G.P.I.O.

G.L.L.R.

Grand Prieuré Indépendant d'Occitanie

Grande Loge des Loges Réunies


GPIO GLLR : Moine Lisant  Collégiale de Saint-Marc-La-Lande en Deux Sèvres.

La Loge de Recherche et d'Instruction

Le Grand Prieuré Indépendant d’Occitanie gère une Loge Chapitrale de Recherche et d’Instruction des Rites Ecossais Rectifié et de Stricte Observance.

Elle est chargée de l’étude des rituels et de leurs gestuelles. Elle propose toutes modifications nécessaires au bon déroulement des rituels. Elle présente des travaux sur les rites travaillés d’un point de vue historique et symbolique. Ses travaux consistent à développer les connaissances maçonniques des membres tant au point de vue symbolique, historique que moral et spirituel. Elle se réunit au moins une fois par an lors d’un Grand Chapitre de l’Ordre.

GPIO GLLR : Ecu de la Loge de Recherche et d'Instruction « La Constance éclairée »
La Loge de Recherche et d'Instruction « La Constance éclairée »

Galerie de portraits

Voici une galerie de portraits de personnalités ayant contribué à histoire du Rite de Stricte Observance et du Rite Ecossais Rectifié

GPIO GLLR : Eques a Penna Rubra GPIO GLLR : Chales de Hund ; Eques ab Ense GPIO GLLR : Jean-Baptiste Willermoz ; Eques ab Eremo GPIO GLLR : Adam Weishaup
➩ Le Chevalier au Plumet Rouge
ou l'esprit du XVIIème siècle
➩ Charles de Hund
1722 - 1776
➩ Jean-Baptiste Willermoz
1730 - 1824
➩ Adam Weishaupt 1748 - 1830
ou l'esprit du XVIIIème siècle
Le Chevalier au Plumet Rouge et l'esprit du dix-sèptième siècle

Encore aujourd'hui, Charles de Hund, fondateur de la Stricte Observance, est controversé. Mythomane pour les uns, loyal pour les autres, il n'attire que des jugements définitifs : les historiens se battent sur la légitimité et l'existence même de ceux qu'il désigne comme Supérieurs Inconnus de l'Ordre du Temple.

La littérature maçonnique ne distingue qu'avec difficulté l’histoire des faits et celle des idées. Leurs recherches n’utilisent pas les mêmes méthodes et n’ont pas la même fiabilité. L’enjeu des recherches sur Charles de Hund est de savoir si la Stricte Observance s’inscrit dans la continuité des Templiers : Continuité d’une tradition par une continuité des idées intellectuelles et/ou continuité factuelle de faits par une ininterruption de l’Ordre du Temple.

Si des Supérieurs Inconnus il y a, quelles consignes ont-ils données à Charles de Hund et quelles innovations s’est-il lui autorisées ? De ses premiers pas en maçonnerie, il ne ressort aucun document attestant des liens avec de tels supérieurs. Il est reçu maçon en 1742 puis à des grades écossais se terminant par un dit templier. Il n’a qu’une patente datant de 1751, mais elle est cryptée et encore indéchiffrée aujourd'hui, sinon 10 ans sans aucun manuscrit officialisant leur existence.

Souvent les biographies des maçons d’avant 1750 sont rédigées seulement sur les témoignages de leur protagoniste et de leur relation. Aujourd’hui, des informations extérieurs sont corrélées et apportent leur crédit comme par exemple les gazetins, rapports de police et autres journaux. Au temps des premières Loges il n’y avait pas nécessairement de secrétaire donnant des attestations ni rédigeant les procès verbaux de Loge.

Sans jamais les nommer, Charles de Hund désigne toujours les Supérieurs Inconnus comme des partisans de la maison Stuart. Y a-t-il Jacques III roi de Grande-Bretagne exilé en Italie espérant reconquérir le pouvoir ? Y a-t-il Charles-Edouard, son fils, capable lui de soulever une armée et rallier l’Ecosse contre la dynastie Hanovrienne ? Et puis, ces deux princes font-ils partis de la légendaire lignée des grands maîtres secrets de l’Ordre du Temple ?

