour autant le R.E.R. ne va pas prospérer et va connaître lui aussi des déboires. Les trois grades bleus ne seront rédigés qu’en 1786 ; et ce n’est qu’en 1809 que Jean-Baptiste Willermoz achèvera le grade de Maître-Ecossais de Saint-André. Après la Révolution française le R.E.R. a pratiquement disparu.

A cela plusieurs raisons : après Wilhelmsbad il semble que Jean-Baptiste Willermoz, toujours à la recherche de la quintessence de la maçonnerie, tourne son attention en direction d’autres rites (le Rite Suédois, les Frères Initiés de l’Asie ou « Ecole du Nord »). Ceci pourrait expliquer pourquoi le nouveau système ne progresse pas aussi vite qu’il aurait dû.

Mais il y a d’autres causes : dès 1785, avec les C.B.C.S lyonnais, il se met à s’intéresser au magnétisme. Le chirurgien Dutrech, disciple de Mesmer, magnétise à Lyon des sujets (essentiellement des femmes) qui, en état second, donnent réponse à toutes sortes de questions. On les appelle des crisiarques. La plus célèbre est la somnambule Gilberte Rochette. Jean-Baptiste Willermoz organise la « Société des Initiés » [note], groupe ayant pour but l’étude de ces « manifestations ». Puis arrive « l’Agent Inconnu » [note]. Il s’agit de Marie-Louise de Vallière, chanoinesse de Remiremont, sœur d’Alexandre de Monspey, membre de la Loge « La Bienfaisance », dont l’influence alla jusqu'à susciter en 1785, à la requête expresse de Jean-Baptiste Willermoz devant le Directoire Provincial d’Auvergne, la substitution du mot sacré du premier grade par le nom Phaleg [note]. L’Agent Inconnu, prise de délires à thèmes mystiques pendant les séances de l’Ordre des Elus Cohens, communique avec l’au-delà dont elle écrit les messages [note]. Malgré quelques doutes émis par Jean-Baptiste Willermoz en octobre 1788, la Société des Initiés persistera jusqu’en 1791, réunissant Jean-Baptiste Willermoz et ses Frères lyonnais et influençant leurs activités maçonniques.

En 1787 le nouveau système ne compte que quinze Loges symboliques. En 1788 de nombreux maçons l’on quitté en particulier, toutes les Loges et chapitres d’Alsace. Paris se détache de lui, et la deuxième province n’a guère qu’une centaine de membres.

Pendant la Révolution, Jean-Baptiste Willermoz arrête toute activité maçonnique, s’occupe du clergé constitutionnel et de bienfaisance.

Après le passage de la tempête révolutionnaire, Jean-Baptiste Willermoz, âgé, participe, surtout par ses conseils et ses lettres, au renouveau éphémère du R.E.R. De 1804 à 1809, il en élabore les rituels définitifs. Il continue à entretenir une importante correspondance maçonnique jusqu'à sa mort en 1824.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Acte de décès
Jean-Baptiste Willermoz : Acte de décès

Si aujourd’hui il apparaît aux yeux de la plupart comme un grand réformateur de la maçonnerie, il a certainement été aussi un homme de son siècle, partagé entre les influences « modernistes » et de vaines fantasmagories. A la recherche constante d’un enseignement secret lié à un « Haut Ordre détenteur de la tradition initiatique primitive », il n’a pas eu une claire notion des rapports existant entre religion et initiation [note]. Pas toujours très avisé dans ses choix, jouet d’influences suspectes, il a profondément remanié les rituels du Rite de Stricte Observance, n’en conservant pratiquement que le cadre institutionnel. Ainsi que l’a dit René Guénon, son exemple n’est pas à suivre [note] ; mais passionné par la maçonnerie, sa bonne foi et sa sincérité n’ont jamais été mises en doute.

Adam Weishaupt

Un mot doit être dit, pour éviter les confusions, sur un mouvement qui a un grand retentissement en Allemagne, celui des Illuminés de Bavière. Bien qu'étranger à la Franc-maçonnerie, il en prend la forme et s'infiltre dans les Loges. Créé en 1776 à Ingolstadt en Bavière par Adam Weishaupt, professeur de droit, partisan du parti de l'Aufklärung, il s'agit tout à la fois d'une société d'enseignement, d'un institut d'éducation sociale et scientifique, d'un groupement d'entraide et de solidarité. Cette société joue un rôle important dans la campagne anticléricale et antimonastique qui se déroule à cette époque dans la catholique Bavière. Sa structure définitive lui est donnée à partir de 1779 par le baron de Knigge, membre de la Stricte Observance, et l'Ordre se développe en dehors de la Bavière. Mais ses déviations politiques autant que ses positions anti-religieuses le rendent suspect et motivent son interdiction par le Duc Electeur de Bavière en 1784. Les Illuminés se dispèrsent très rapidement. Leur activité se maintient pourtant en Saxe jusqu'en 1789 avec Bode.

L'esprit du dix-huitième siècle

Le XVIIIème siècle est, pas excellence, celui des sociétés secrètes et de l’Illuminisme. Aucun ne présente à cet égard une pareille fermentation et même une telle anarchie. C’est ce qui rend difficiles leur étude impartiale et la connaissance claire de leurs tendances véritables. En réalité, ces tendances sont multiples, et, comme il est normal, les diverses branches de l’ésotérisme reflètent la division des esprits de ce temps.

A côté du « chrétien exalté » qu’est Claude de Saint-Martin selon le témoignage de Joseph de Maistre, lui-même catholique fermement orthodoxe et théosophe passionné, il y aura Weishaupt qui, disciple de Rousseau, voudra renverser le trône et l’autel, il y aura des « philosophes » qui propageront dans les Loges l’esprit de l’Encyclopédie , il y aura le duc de chartres, Philippe-Egalité, qui prétendra se servir du Grand-Orient dont il sera le Grand Maître.

Quel rapport y a-t-il, si ce n’est leur relations avec les sociétés secrètes, entre le royaliste Cazotte, le pieux Von Baader, le mystique Gichtel, le triste Sénancour, le savant physiognomoniste Lavater, et un Cagliostro ou un Anacharsis Clootz ?

Certains groupes s’occupaient d’alchimie, d’autre de mystique (est cela rapprochait du catholicisme les protestants allemands), d’autres conspiraient et, comme les Illuminés Bavarois de Weishaupt, concevaient « l’affreux complot d’éteindre en Europe le christianisme et la souveraineté », d’autres étudiaient le mesmérisme et le « magnétisme vital », d’autres s’occupaient surtout de bienfaisance, de secours mutuel et de bons dîners, d’autres subissaient l’influence de l’Encyclopédie ou celle de Rousseau et élaboraient cet état d’esprit jacobin dont feu Augustin Cochin a si lumineusement décelé la genèse dans ses travaux sue les Sociétés de Pensée. Ces diverses tendances et ces oppositions se révèlent d’ailleurs dans les discutions qui eurent lieu entre les divers rites de la Franc-Maçonnerie universelle, et au sein même de chaque rites en particulier, donnant lieu à de nombreuses compétitions, suscitant plusieurs convents qui essayèrent de remettre un peu d’unité, jusqu’au jour où, balayé per le grand orage révolutionnaire et vite reformé après la tourmente sur des bases moins complèxes, la Maçonnerie se limitant à un ou deux grands rites, prit, surtout en France et en Italie, sa figure actuelle et les tendances que tout le monde lui connaît.