Une première réponse fuyante est donnée par Charles-Edouard lui-même, après la mort de Charles de Hund au baron von Waechter venu l’enquêter sur leur rôle dans la transmission de l’héritage templier. D’un côte il nie son implication dans un ordre maçonnique, d’un autre il sous entend que son père puisse avoir des liens avec la maçonnerie, au moins il est prêt à valider les pouvoirs d’un successeur de l’Ordre du Temple.

Rappelons le décor de l’essor de la maçonnerie. En 1603 Jacques VI roi d’Ecosse devient roi d’Angleterre et d’Irlande. Après son décès en 1625, son fils Charles Ier lui succède mais une guerre civile le fait décapiter en 1649. Ensuite, après la république d’Olivier Cromwell, Charles I reprend possession des trois royaumes en 1660. Il décède en 1685 et est remplacé par son Frère Jacques II qui est lui-même contesté et s’enfuit en France en 1688 à Saint-Germain-en-Laye avec ses nombreux partisans et sous la protection de Louis XIV.

Il meut en 1701, son fils Jacques III, reconnu roi, mais donc sans couronne, par la France tente plusieurs reconquêtes. En 1745, son fils Charles-Edouard prend la tête d’une armée. C’est un échec mais il cherche toujours le soutien des souverains d’Europe.

Voila donc le contexte politique de l’essor de la maçonnerie européenne. Deux temps : l’apparition des Loges bleues ou symboliques des trois premiers grades mais aussi l’adjonction de hauts grades dans ce qui s’appelle des chapitres. Charles de Hund revendique là le plus important de ces grades pour l’époque conféré donc selon lui à Paris en janvier 1743 par de hauts dignitaires de cette mouvance jacobite et dans le sillage des Templiers.

[…]

En 1775, lors du convent de Brunswick, Hund interrogé sur ses réceptions aux hauts grades déclare avoir été fait Chevalier Templier par Kilmarnock en présence de Clifford. et avoir été présenté à un éventuel Grand Maître de l’Ordre peut-être le prétendant au trône d’Angleterre en personne. Waechter par son enquête a les affirmations de Charles-Edouard : ni lui ni son père étaient à Paris à cette époque, par contre Clifford et le jeune Kilmarnock y étaient sûrement.

Kilmarnock est le jeune fils James de William Boyd, quatrième comte de Kilmarnock fondateur et dirigeant de la Grand Loge d’Ecosse. Il a 17 ans en 1743 et est à Paris pour parfaire son éducation avec les exilés britanniques.

Hugh Clifford, né lui aussi en 1726, est le fils du baron Clifford de Chudleigh décédé en 1732. Il vit à Paris avec sa mère et ses Frères et Sœurs. Il fréquente les enfants du comte Charles Radcliffe of Derwentwater, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Paris.

Alors les témoignages de l’initiation templière de Hund font mention à la fois de Kilmarnock, de Clifford et aussi d’un Chevalier portant comme nom d’Ordre Eques a Penna Rubra, Chevalier au Plumet Rouge que Hund pense être Charles-Edouard Stuart.

Les faits qu’il affirme sont vrais : les deux jeunes Kilmarnock et Clifford sont à Paris en janvier 1743, qu’ils fréquentent un Chevalier au Plumet Rouge pourquoi pas. Ce qu’il suppose : que ce dernier est le prétendant est peut-être une confusion de sa part entre la ressemblance frappante entre les deux jeunes Charles-Edouard et Jacques-Clément l’un des fils du comte Charles Radcliffe of Derwentwater.

Cette ressemblance a déjà été source de confusion, révélée dans la gazette de Londre, en 1745 quand une frégate anglaise intercepte un navire écossais transportant le comte et ses fils, les anglais ayant alors eu l’espoir d’avoir capturé le prétendant. Elle s’explique aussi par une ascendance commune.

Jacques-Clément né en 1727, lui aussi donc initié très jeune, est officier dans le régiment de Dillon depuis 1741, et est hébergé chez les Clifford à partir de 1746.

[...]

Source : André Kervella : Le baron de Hund et la Stricte Observance, Editions La pierre philosophale 2016

Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau
Introduction

L’histoire de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem et de son Rite Ecossais de Stricte Observance est si intimement liée à la vie du baron de Hund, son inventeur, que le système, tel qu’il est organisé au dix-huitième siècle, ne survit que quelques années à sa disparition. Le rite maçonnique, désigné encore sous le nom de maçonnerie rectifiée, connait une expansion prodigieuse dans l’Europe du siècle des lumières et concurrence pendant près de trente ans la Franc-maçonnerie anglaise implantée sur le continent depuis 1721 pour finalement laisser place, à partir de 1782, au Régime Ecossais Rectifié et à son Ordre des Chevaliers Maçons Bienfaisants de la Cité Sainte.

Premiers degrés

Les plus anciennes notices imprimées sur Hund sont celles de 1777 parues dans la gazette de Lusace rassemblant des essais de sciences, de littérature et sur les riches familles. Suite à son décès le 8 novembre 1776, ces notices nécrologiques rappellent surtout sa carrière profane comme un grand seigneur de l’époque.

Ces notices sont complétées maçonniquement par l’oraison funèbre du chapitre de Rothenberg de décembre 1776. Elle retient les principales contributions de Hund à la fondation et au développement de la Stricte Observance. Toutefois elle comporte des anomalies. Plus fiable est la courte notice du cahier d’architecture de la Loge Aux Trois Colonnes de Kittlitz fondée par Hund. Celle là à été publiée plusieurs fois depuis jusqu’en 1874 et avec quelques variantes.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund maison natale GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Sa propriété dans ses terres d’Umwurden à Kittlitz
Charles de Hund : Sa maison natal à Monau
Charles de Hund : Sa propriété dans ses terres d’Umwurden à Kittlitz

Ainsi, Hund nait le 22 septembre 1722 à Manua (Mönau) sur les terres familiales en Haute-Lusace. Son père est chambellan du roi de Pologne, électeur de Saxe, il décède en 1731. Sa mère décède en 1737. Il engage alors des études à Leipzig mais veut voyager : Strasbourg, Paris puis un éventuel séjour en Angleterre avant de rentrer en Allemagne.

Notice de la Loge de Kittlitz publier en 1842 :

Charles Gotthelf de Hund et Altengrotkau, seigneur de Unwürde, Kittlitz, Gebelzig, Oppeln, Manua, Liska, etc, chambellan de S.A.S. l’électeur de Cologne, naquit le 11 de septembre 1722 à Manua, fut reçu franc-maçon l’an 1741, le 18 octobre, à Francfort sur le Main dans la Grande Loge sous la conduite du conte de Schönborn, conseiller privé actuel de S.M.I. le prince Auguste de Baden et le prince Georges de Hesse d’Armstadt étant surveillant, ayant pour répondant le prince Frédéric de Hesse d’Armstadt, le prince de Nassau Welburg et le comte de Wiet, et fut le même jour Compagnon. L’an 1742, le 21 de juillet, il fut reçu Maître dans la Loge Aux Trois Roses à Gent [Gand], par Messer Bocland, Maître en chaire, et le 22 d’août Ecossais par Milord duc d’Albemarle, à Bruxelles, et pris le surnom de Chev [alier] de l’Epée. Il fut second surveillant dans la Loge nommée A l’Arbre Rompu, et après premier surveillant dans la même. Le 13 d’octobre de la même année, il fut fait Maçon Sapant et reçu des nouvelles lumières. Il entra en qualité de premier surveillant dans la nouvelle Loge Aux 3 Compas à Paris, le 12 décembre 1742. Le 3 janvier de l’année 1743, la Loge le choisit pour Maître en chaire, et le 6 janvier il la cassa au nom du Grand Maître et la forma de nouveau sous le nom de [Loge] Etrangère, le 24 de janvier 1743. Le 13 de nov [embre] 1743, il résigna en faveur du baron Merklem, se réservant ses droits en cas de son retour à Paris. Il reçu avant son départ des instructions particulières et en passant à Strasbourg il aida à établir une Loge sous le nom de l’Epée d’Or, et érigea enfin cette [Loge de Kittlitz] Aux Trois Colonnes le 24 juin 1751.