Lyon était justement au milieu du XVIIIème siècle l’un des principaux centres de l’illuminisme et des sociétés secrètes, le confluent de tous les rites. Nous y retrouverons comme en un microcosme le résumé de toutes les tendances. Il y avait dans cette ville 16 Loges dépendant du Grand-Orient et à peu près autant de « bâtardes » ou d’autres rites. Ce chiffre était le plus élevé de toute la France après celui de Paris.

Source : Jean-Baptiste Willermoz (1730 - 1824) Les Sommeils, étude de Emile Dermenghem, La Connaissance Paris 1926


GPIO GLLR : Emmanuel Swedenborg 1688 - 1772 GPIO GLLR : GPIO GLLR : GPIO GLLR :
Emmanuel Swedenborg
1688 - 1772
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Emmanuel Swedenborg

On a coutume de voir le XVIIIème siècle comme celui de la douceur de vivre, du scepticisme savant, et on se satisfait volontiers à le considérer, sur le plan idéologique, à travers la seule empreinte encyclopédiste.

Emmanuel Swedenborg (1688-1772) est l'un de ceux qui donnèrent à cette période de l'histoire une physionomie en réalité beaucoup plus complexe.

Contemporain de Voltaire, il eut en commun avec lui, comme avec beaucoup des philosophes de ce temps, un esprit novateur et un grand souci d'éclectisme, mais la ressemblance ne va guère plus loin.

Si l'effervescence intellectuelle de ce siècle fut en France d'ordre essentiellement philosophique, à l'étranger les découvertes scientifiques de Newton, Leibniz, Halley, etc., jouèrent un rôle beaucoup plus important que chez nous dans l'évolution des idées.

Partout on s'interroge sur les valeurs anciennes. L'homme de foi est fortement troublé dans ses croyances. Diverses sectes et sociétés de pensée se créent. La Franc-Maçonnerie est devenue officiellement et institutionnellement spéculative. L'homme qui veut réfléchir ne peut rester indifférent.

Déjà Leibniz, Robert Boyle et d'autres encore avaient voulu confronter les nouvelles données scientifiques et les anciennes valeurs religieuses. Cette ambition, Swedenborg va lui aussi la cultiver Docteur en philosophie en 1709 (il a alors 21 ans), il quitte Stockholm et sa pieuse famille pour de nombreux voyages d'étude.

En Angleterre, il suit les cours de Newton et se lie avec Flemsteed. Il poursuit avec avidité ses études scientifiques en Hollande et en Allemagne avant de revenir en Angleterre. Il a alors étudié avec passion les mathématiques, la mécanique, la géologie, la chimie, l'anatomie..., écrit divers traités pour, en 1734, publier les Principia.

Il semble que cet ouvrage de Swedenborg, peut-être en raison de ses écrits postérieurs, ne suscite pas toujours l'intérêt qu'il mérite.

On y trouve une quasi anticipation sur les découvertes actuelles par ses développements concernant l'infini et le mouvement.

Pour expliquer l'origine de la matière, il pose comme principe que rien n'existe dans la nature qui ne soit géométrie et qui ne découle donc tout d'abord du point, expression géométrique la plus simple.

Il expose alors que le point est créé de l'infini par le mouvement mais mouvement pur, indépendant des lois de la mécanique puisque exempt de matière. L'infini donne donc par le mouvement l'impulsion initiale qui détermine le point et la matière dérivant des points est d'abord un état intérieur, une tendance hors l'espace, avant de devenir une réalité substantielle.

Cet ouvrage mériterait donc d'être plus longuement étudié car l'introduction dans le raisonnement du mouvement, cette quatrième dimension devenue maintenant indispensable à la physique moderne, fut génialement prémonitoire. Qui plus est, si bien entendu Swedenborg fait pleinement intervenir dans son système cosmogonique les découvertes newtoniennes sur la gravitation, il en écarte consciemment et volontairement la doctrine du vide et de l'attraction automatique à distance des corps les uns sur les autres. Or, c'est précisément sur ce point que les travaux d'Einstein infirment en partie le strict système de Newton en ce qu'actuellement on ne conçoit plus qu'un astre en attire un autre à distance sans phénomène intermédiaire car la présence de la matière modifie dans son voisinage l'espace-temps.

Certains de ses contemporains trouvèrent trop mécanistes cette notion de l'univers et taxèrent l'auteur de matérialisme. En réalité, on y trouve par ailleurs une tentative d'explication de l'immortalité de l'âme par recours à la notion de substances subtiles.

Certes, et Swedenborg s'en rendra compte évidemment, il n'était pas question de démontrer Dieu et la Grâce au moyen des données de la science empirique. Dieu ne serait plus, si télescopes ou appareils de mesure pouvaient l'appréhender. Il n'est, persiste et demeure, dominant et secourant salutairement notre infirmité, que dans la mesure où il échappe à nos sens concrets. Dans le cas inverse, ramené à notre mesure et dès lors quasiment égal à nous-mêmes, nous ne saurions plus trouver secours en lui.

C’est pourquoi, un peu plus tard, dans l’Œconomia regni animalis (1740), il recherche le lien entre esprit et matière et expose les principes de correspondance proches de la distinction d’Aristote entre la forme et la matière : « Dieu créa d’abord le monde supérieur dans lequel il forma ses pensées, toutes ces formes pures et parfaites… et plus tard notre monde sensible comme un reflet du premier. »

Il précise plus loin que dominant le monde de la matière la « vis formatrix » ou le « genius » constitue le germe du microcosme où préexistent toutes les images du devenir jusqu’au terme de l’évolution : forme idéale « archée », émanation du maître de toutes choses. Au-dessus donc encore, au pinacle, se trouve l’Etre Divin Inconcevable, « Perfecta Spiritualis », Créateur, origine et fin de toutes choses. Cette Forme Suprême pénètre les anges, les formes célestes et nos âmes mêmes par l’intermédiaire de la « forma spiritualis » et du Verbe. Mais, ajoute-t-il, « ce sont là des Arcanes et c’est pourquoi il convient plutôt de garder le silence, de s’étonner, de révérer et d’adorer que d’en parler profanement, c’est-à-dire naturellement. »

Ainsi notre monde physique conçu de la sorte n’est qu’un reflet, un symbole du monde spirituel (symbolicum mundi spiritualis).

Dès lors, pour connaître, il faut interpréter le monde de la matière comme correspondance symbolique du monde spirituel qu’il reflète. Il s’en explique par la comparaison caractéristique entre le soleil qui éclaire notre univers, qui dans le monde visible est la source de toute lumière, et le soleil de la divinité, centre du monde spirituel, de la certitude et de l’Amour.