Voyons ces repères pour analyser son rôle en maçonnerie. Son initiation est pendant son séjour à Francfort où il fréquente des cours princières : Ce sont des maçons de haute noblesse qui le reçoivent dans cette Grande Loge réunie dans une circonstance non connue aujourd’hui.

Toutefois voyons les noms donnés. Le comte de Schönborn dirigeant la Loge est donc conseiller privé actuel de Sa Majesté Impériale Auguste Baden. Parmi tous les homonymes il s’agit certainement de Franz-Joseph-Bonaventura von Schönborn (1708 - 1772). L’important est le mot actuel, qui montre que cette notice est rédigée du vivant de Schönborn et donc de Hund. Elle est donc certainement très fidèle.

Ensuite les princes Georges et Frédéric de Hesse-Darmstadt et de Nassau-Weilburg sont plus évocateurs et sont faciles à identifier. D’autres types de documents montrent qu’ils ont tous les trois séjournés à Paris : Le journal du duc de Luynes parle de leur présentation au roi début 1741.

Ils sont Louis, né en 1719, Georges-Guillaume né en 1722 et Georges-Frédéric né en 1726. Ils sont maçons comme leurs pères. Ils sont initiés de bonne heure comme on en trouve de nombreux exemples au dix-huitième dans les familles nobles. Le benjamin est le répondant de Hund c'est-à-dire parrain ou présentateur.

Le comte de Wiet est peut-être Johann-Julius von Vieth, (dont l’orthographe du nom varie) né en 1713, Maître de la Loge Les Trois Glaives à Dresde. C’est celui-là même qui affirme plus tard avoir reçu patente de Georges Guillaume pour cette Loge. C’est lui qui donne l’accréditation templière à Hund en 1751.

Il est l’un des Supérieurs Inconnus, mais, passons au prince de Nassau-Weilburg. Plus âgé que les précédents, il nait en 1685, est ambassadeur de Saxe à Paris en 1710. En 1741, un rapport de police de septembre dit qu’il doit rentrer à Francfort, cela coïncide, il est en octobre à Francfort à la réception de Hund.

Cette Grande Loge est donc certainement très récente, formée sur le modèle de celles autorisées par la Grande Loge de Paris aux profits des étrangers. Elle est sous influence jacobite, les premiers grands maîtres de l’Ordre en France étant partisans de Jacques III Stuart, et leurs successeurs comme le duc d’Antin aussi.

D’ailleurs Charles-Edouard Stuart envisage même d’épouser Caroline-Louise de Hesse Darmstadt, la sœur des précédents. Des échanges de courrier avec leur père montrent que cette famille n’est pas contre sa cause politique.

Aussi, comme beaucoup de nobles des états concernés, Hund est à Francfort en 1741 pour la diète convoquée pour l’élection du nouvel empereur, suite au décès de Charles VI. Il est observateur plutôt qu’acteur comme nombre de français présents à la suite du maréchal Fouquet de Belle-Isle ambassadeur de Louis XV venu soutenir Charles de Bavière.

Le 26 février 1742, Hund est au couronnement de Charles VII, il est nommé chambellan de l’Electeur de Saxe comme son père. Dans le temps de la diète il visite probablement d’autres Loges mais son nom n’a pas été trouvé dans les registres découverts depuis.

Un mois plus tard il est reçu Maître dans la Loge Les Trois Roses à Gand par le nommé Bocland. L’indentification de ce dernier n’est pas faite mais il faut noter que des familles d’exilés jacobites sont installées dans la ville et l’orientation jacobite des Loges de Gand est certaine.

Puis en août il est donc reçu Maître-Ecossais par Mylord duc d’Albemarle à Bruxelles et prend alors de surnom de Chevalier de l’Epée. Là aussi la cité est courue par les jacobites, Bernard Granville d’Albemarle fait parti de ce réseau.

Bernard est le neveu de Georges Granville, opposant aux Hanovre et fait duc par Jacques III en 1721. A son décès en 1735, il hérite, avec l’approbation de Jacques III du titre de son oncle, il est un paisible gentleman-farmer.

Sa Loge est l’Arbre Rompu, Hund y est surveillant. L’arbre rompu rappelle le chêne foudroyé au sommet rompu des gravures représentant à cette époque la famille Stuart chassée des îles britanniques en 1688. Ce chêne est accompagné d’une jeune pousse et de la devise Revirescit : il se relèvera.