Ces notions ne sont évidemment pas sans rapport avec la Cabale que Swedenborg avait sans doute étudiée. La situation des trois plans traditionnels et leur correspondance en l’homme était professée par de petits groupes d’adeptes depuis longtemps et particulièrement la notion de l’âme, considérée comme « corps astral » ou pour les alchimistes « soufre mercuriel », lien entre l’esprit et le corps, facteur d’équilibre, continuité de l’être dans son évolution, remontait à de très anciennes traditions. Mais alors que l’hermétisme cabalistique vivait et se transmettait comme en marge de la société, sans préoccupation des courants idéologiques traversant les générations, Swedenborg eut le grand mérite de relier ses recherches aux préoccupations de son temps, de ne pas dédaigner les formes de pensées de son époque, d’actualiser en quelque sorte la recherche de la connaissance spirituelle.

Il connut ensuite, spécialement à partir de 1745, une période de tribulations, de songes allégoriques auxquels il déclara que lui-même ne comprenait pas grand-chose, souffrant de cette nuit de l’âme décrite par beaucoup de mystiques.

Il était alors pénétré par l’angoisse de son indignité et hanté par l’amour du Rédempteur. Disciplinant ses transports psychiques, il parvint à une plus claire intelligence de ses visions.

Ainsi, après le De culte et amore Dei, œuvre de transition, il ne publia plus, passé la soixantaine, que des ouvrages exclusivement théologiques où il s’applique à élucider le sens interne de la Bible en se référant souvent à ses révélations visionnaires. Ces ouvrages resteront néanmoins fortement empreints de ses anciennes réflexions scientifiques.

On a beaucoup parlé de ses facultés visionnaires et prophétiques qui aiguisèrent considérablement la curiosité de ses contemporains (1), et on ne saurait être surpris de ce que certains voulurent le taxer de démence malgré la bonhommie, l'urbanité, la courtoisie dont il fit preuve jusqu'à la fin de sa vie, ainsi que l'extrême intérêt que suscitait sa conversation.

Quoique généralement frugal et assez solitaire, il sortait volontiers dans le monde, ayant ce goût des sages pour la musique, les enfants, les jardins.

Il est impossible de relater brièvement son immense production théologique. La minutie et l'extrême détail de ses analyses du monde de l'au-delà ne peuvent se résumer. On y trouve parfois néanmoins certaines explications synthétiques saisissantes. Notamment, il reprend fréquemment en la développant la doctrine des correspondances. Il explique ainsi la parabole du cep et des sarments et compare les hiérarchies célestes à celles propres aux organes et fonctions du corps humain, précisant par ailleurs que tout dans la nature a un rapport avec l'homme : « La terre reçoit la semence dans son sein et la fait germer, le fond des océans nourrit les coraux et les métaux des mines nourrissent les fleurs, tout règne de la nature tend vers le règne immédiatement supérieur parce que dans toute forme naturelle il existe une image de l'homme. Il s'ensuit que tous les processus naturels doivent être considérés par analogie avec les processus humains. Toute tendance devient amour, toute union cosmique devient mariage... ».

La thèse de la chute qu'il assimile à la séparation des sexes et l'interprétation du récit biblique de la création sont aussi fort séduisantes. Il expose que la création n'est pas « une œuvre immédiate de Dieu, mais médiatement accomplie par l'intermédiaire du soleil spirituel qui n'est pas Dieu lui-même mais qui en émane, qui procède de sa Sagesse et de son Amour Divin. Ce soleil renferme des choses innombrables (indefinita) qui ultérieurement sous forme d'images prennent existence dans l'univers créé, et Swedenborg pense réaliser ainsi une transition entre l'unité absolue et la multiplicité des choses créées ».

Certaines de ses thèses furent par contre violemment controversées. Celle notamment relative aux mariages spirituels. Cette conception peut s'expliquer, comme certains l'ont fait remarquer, par l'influence sur ses écrits de sa vie privée quasi monacale.

Il ne nous semble pas néanmoins que l'authenticité de ses inspirations mystiques soit à rejeter, quoiqu'en ce domaine il faille évidemment être fort prudent dans ses appréciations. Si d'une façon générale on admet peu volontiers les extases des visionnaires, c'est qu'elles concernent des manifestations qui échappent à la plupart des mortels. Au reste il est permis de penser qu'il peut en être de la connaissance extatique comme de la connaissance intellectuelle. Toutes deux sont fonction du niveau de perception du sujet, de ses facultés réceptrices, de la relative exactitude de ses interprétations. L'âme reste un miroir déformant tant qu'elle n'est pas totalement soustraite aux servitudes du monde animal.

Nous nous plaisons donc à rendre hommage à Swedenborg qui eut cette dévorante passion de croire non pas en ignorant la science profane ou contre elle, mais en tenant compte de ses données, c'està-dire plus totalement, plus assurément, cherchant à rendre intelligible l'œuvre et la volonté de Dieu.

En cela il fut un précurseur. Ceux qui un siècle plus tard réprouvèrent hâtivement la religion au nom de la biologie sont par lui d'avance ramenés à leurs justes mérites.

En un temps où la matière elle-même déroute le chercheur, humilie l'esprit fort, lui montrant la précarité et l'inconstance de ses belles constructions; après qu'il ait été constaté que « les choses se passent parfois comme si la nature ne jouait pas toujours le même jeu », l'homme de Dieu est bien celui qui tient sa foi en si haute estime qu'il ne lui cache rien, pas même ce qui pourrait l'effrayer, car il sait que ce qui pourrait l'effrayer c'est finalement ce qui le confortera.

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Des articles
  • ➩ Des rituels de la Stricte Observance de 1752 aux rituels « des Loges réunies » de 1772.
  • ➩ La Stricte Observance en 1764 : Influences religieuses et civiles.
  • ➩ Le convent de Berlin en 1773.
  • ➩ L’acte de renonciation en 1782 lors du convent de Wilhemsbad.
  • ➩ La classe des Alchimistes au sein de la Stricte Observance.
Des Rituels de la Stricte Observance de 1752
aux rituels « des Loges réunies » de 1772.

En préliminaire il ne faut jamais perdre de vue que le système templier maçonnique serait introduit dès 1730 en Allemagne dans une Loge d’Umwurden où serait initié un certain Kesser Von Sprengeisen, homme qui est l’auteur de l’ouvrage L’Anti Saint Nicaise. Ce Chapitre templier fonctionnerait de 1730 à 1740 en Haute Lusace.

En liminaire ne perdons pas de vue que, selon certains auteurs, les rites templiers viendraient de France mais que d’autres comme Meunier de Précourt leur confirme une origine allemande.

Mais en tout état de cause en 1749 : H.G. de Marshall introduit la maçonnerie templière dans la Loge de Naumburg, Von Hund fait de même à Kittlitz avec les rituels d’Umwurde.