Ce thème est déjà présent au moment de la restauration de Charles II après la décapitation de Charles I. Aussi inspiré du livre de Job (14 7-9), il est intégré à la symbolique maçonnique dans les années 1740.

Alors Hund est reçu Ecossais, prend de suite le nom de Chevalier de l’Epée et est fait Maçon Sapant. Cette progression a-t-elle une nécessité de hiérarchie ? Comment expliquer le surnom de Chevlier de l’Epée sans mention de réception à un haut grade templier ?

C’est une pratique qui devient fréquente à partir de 1750 que de donner un nom de chevalier, ou du moins une caractéristique personnelle, aux Frères seulement reçus Ecossais.

Le vocable de Maçon Sapant est propre au récit de Hund. Il rappelle la légende des initiés cherchant à l’endroit des ruines du Temple à pénétrer dans la voûte. Munis de pelles et d’autres outils ils creusent sapent pour trouver l’antique parole enfouie. Cette dramaturgie existe-elle donc au temps de Hund ?

La Flandre est alors très animée et les maçons de divers horizons n’ont aucun mal à trouver prétexte à s’y rencontrer.

Hund évolue dans ce milieu où les repères se découvrent au fur et à mesure de ses déplacements. Il connaît les villes d’accueil. Dans cette époque de conflits entre les puissances européennes, la Flandre est une région où il y a de nombreuses opportunités de rencontre en militaires et civils. Les jacobites y ont déjà un solide réseau, un nouveau venu fiable y circule sans peine.

[…]

Source : André Kervella : Le baron de Hund et la Stricte Observance, Editions La pierre philosophale 2016

Fondation de l'Ordre

Avec l’aide des Frères Schmidt et de Von Tanner, de la Loge de Naumburg, il écrivit les rituels de l’Ordre et mit au point le cérémonial.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Kittlitz, les armoiries de la famille Hund GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund L’église de Kittlitz
Charles de Hund : Kittlitz, les armoiries de la famille Hund
Charles de Hund : L’église de Kittlitz

Vers 1751, il érigea une Loge et un chapitre provincial sur ses terres, à Unwuerde, et en 1753 il délivra une nouvelle patente à la Loge de Naumburg. Ce fut dans cette Loge que le premier projet financier ou Plan Economique fut élaboré, car, sans finances, il était évidemment impossible de restaurer l’Ordre du Temple. En 1755, un second Plan Economique prenant appui sur le premier fut promulgué.

A cette époque, Carl von Hund, Eques ab Ense (Chevalier de l’Epée, son nom d’Ordre) commença aussi à recevoir quelques chevaliers dans l’Ordre, chacun prenant un titre latin. L’Europe fut divisée, comme autrefois, selon le Livre Rouge, en neuf provinces, modelées sur celles de l’Ordre du Temple :

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Charles de Hund, son blason d'Ordre
Charles de Hund : son blason d'Ordre
  • I. Aragon
  • II. Auvergne
  • III. Occitanie
  • IV. Léon
  • V. Bourgogne
  • VI. Grande-Bretagne
  • VII. Basse-Allemagne jusqu’à l’Elbe et l’Oder
  • VIII. Haute-Allemagne jusqu’au Danube
  • IX. Grèce et Archipel

La guerre de sept ans (1756-1763) empêcha tout progrès sensible de l’Ordre et Hund fut souvent obligé de s’enfuir en raison de ses sympathies envers l’Autriche.

C’est au Convent de Kohlo (du 4 au 24 juin 1772), bien noble situé aux environs de Pfoerdte, et propriété du comte Aloysius von Brühl, que l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem atteignit son apogée : il fut réorganisé, le Directoire de Dresde créé, mais le plan économique fut définitivement abandonnée ; un accord fut conclu avec les Clercs de Jean-Auguste Starck, inventeur du Cléricat Templier, qui vint compléter et coiffer la branche chevaleresque. A ce même Convent, le duc Ferdinand de Brunswick, Eques a Victoria, fut élu Magnus Superior Ordinis per Germaniam Inferiorem, nom qu’il porterait dans l’Ordre Intérieur, et Grand Maître de toutes les Loges Unies, nouvelle appellation du système, Charles de Hund, en tant que Grand Maître Provincial, assurant désormais le rôle d’un monarque constitutionnel.