Les premiers rituels de Stricte Observance sont écrits par le Chevalier du Phénix Ressuscité. Dans une lettre adressée à Von Hund datée du 26 octobre 1752 il évoque les rituels qu’il a terminé et qu’il désire lui présenter pour avoir son accord. Dans cette lettre il invite Von Hund à venir à Naumburg, Loge déjà citée précédemment.

De 1752 à 1754 : Von Hund avec l’aide du Chevalier à la Colonne, du Phénix Ressuscité, des Frères Schmidt et Von Tanner travaille à la création de rituels templiers propres à sa vision templière. Les rituels de 1752 ne sont guère modifiés, quelques changements mineurs seulement font ce qu’il est convenu de nommer Le rite de Stricte Observance Templière.

Lors du Convent d’Altenberg en 1764 on décide que désormais le système prend le nom de « Stricte Observance », nom inventé par Johnson mais approprié par Von Hund pour les uns. Pour d’autres, comme Le-Forestier, cette appellation serait déjà inventé par Von Hund lors de la création de la Loge de Kittlitz.

Les autres maçonneries prennent alors le nom de Late Observance, ou observance relâchée.

Les rituels crées par l’Eques a Colonna et l’Eques du Phénix Ressuscité sont adoptés, rituels des quatre premiers grades venant de France et remis à l’ordre du jour « continental ». Le grade de Novice est créé car il n’existe pas en Chevalerie équestre templière et le dernier grade de Chevalier du Temple est issu simplement des rituels des chevaliers teutoniques presque in extenso.

N’oublions pas de même, la preuve nous est donnée par les planches représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760, l’importance de l’alchimie car à Altenberg on propose de faire figurer les « travaux alchimiques » dans le programme de la Stricte Observance. Les dénommés Docteur Jaenish et Rosa pensent alors que le vrai but de la franc-maçonnerie est l’alchimie et que cela doit remplir les caisses de l’Ordre sans avoir recours à un plan économique. Le 1 Juin 1764 le Grand Chapitre va même jusqu’à envoyer à tous ses membres un Pro Memoria contenant la description de la transmutation des métaux et la préparation de différents fondants afin de remplir les caisses de l’Ordre. Au vu des résultats négatifs des travaux, en novembre 1765 cette idée est totalement abandonnée afin de se concentrer sur des travaux plus spirituels.

GPIO GLLR : Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760
Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760

Lors du convent de Kohlo en 1772 des changements importants s’opèrent au sein de la Stricte Observance de 1764.

Le nom de Stricte Observance est créé et utilisé par l’Ordre à compter du convent d’Altenberg. Ce nom est alors officiellement abandonné, bien qu’utilisé encore dans certaines Loges, sur le motif suivant : Parce qu’elle contredit la tolérance mutuelle et l’amour fraternel qui sont censés s’établir entre les Francs-maçons ; Il nous fallait abandonner cette appellation de Stricte Observance!

L’appellation de l’Ordre devient ainsi : « les Loges Ecossaises Réunies ».

Johan August Stark obtient que les rituels soient revus et remaniés sous le regard des Clercs du Temple. Ce sont les rituels d’Apprenti, Compagnon et de Maître qui sont ainsi remaniés, les rendant moins proches de la religion naturelle mais plus proches de l’église catholique (Jésuites). Les autres rituels de Maître-Ecossais, Novices et Chevalier du Temple ne sont point touchés. On créé la dignité de Chevalier Profès et le septième grade dit de la Seconde Profession.

La notion de Chevalerie est chère à Von Hund car les rituels proviennent des armements des Chevaliers teutoniques ou Porte-Glaive, d’où la question de la transmission templière. Pour mémoire rappelons que Carl von Hund tente de se rapprocher de l’Ordre de Sion en 1764, sans effet positif.

Le tapis de Loge des premiers et deuxième grade sont confondus et l’idée est quelque peu modifiée. Je vous invite à comparer les rituels de Lyon (1778) et ceux d’Altenberg. Vous y verrez des changements précis : le nombre de tour de Loge au moment de la réception, placement des flambeaux, etc.

Nous avons connaissance des modifications des trois premiers grades par les rituels que Von Weiler apporte à Lyon en 1774 et qu’il a transmet à Jean-Baptiste Willermoz.

Ces rituels déposés à Lyon sont écrits de la main de Jean-Auguste Starck. Ainsi lors du Convent de Lyon en 1778, Jean-Baptiste Willermoz utilise les rituels de l’Ordre des Loges Réunies de la « Stricte Observance » et il ne crée donc pas les premiers rituels du Rite Ecossais Rectifié à cette occasion. Ce n’est qu’n 1782 à Wilhemsbad qu’il présente des nouveaux rituels lors du convent.

Mais les rituels de l’Ordre ne sont plus modifiés.

Certaines Loges d'Allemagne adoptent le Rituel Ecossais Rectifié (L’union de Francfort et la Bienfaisance de Vienne.)

Mais les autres continuent de faire vivre le Rite de Stricte Observance de Kohlo. Ce rituel plus conforme à l’esprit des anglais cohabite longtemps avec le rite Anglais avant de disparaitre à Brême en 1806 selon les derniers documents découverts.

La Stricte Observance en 1764
Influences religieuses et civiles

Nous sommes en 1764 juste au début d’une nouvelle ère après la guerre de sept ans. La guerre de sept ans (1756-1763) est un conflit majeur, le premier à pouvoir être qualifié de « guerre mondiale. » Elle mêle de façon conséquente les grandes puissances de l'époque, regroupées dans deux ensembles d'alliances antagonistes, se déroule simultanément sur plusieurs continents et théâtres d'opérations, notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Inde.

Le système de la Stricte Observance naît le 24 juin 1751 avec la création par Carl Gotthelf von Hund, Eques ab Ense, d’une Loge à Kittlitz, suivie de celle d’un Chapitre. La guerre de sept ans en arrête le développement mais celui-ci reprend dès la fin des hostilités.

Dès 1751 l’Allemagne en guerre est alors « interpellée » par le « renouveau du piétisme » dont le symbole est la « secte des Frères Moraves » secte religieuse, secte condamnant la seigneurie et le servage, demandant l’égalité sociale et une justice sociale, demandant une application rigoureuse des évangiles, dispensant des discours sur l’homme comme : le chrétien doit vivre hors de ce monde, demeurant un hôte sur terre et un étranger ici-bas, pratiquer la tolérance et ne devant désespérer de personne. On peut légitimement penser que la maçonnerie des Illuminés de Bavière est dans le droit fil de ces idées.

Mais le piétisme est une façon de penser très proche du luthérianisme. Pour lui le refus du monde et de ses tentations est le signe d’une véritable recherche spirituelle. C’est ainsi que sont constituées des « collégia pietatis » où les chrétiens se réunissent souvent pour des lectures de dévotion et des échanges spirituels. De nombreux feudataires y sont associés et ont l’habitude de travailler sur la Bible et des échanges spirituels. Les Loges spiritualistes maçonniques ne font en Allemagne que poursuivre un chemin déjà tracé vers la spiritualité et la connaissance précise des textes de la Bible.