Les rituels utilisés par l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem contemporain sont ceux qui furent approuvés au convent de Kohlo ; ils portent la signature de Frédéric Auguste Müldauer, Visiteur Général, et du comte Aloysius von Brühl, Eques a Gladio Ancipiti (Chevalier du Glaive à double tranchant), Doyen du Grand Prieuré de Pologne, Visiteur Général de la septième province et Commandeur de Maison.

Sous la direction du baron Von Weiler furent organisées les trois provinces françaises : en 1772, la cinquième province, la Bourgogne ; en 1774, la deuxième province, l’Auvergne, et, la même année, la troisième province, l’Occitanie.

Le Convent de Brunswick (23 mai-6 juillet 1775) légalisa officiellement les neuf provinces de l’Ordre et transféra le Directoire à Brunswick.

Source : Pierre Girard-Augry : Abécédaire de la Franc-maçonnerie Templière, Les Trois spirales, 2005

Continuité

La mort du baron de Hund à Meiningen, le 8 novembre 1776, fut suivie d’une période de confusion et ce n’est qu’au Convent de Wolfenbüttel (15 juillet-24 août 1778) que fut élu Grand Maître Provincial le prince Charles de Suède, mais le départ des Clercs du système annonça le début du déclin de l’Ordre.

GLDRR : Galerie de Portraits Charles de Hund Lieu où il rendit son âme à Dieu à Meningen. GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Eglise de Mellrichstadt où il repose. GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Eglise de Mellrichstadt où il repose. GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Eglise de Mellrichstadt où il repose.
Charles de Hund : Lieu où il rendit son âme à Dieu à Meningen
Charles de Hund : Eglise de Mellrichstadt où il repose

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Charles de Hund Charles de Hund, l'emplacement de la tombe et du cadavre du Franc-maçon von Hund
Saint Kilian à Melrichstadt, chœur, mur de fondation de l'abside de la construction de HI d'après les résultats des fouilles ; en bas à droite l'emplacement de la tombe et du cadavre du Franc-maçon von Hund. Croquis de Hans Zirk de 1969 tiré de la réédition de 1972 du livre Geschichte Freimaurerischer Systeme in England, Frankreich und Deutschland. Vornehmlich Auf Grund Der Archivalien Der Gr. Landesloge Der Freimaurer Von Deutschland Bearbeitet Von Br ... Freiherr C.C.F.W. Von Nettelbladt. (Unveränderter Neudruck Der Ausgabe Von 1879.)

De plus, cette même année, le Convent des Gaules, sous l’impulsion de Jean-Baptiste Willermoz, décida d’abandonner toute référence explicite à l’Ordre du Temple, de modifier en conséquence les rituels et de transformer le dernier grade templier de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem en celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Source : Pierre Girard-Augry : Abécédaire de la Franc-maçonnerie Templière, Les Trois spirales, 2005

Jean-Baptiste Willermoz
GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Acte de Baptème
Jean-Baptiste Willermoz : Acte de Baptème

Jean-Baptiste Willermoz naît le 10 juillet 1730 à Lyon d’une famille franc-comtoise.

Soyeux lyonnais, il va diriger une affaire prospère. Il devient maçon en 1750 à l’âge de 20 ans. En 1752 il est déjà vénérable de sa Loge. En 1753 il fonde la Loge La Parfaite Amitié à Lyon. En 1760 il joue un rôle important dans la fondation de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon. Il en devient le grand maître. En 1763, influencé par Dom Pernéty, il crée le Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir Rose-Croix qui est un petit cénacle d’étude des hauts grades.