Ce piétisme nouveau se tient à mi-chemin entre « l’église des saints » et les mouvements religieux opposés à cette idée chez les « réformés ». Dans la mouvance catholique l’église montre de grands signes d’inquiétude. Au vu de ces différents mouvements l’église est inquiète et pense au schisme qui risque de se produire entre, et plus fortement, les chrétiens en Allemagne et ont même peur de disparaître.

C’est dans ce cadre que les francs-maçons allemands évolent avec des attitudes de tradition et d’Ordre, pensant que les vraies traditions peuvent permettre de surmonter ces incertitudes et leur désir de renouer avec une véritable tradition est grand. Pour eux la vraie tradition est « la science de l’homme » c’est-à-dire la connaissance de son origine et de sa destination.

Ainsi pour ces francs-maçons, la franc-maçonnerie vulgaire, c’est-à-dire sans hauteur spirituelle est une branche détachée et peut-être corrompue d’une tige ancienne et respectable. Alors, comment ne pas se tourner vers les modèles laissés par les templiers et leur organisation ?

Il est vrai que pour certains maçons de nos jours la notion de « christianisme primitif » est une manière de s’accommoder des prescriptions trop précises de certains rituels dits rectifiés et d’en faire une sorte de « machine de guerre antireligieuse ». Mais il n’en est point ainsi au XVIIIème siècle. Les francs-maçons de l’époque pensent donc que la spiritualité est ce qui permettait de réunir les maçons entre eux, au-delà des divergences théologiques des confessions chrétiennes. Le grand leitmotiv de ce christianisme primitif est résumé dans l’adage : Aime ton prochain comme toi-même.

Ce type de préoccupation est un courant de pensée allemand très ancien, illustré par les dénommés Spenser et Arnold. Pour les tenants de Spenser, issu du mouvement des collégia pietatis l’objectif est l’imitation des premiers chrétiens. Pour les tenants d’Arnold on aspirait à revenir à une église primitive comme moyen de régénération de la chrétienté. CE sont des partisans d’une église ressemblant à celle des premiers siècles de notre ère sans les choses temporelles et séculières déformant la spiritualité religieuse. Leur direction de pensée devient ainsi de plus en plus anticatholique.

L’attitude des maçons catholiques se rapproche très souvent de celle des protestants désirant que l’église revienne à son statut évangélique sans plus et ainsi pour eux il n’y a plus de risque de confusion entre le domaine religieux et le domaine initiatique. Cette idée fait naître deux courants :

Le premier est le refus de toute église ou d’une église non liée à des dogmes ou à des rites spéciaux désirant ainsi créer une sorte de « pépinière du sacré », libre de toutes influences. Le cœur du chrétien est la véritable église. Une autre attitude existante au sein de la maçonnerie allemande de l’époque n'est pas de refuser l’église mais plutôt de tendre vers sa régénération. Leur intériorité n’est pas une fin en soi-même, c’est une nourriture particulièrement adaptée pour une sorte de « traversée » du désert à laquelle succéde une « effusion de l’esprit ». Il doit donc y avoir un rapprochement des différentes formes de pensée chrétiennes, globalement on peut parler de « christianisme transcendant ». Cette notion apparait d’ailleurs déjà dans les discours de Ramsay : « Les vraies religions » forment un pan christianisme puisque la vérité est une et qu’elle vient de l’esprit de vérité ». Ce christianisme transcendent doit permettre une révélation par excellence, achevant et perfectionnant les traditions et les révélations. Cette façon de penser devient un mélange de pensée platonicienne, de philosophie hermétique et d’origénianisme, le tout souché sur une base chrétienne. Ainsi la franc-maçonnerie n’est pas une pierre d’achoppement ni une pierre de contradiction.

Il ne faut jamais perdre de vue que les plus anciennes traditions maçonniques sont chrétiennes, donc nous n’avons pas à nous justifier de pratiquer la maçonnerie d’origine et de ne pas participer aux tentatives de déchristianisation des rituels ou de la société. N’oublions pas non plus que nous reconnaissons le caractère universel du symbolisme constructif et le message qu’il véhicule. Certes nous possédons des règles mais celle-ci ne sont pas des principes d’exclusion mais bien un principe d’union avec le monde. L'Ordre n’a jamais eu comme but la restauration d’aucun culte et ses légendes historiques n’ont qu’un caractère symbolique et n’impliquent nullement l’attachement à un dogme tel qu’il soit. Et même si nous allons plus loin, la présence de la Bible dans les Loges n’est qu’un livre religieux mais qui contient l’ésotérisme ancien expliquant l’origine de la vue sur terre. Si nous poursuivons encore cette idée la portée des travaux spirituels dépasse la portée exotérique de leur contenu et nous n’abordons toujours que la partie spirituelle cachée dans la partie externe de nos travaux. Si nous regardons de près une partie du recès de Wilhemsbad nous trouvons cette citation : Nous avons résolu de déclarer comme nous déclarons et protestons que l’unique but de notre association est de rendre, ainsi que chacun de des membres recommandables et utile à l’humanité par l’amour et l’étude de la Vérité, par l’attachement très sincères à nos dogmes, devoirs et pratiques, ce dans le sens le plus étendue...

Le domaine initiatique est bien différent du domaine religieux et le fait d’appartenir à une « confession chrétienne » n’implique aucunement une confusion dans l'esprits entre le domaine initiatique et religieux. Nous suivons ainsi un principe universel de toute maçonnerie de tradition : L’appartenance à une confession chrétienne ne témoigne aucunement une confusion à titre personnel. Il s’agit d’un principe fondamental dans toute tradition régulière, qui veut que l’entrée sur une voie initiatique n’autorise personne à se soustraire aux règles de portée générale dénommées ailleurs exotérisme qui concernent tous ceux qui vivent à l’intérieur de la tradition considérée. (Jean Saulnier)

Si nous reprenons les propos de René Guenon sur ce point : L’exotérisme, bien loin d’être rejeté doit être transformé dans une mesure correspondante au degré atteint par l’initié puisque celui-ci devient de plus en plus apte à en comprendre les raisons profondes et, par la suite, ses formes doctrinales et ses rites prennent pour lui une signification beaucoup plus réellement importante que celle qu’ils peuvent avoir pour le « simple » exotériste. C’est pour cela que le caractère chrétien de la maçonnerie « dite rectifiée » correspond bien à la fonction traditionnelle et universelle de l’Ordre et se situe dans la régularité française définie en dernier lieu d’ailleurs en 1813. Cette idée se retrouve chez Jean Baylot : Crée dans l’attachement à la foi chrétienne, imposant à ses membres cette foi, recueillant leur serment sur les évangiles, la maçonnerie française à la fin du XVIIIème siècle était à l’opposé de l’athéisme, voire même du rationalisme.

En ce début d’un nouveau siècle que l’on espère « spirituel » aucune progression dans la voie d’une maçonnerie traditionnelle ne peut être envisagée sans une étude sérieuse des causes profondes du changement d’orientation d’une si large frange de la franc-maçonnerie française en ce qui concerne le caractère chrétien de l’Ordre.