En 1766 il rencontre Martinez de Pasqually à Versailles et rentre dans l’Ordre des Elus Cohens. Il devient Réau-Croix, plus haut grade de l’Ordre, en 1768. En 1771, il prend contact avec Louis Claude de Saint Martin, lui-même Elu Cohen avec qui il se lie d’amitié. Après le départ à Saint-Domingue de Martinez de Pasqually en 1772, les Elus Cohens de Lyon se réunissent fréquemment. Willermoz rédige de 1772 à 1774 un important travail de recueil de notes intitulé « Instructions aux Elus Cohens » dites Conférences de Lyon.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Diplômes. Paris, Ordre des Elus Coën (Trib. Souv.). Nomination comme Inspecteur général de l'Ordre du F:. Jean-Baptiste Willermoz GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Diplôme de Réaux-Croix accordé au Frère Jean-Baptiste Willermoz
Jean-Baptiste Willermoz : Diplômes. Paris, Ordre des Elus Coën (Trib. Souv.). Nomination comme Inspecteur général de l'Ordre du F:. Jean-Baptiste Willermoz. BNF : Département des Manuscrits, FM5 (515)
Jean-Baptiste Willermoz : Diplôme de Réaux-Croix accordé au Frère Jean-Baptiste Willermoz. BNF : Département des Manuscrits, FM5 (516)

En 1772, la Grande Loge de Lyon reprend ses travaux ; il prend contact en qualité d’archiviste Garde des Sceaux avec le baron de Landsperg, vénérable de la Loge « La Candeur » de Strasbourg, à l’occasion d’un différent qui oppose ces deux structures maçonniques à la Grande Loge de France. En effet la plus grande confusion règne au sein de la maçonnerie française [note] : depuis le scandale de 1766 qui oblige le roi à donner ordre à la Grande Loge d’ajourner ses travaux sine die, les dissidences sont de plus en plus nombreuses, des hauts grades apparaissent sans cesse un peu partout. La Loge « La Candeur » dépend de la Grande Loge de France mais a pris des contacts avec l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem allemand [note] qui a une image d’Ordre stable, organisé et puissant.

Intrigué par cet Ordre qu’il ne connaît pas, Willermoz, à la recherche d’une structure maçonnique pouvant ramener une certaine stabilité au sein de la maçonnerie française et en quête perpétuelle d’un enseignement secret, interroge Landsperg qui le dirige vers le baron de Hund, fondateur de l’Ordre.

En 1773 à la requête de Willermoz l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem prend pied en France par l’intermédiaire du baron de Weiler, envoyé de Charles de Hund, qui installe d’abord le Grand Chapitre Provincial de Bourgogne à Strasbourg, puis en 1774 celui d’Auvergne à Lyon et finalement celui d’Occitanie à Bordeaux.

GPIO GLLR : Blason de Chevalier du Temple de Jean Baptiste Willermoz Bibliothèque municipale de Lyon B.M.L. MS 5526-278
Mes armes sont un hermite avec la devise Vox in Deserto et l'épigraphe Verba Ligant.

Willermoz, sous le nom d’Eques ab Eremo, est fait Chevalier du Temple ainsi que onze autres Frères. Ils prêtent serment d’obédience à Hund, Grand Maître de la septième province, et à Ferdinand de Brunswick, Grand Maître des Sept Provinces, en échange de quoi ils reçoivent rituels et instructions au cours de pas moins de dix-sept séances. Le Grand Chapitre Provincial constitué dirige la deuxième province templière dite d’Auvergne. Une Loge est créée à l’Orient de Lyon, c’est « La Bienfaisance. »

GPIO GLLR : Galerie de Portraits Jean-Baptiste Willermoz : Patente originale en latin du Visiteur Général perpétuel de l'Ordre de la Stricte Observance
Jean-Baptiste Willermoz : Patente originale en latin du Visiteur Général perpétuel de l'Ordre de la Stricte Observance

De 1777 à 1778, avec quatre autres Frères, Jean-Baptiste Willermoz, déçu par l’absence d’enseignement secret dans l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem, entreprend de refondre les grades et les textes des rituels pour y introduire l’enseignement martinéziste.