Oui l’Ordre est chrétien comme le dit un rituel du rectifié et notre attachement à la religion chrétienne n’est pas de l’ordre des églises constituées, dogmes religieux, mais un attachement très fort aux valeurs véhiculées d’amour et de compassion. Pour nos anciens pères fondateurs les saintes écritures n’ont jamais contenu des dogmes, le Christ n’ayant d’ailleurs jamais laissé derrière lui un seul écrit personnel. Le but était bien d’exhorter tout chrétien à travailler sur lui-même, à renouveler l’alliance et à redécouvrir la Jérusalem céleste qui lui est intérieure avec comme finalité peut-être une réintégration, une réintégration dans l’état qui a précédé la chute de l’homme compensant alors la disparition des hiérarchies spirituelles, politiques et sociales de l’époque.

La maçonnerie « rectifiée » a subi ainsi de nombreuses influences dès le début du XVIIIème dans la rédaction des rituels d’où il ressort que l’idée de s’appuyer sur une trame templiere n’a pas d’autre sens que celui d’une quête de spiritualité intérieure au-delà des dogmes d’églises. La grande idée de cette maçonnerie traditionnelle est de rechercher Dieu et d’atteindre une certaine perfection morale et spirituelle. La recherche des fondateurs de trouver la spiritualité « divine » est très grande et il n’y a qu’à voir leur demande de rituels plus spirituels comme ceux des grades sacerdotaux de Gogunos ou Starck agrée au Convent de Kohlo de 1772 pour mieux s’en séparer d’ailleurs en 1776, jugeant ces rituels non conformes à une ascension personnelle de spiritualité et trop catholique. De ces nombreuses influences ne perdons pas de vue une des clés du piétisme qui permet de comprendre la valeur et la portée des rituels : Pour s’élever spirituellement il faut avoir connu une lutte intérieure comprenant une phase de désespoir pour mieux s’élever en ayant combattu nos propres démons. (voir nos rituels de réception). Il existerait ainsi en nous des entités intelligibles dont le contenu est totalement extérieur aux contingences de nos expériences dites sensibles, voire concrètes. Il faut alors entendre par « entités » les concepts, les idées, les nombres, la logique voire le conceptualisme.

Cette recherche de spiritualité est depuis toujours le moteur des promoteurs de la Stricte Observance. C'est une recherche permanente et l’on voit même une influence de Swedenborg apparaître fortement pour la naissance du septième grade de Stricte Observance. Le traité de la relation qui subsiste entre le spirituel et le matériel dans Du commerce de l’âme et du corps d’Emmanuel Swedenborg le montre fortement : cette théorie fait découvrir trois influences sur le commerce entre le corps et l’âme : l’influence physique soit le monde des apparences et des illusions des sens, l’influence spirituelle soit l’ordre et ses lois, et l’harmonie préétablie soit les illusions et les lueurs trompeuses de la raison, car l’esprit dans l’opération agit en même temps que le corps, en harmonie.

Les connaissances surnaturelles sont donc le but premier de leurs travaux et surtout de leurs espérances et ils pensent que rien ne peut empêcher l’homme de se mettre en communication avec le monde spirituel par des travaux spéculatifs et ainsi d’avoir une sorte de liaison avec les esprits. Faut-il continuer à déchirer en deux la tunique du Christ ? ou celle de saint Martin ?

Le convent de Berlin en 1773

Les délégués de la Stricte Observance et des représentants et la Grande Loge d’Allemagne se réunissent du 14 au 19 octobre 1773 à Berlin à l’invitation du Duc Carl Von Mecklenburg-Strelitz, Eques a Applio Purpure.

Les représentants à ce convent sont pour la Stricte Observance le Prince Friedrich August de Brunswick qui en assure la présidence et le Prince Ludwig de Hesse et Von Zinnendorf qui représentent la Grande Loge d’Allemagne.

Pour les deux parties, l'objectif principal de ce Convent est l’idée d’une rédaction d'un traité d'alliance plus qu'une victoire morale de l'une des Obédiences sur l'autre, voire dans le but de soumettre l'autre.

La Stricte Observance souhaite également recevoir à nouveau des informations sur l’origine de la patente et sur la méthode d'enseignement de la Grande Loge d’Allemagne mais cette tentative échoue du fait des réponses évasives apportées par Von Zinnendorf et ce à plus de 30 questions.

Von Zinnendorf à la demande de ses pairs nie la régularité et aussi l’origine du système de Stricte Observance. Contre sa preuve argumentative que la Stricte Observance ne provient pas des Templiers, aucun argument approfondi n'est avancé par les représentants de la Stricte Observance et d'autre part Von Zinnendorf fait référence au fait que les vrais maçons appartiennent uniquement aux Loges qui seraient reconnues par l'Angleterre, mais qui ne s'appliqueraient qu'à la Grande Loge d’Allemagne mais pas à la Stricte Observance. Ces propos crée un grand émoi chez les membres de la Stricte Observance.

Toujours pour Zinnendorf même si dans les trois premiers degrés symboliques et le degré Ecossais, on peut encore discerner une identité presque complète entre le système de Stricte Observance et celui de la Grande Loge, dans les degrés supérieurs les différences sont si graves que toute réconciliation semble impossible.

Quand Von Zinnendorf dit clairement que la Grande Loge ne travaillerait pas sur l'Ordre du Temple, ce qui, selon l'usage linguistique de l'époque, signifie que la Grande Loge ne pratique pas l'alchimie, il est clair pour tous que la Grande Loge cultive une autre branche de l'occultisme, à savoir les différentes formes de la magie.

D'ailleurs, Von Zinnendorf ne donne que des réponses en forme d’énigmes incompréhensibles aux Frères de la Stricte Observance à travers des réponses totalement correctes, qui ne sont compréhensibles finalement que par les Frères de la Grande Loge. C’est ainsi qu’il arrive à éluder 30 questions posées par la Stricte Observance.

La Stricte Observance qui désire un rapprochement va demander que ces deux entités ne reconnaissent qu’un supérieur et patron commun aux deux systèmes. Mais le duc Ferdinand de Braunschweig, Grand Maître de la Grande Loge d’Allemagne rejette l’idée de Von Zinnendorf en disant qu’il a d’abord besoin de l'approbation de la Grande Loge de Londres pour prendre une décision.

Le convent se termine sans aucun résultat réel ni même la trace d'un rapprochement avec des accords dénués de sens, seul un statu quo est fait, combiné à un droit de visite limité des Frères des deux rites, mais s’ils devaient troubler la paix ils seraient punis. L’invitation de participer aux tenues de Loge est réciproque et les deux Grandes Loges doivent communiquer leurs invitations à tous.

Le bilan de ce convent est simple : la tentative de la Stricte Observance d'intégrer la Grande Loge dans son système échoue.

L’acte de renonciation en 1782
lors du convent de Wilhemsbad

1782, l’année du convent de Wilhemsbad, une date très importante dans la vie maçonnerie du XVIIIème siècle.

Ouvert dans le cadre de la Stricte Observance de nombreuses provinces sont représentées : la première, la deuxième, la troisième, la cinquième, la septième et la huitième province de l’Ordre de Stricte Observance. 34 déléguées sont présents. Mentionnons que 17 d'entre eux sont de foi catholique et 17 sont de foi protestantes ; 22 appartenaient à la noblesse et 12 à la bourgeoisie. Dans la représentation par « nationalité » notons la présence de 14 allemands, 9 français, 2 italiens, 2 suisses, 3 hongrois et 1 sanois.

Trois grands courants sont représentés :

  • Le pemier groupe dont le chef de file est Friedrich Schwartz représentent surtout les rationalistes du siècle des lumières, proches des « illuminés » qui demandent le retour à une maçonnerie symbolique chrétienne, une abolition de la légende templière.
  • Le deuxième groupe avec comme chefs de file principalement le baron Dietrich Von Ditfurth, Christian Bode, Adolphe de Knigge sont partisans du courant hermétiste-alchimique et veullent maintenir la tradition templière et son cérémoniel templier conservant toujours « en rêve » la reconstruction de l’Ordre du Temple templier. Ils sont aussi en relation assez étroite avec le système Rose-Croix.
  • Le troisième groupe dont Jean-Baptiste Willermoz est le chef de file représente un courant mystique, spiritualiste et martiniste. Il désire abandonner la référence à l’Ordre du Temple mais en conserver les formes rituéliques chevaleresques. Des « individualistes » rejoingnet également ce groupe avec plus particulièrement Joseph de Maistre et son Mémoire inédit au Duc de Brunswick.
De très nombreux débats ont eu lieu dont celui sur l’acte de renonciation.

C’est au cours de la huitième séance que l’on décide d’abandonner complètement la légende de la filiation à l'Ordre du Temple. On raye ainsi d’un trait les « discours » de Von Hund sur l’origine de l’Ordre et son parcours « maçonnique » et chevaleresques au sein de l’Ordre. On supprime également toutes mentions des supérieurs inconnus. Et par un acte solennel L’acte de renonciation ont écrit : déclarons et testifions que jamais, en aucun cas, nous voulons reconstituer un Ordre du Temple [...] et que nous ne prétendons aucunement à la succession de ses biens d’autrefois.

Si nous regardons de près les termes de cet acte de renonciation nous pouvons nous poser la question suivante : A quoi finalement a-t-on renoncé par cet acte ? Est-ce simplement au désir de restauration temporelle de la Stricte Observance ? En effet nous pouvons constater qu’il n’y a pas d’altération des rites chevaleresques de la Stricte Observance par le Rite Ecossais Rectifié.

Le Rite Ecossais Rectifié transmet bien ce que transmet la Stricte Observance c’est à dire une véritable influence spirituelle, cela permettant d’ailleurs au rite de Stricte Observance de continuer de « vivre » au cœur même du Rite Ecossais Rectifié. Les rituels du Rite Ecossais Rectifié, les instructions, les divers documents existants postérieurs à 1802 ne cessent jamais d’affirmer à l’usage de leurs membres le lien que possède le Régime Ecossais Rectifié avec les ordres chevaleresques en général et du Temple en particulier.

Suite à la question de Salzmann : Qu’est-ce que nous voulons être, ou plutôt qu’est-ce ce qu’il faut que nous soyons ? et la question de Jean-Baptiste Willermoz : Quel pourrait être le système par lequel les divers composants de l’Ordre peuvent être réunis sans danger et de la meilleure façon ?, les débats s’orientent en quelque sorte vers la création d’un nouvel ordre Mmçonnique. Le système « conçu » par Jean-Baptiste Willermoz dit système de Lyon est donc le dessus et oriente les débats vers un renouveau d’Ordre.

La légende templière est donc abolie avec une majorité de 17 voix ainsi que l’abolition de l’organisation structurelle de la Stricte Observance mais à l’unanimité une grande majorité veut tout de même maintenir la signification symbolique de l’Ordre du Temple et les formes chevaleresques. C'est donc une victoire du Duc Ferdinand de Brunswick et de Jean-Baptiste Willermoz.

La question du plan économique

La question du plan économique est également soulevée et il est décidé d’abandonner toute référence à ce plan économique de Von Hund. Von Hund veut-il vraiment récupérer les biens du Temple (immeubles et autres effets) pour son Ordre ? La réalité des études montre bien que ce n'est' pas le cas. Notons que le plan économique conçu par Von Hund aidé en cela par Schubart de Kleefeld eut un immense succès. C’est par des cotisations importantes et variées que selon Von Hund l’Ordre pourrait avoir un prestige et une présence comparable à celui de l’Ordre du Temple.

Les rituels des trois premiers grades sont écrits, la rédaction d’ailleurs confiée à Jean-Baptiste Willermoz pour l’écriture du grade de Maître-Ecossais, à Jean de Turckheim pour celui du grade de Novice et à Virieu pour le grade de Chevalier. Mentionnons que les rituels définitifs ne sont définitifs que vingt-six ans après ce congrès.

Le but principal de l’Ordre est la bienfaisance et le but de chaque franc-maçon doit être « la recherche du Grand Architecte de l’Univers, suivant finalement de façon très claire la formule de Saint Martin : A l’intérieur la recherche de Dieu, à l’extérieur la bienfaisance.

Quelles sont les conséquences de ce convent et de cet acte de renonciation ? Tout d’abord les décisions de ce convent sont tout à fait valables. Le système de Lyon, issu du convent des Gaules de 1778 s’est déjà fortement propagé dans la Stricte Observance en France et se montre comme le système qui remplaçe la légende templière de Von Hund mais, toujours dans chaque grade, une révélation secrète est apportée.

La grande question que nous pouvons nous poser pourrait être la suivante :

Les réformateurs de Wilhemsbad sont-ils trop intéressés par la continuité de la Stricte Observance sous une autre forme et trop peu par la spiritualité intrinsèque nouvelle qui se dégage ?

Jean-Baptiste Willermoz et les siens n’infusent-il pas dans le Rite Ecossais Rectifié, (deux fois rectifié !) les principes qu’enseigne un seul rite maçonnique vraiment construit avec des formes déjà très précises, c’est à dire celui la Stricte Observance, en y fixant le vrai but de l’homme et du maçon avec les voies qui y conduisent ? Et c’est dans la liberté que chaque maçon choisit sa voie en toute connaissance de cause.

Jean-Baptiste Willermoz ne defent-il pas en fait le système de Stricte Observance en l’englobant dans un autre système maçonnique qui à l’étudier de près lui ressemble plus qu’étrangement ?

A-t-on alors encore le droit de penser que « le soyeux de Lyon » est le fossoyeur de la Stricte Observance mais ne serait-il pas plutôt le « régénérateur » d’une Stricte Observance plus proche de son époque et de la « religiosité » qui participait à la philosophie de cette fin du XVIIIème siècle ?

Epervier, Pélican, Phénix, nouvelle signification d’une forme de l’ésotérisme de la Franc-maçonnerie et de sa finalité ?

La classe des Alchimistes
au sein de la Stricte Observance.

Cette classe des alchimistes porte également le nom de « classe des laborantins ».

En plus des sept degrés de la Stricte Observance un degré d'alchimiste est introduit pour les Frères qui souhaitent se consacrer au travail alchimique des ordres intérieurs. Ce degré reste caché des sept premiers grades de la Stricte Observance.

Ce document apparait dans la littérature consacrée à la Stricte Observance et il en existe des représentations picturales dans les archives consacrées à la Stricte Observance de Copenhague. On peut supposer son existence réelle, même si ce degré est probablement très insignifiant et à peine exploité.

Le travail « alchimique » semble donc se poursuivre dans les hauts grades mais en dehors d’un « cursus maçonnique » habituel. Ainsi dans les rangs de la Stricte Observance le travail alchimique se poursuit, mais sans qu'il soit intégré dans un certain degré de connaissance, voire même placée au-dessus du dernier degré de connaissance.

Au vu de cette représentation lors du travail en laboratoire alchimique les Frères portent un habit et un tablier et ils opèrent donc selon des instructions rituelles en tenue maçonnique. Dès 1754, les Frères de la Loge de Naumburg se réfèrent aux sources présumées de l'immense richesse des templiers à l'époque historique, ce qui pousse le chapitre provincial du 12 mars 1755 à édicter ce qu'on appelle les Règles de conduite des Frères qui veulent se consacrer au travail chimique - c'est-à-dire alchimique - dans l'intérêt de l'Ordre.

Dans le corps de ces règles de conduite, l'instruction, composée de neuf articles, consiste à créer une nouvelle classe au sein de l'Ordre, avec des privilèges sur les autres Frères. Toutefois, ils sont tenus de mettre toutes leurs connaissances exclusivement au service de l'Ordre. Les Frères intéressés sont soigneusement examinés et sélectionnés en fonction de leurs connaissances en chimie et en physique et on leur demande un engagement total dans leur travail. Ces techniciens de laboratoire travaillaient sans faire appel au mysticisme, mysticisme pratiqué jusqu'à présent par les adeptes de l'alchimie et surtout sans les influences des étoiles, sans la philosophie arithmétique ou même sans une prise de pouvoir spirituel au-delà du septième grade.

GPIO GLLR : Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760 GPIO GLRLR : Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760
Planches représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760

Au vu de la représentation des tabliers provenant des fonds d’archives maçonniques de Copenhague, au vu de leur présentation picturale, il semble que le tire de « Docteur en Chimie » indique un grade « pratique » de connaissances alchimiques et que ce travail de la pratique de l'alchimie dans les rangs des Frères de la Stricte Observance est considéré comme une forme intermédiaire se situant au-delà des grades symboliques.

Il est vrai que ce degré ne se trouve pas dans les archives de Copenhague en sa forme rituellique mais au vu des « représentations picturales » laissées et conservées on ne peut guère douter de son existence puisque les personnes représentées portent évidemment vêtements rituéliques comme le tablier et le chapeau haut.

Lors du Convent d’Altenberg de 1764 la Stricte Observance propose de faire figurer les « travaux alchimiques » dans le programme « officiel » de la vie de l’Ordre. Les dénommés Docteur Jaenish et Rosa pensent alors que le vrai but de la franc-maçonnerie est l’alchimie et que cela devrait remplir les caisses de l’Ordre sans avoir recours à un plan économique. Le 1 Juin 1764 le Grand Chapitre va même jusqu’à envoyer à tous ses membres un Pro Memoria contenant la description de la transmutation des métaux et la préparation de différents fondants afin de remplir les caisses de l’Ordre. Au vu des résultats négatifs des travaux, en novembre 1765 cette idée est totalement abandonnée afin de se concentrer sur des travaux plus spirituels lors de la pratique des sept premiers grades.

Tableaux, bijoux et objets
des Rites Ecossais Rectifié et de Stricte Observance
  • ➩ Les croix des Chevaliers
  • ➩ Les tabliers de Maîtres
Loge de Brème : Portrait du dernier Maître de Loge de Stricte Observance en Allemagne
Loge de Brème : Portrait du dernier Maître de Loge de Stricte Observance en Allemagne
Les croix des Chevaliers

1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance

Croix de chevalier en cuivre doré (dix-huitième siècle) portant gravés à l’avers et au revers les lettres et dates I.B.M.B.A.D.N.I.C. signifiant : Iacobus (Jacobus) Burgundus Molay Bustus Anno Domini Nostra Iesu (jésus) Christi. Une croix templière clos ces initiales. Il s’agit bien de Jacques de Molay – nommé aussi le Bourguignon – brûlé l’année du Seigneur Jésus-Christ 1314 (Chiffres disposés à gauche, en haut, à droite et en bas du sceau de Salomon. La croix templière est sise en chef de cette croix. (Dimensions réelles : 50 mm de largeur et 60 mm de hauteur)

1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance

1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance

Adoptée au convent de Kohlo de 1772, elle provient d’un Chevalier du Temple qui résidait à Meiningen. En la comparant avec la croix de Chevalier du Temple de 1754 nous notons la disparition de la lettre N et de la croix templière en bout de phrase. Cette croix va se retrouver au centre de l'étoile à six branches. (Dimensions réelles : 50 mm de largeur et 60 mm de hauteur)

1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance

Croix de l'Ordre des Chevaliers du Régime Ecossais Rectifié

GPIO GLLR : Croix des Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte
Croix des Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte
Les tabliers du Maître et du Maître de Loge des Rites
Rite Ecossais Rectifié et Rite de Stricte Observance

Tablier de Maître du Rite Ecossais Rectifié

Il est blanc et rectangulaire bordé de bleu, à la bavette blanche triangulaire rabattue elle aussi bordée de bleu et comportant cousues trois cocardes bleues boutonnées de bleue formant un triangle équilatéral point en haut.

Tablier de Maître du Rite Ecossais Rectifié

Tablier de Maître de Loge du Rite Ecossais Rectifié

Il est blanc rectangulaire bordé de bleu, à la bavette blanche triangulaire rabattue elle aussi bordée de bleu et comportant cousus trois « Tau » inversés bleus bordés d’or formant un triangle équilatéral point en haut.

Tablier de Maître de Loge du Rite Ecossais Rectifié

Tablier de Maître du Rite de Stricte Observance

Il est blanc arrondi bordé de bleu, à la bavette blanche arrondie rabattue elle aussi bordée de bleu.

Tablier de Maître du Rite de Stricte Observance

Tablier de Maître de Loge du Rite de Stricte Observance

Il est blanc arrondi bordé de bleu, à la bavette blanche arrondie rabattue elle aussi bordée de bleu et comportant cousus trois « Tau » inversés bleus bordés d’or formant un triangle équilatéral point en haut.

Tablier de Maître de Loge du Rite de Stricte Observance