En 1778, pour faire appliquer ces transformations il provoque la réunion du Convent des Gaules à Lyon [note], qui regroupe les représentants des trois provinces françaises. Les décisions de ce convent amènent le reniement de la filiation templière, la modification des trois premiers grades, la suppression des grades d’Ecossais Rouge (ou Chevalier de l’Epée) et de Chevalier de l’Aigle Souverain de Rose-Croix, la transformation du grade d’Ecossais Vert, l’institution du grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte qui remplace celui de Chevalier du Temple, la création d’un Ordre Intérieur secret composé des deux classes, celles de Profès et de Grand Profès, remplaçant le Cléricat Templier qui est supprimé. La province d’Auvergne devient province de Lyon. La partie française de l’Ordre se trouve pratiquement libérée du contrôle allemand. Elle se fait désormais appeler « Loges Réunies et Rectifiées de France » et pratique le Rite Rectifié. Dès lors, le système des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.) va se développer régulièrement.Jean-Baptiste Willermoz a atteint son but : les cadres de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem servent en France à un enseignement voilé du martinézisme. [note]

En 1779 le duc Ferdinand de Brunswick, sous l’influence du mage Waechter, rejette la filiation templière. En 1780 Jean-Baptiste Willermoz le reçoit Grand Profès.

Las Casas, dernier Grand Souverain de l’Ordre des Elus Cohens, en désaccord avec l’usage que font les C.B.C.S de l’enseignement martinéziste, fait remettre en 1781 les archives de son Ordre, mis en sommeil, à leurs concurrents les plus acharnés : les Philalètes.

En juillet et août 1782, un convent est convoqué par le duc de Brunswick à Wilhelmsbad, petite ville d’eaux au cœur de la Hesse, dans le but de réorganiser et d’harmoniser les tendances divergentes au sein de l’Ordre. Trente-cinq députés se réunissent, divisés en deux camps : les rationalistes allemands, à l’aise au sein de la Franc-maçonnerie anglaise qui trouvent dans l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem un relent catholique propre à indisposer des protestants et les hermétistes fidèles à la filiation templière et à la recherche de la pierre philosophale. La décision la plus marquante est que la maçonnerie écossaise n’est pas la continuation ou la restauration de l’Ordre du Temple, la filiation templière n’a plus qu’une signification morale, mystico-chrétienne. La Réforme de Lyon de Jean-Baptistte Willermoz est adoptée, elle sert de support à un nouveau système largement teinté de martinézisme dont la rédaction dans un style ampoulé et redondant [note] est confiée aux Strasbourgeois et aux Lyonnais. Le duc de Brunswick devient le chef du nouveau système avec le titre de Grand Maître Général de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et de la maçonnerie rectifiée.

Les hermétistes mécontents des résultats de Wilhelmsbad, représentée par Beyerlé attaquent violemment Jean-Baptiste Willermoz. Ils lui reprochent de réduire la quête maçonnique à des buts de bienfaisance et de recherche de religion primitive, d’y introduire des notions morales et religieuses [note]. La majorité des maçons allemands rejettent les décisions du convent qui apparaît comme un coup de force français ; mais ils ont la possibilité de choisir entre l’ancien et le nouveau système, ce qui ne fait qu’aggraver la confusion et entraîne rapidement une désagrégation de l’ancien Ordre. Pour autant le R.E.R. ne va pas prospérer et va connaître lui aussi des déboires. Les trois grades bleus ne seront rédigés qu’en 1786 ; et ce n’est qu’en 1809 que Jean-Baptiste Willermoz achèvera le grade de Maître-Ecossais de Saint-André. Après la Révolution française le R.E.R. a pratiquement disparu.

A cela plusieurs raisons : après Wilhelmsbad il semble que Jean-Baptiste Willermoz, toujours à la recherche de la quintessence de la maçonnerie, tourne son attention en direction d’autres rites (le Rite Suédois, les Frères Initiés de l’Asie ou « Ecole du Nord »). Ceci pourrait expliquer pourquoi le nouveau système ne progresse pas aussi vite qu’il aurait dû.

Mais il y a d’autres causes : dès 1785, avec les C.B.C.S lyonnais, il se met à s’intéresser au magnétisme. Le chirurgien Dutrech, disciple de Mesmer, magnétise à Lyon des sujets (essentiellement des femmes) qui, en état second, donnent réponse à toutes sortes de questions. On les appelle des crisiarques. La plus célèbre est la somnambule Gilberte Rochette. Jean-Baptiste Willermoz organise la « Société des Initiés » [note], groupe ayant pour but l’étude de ces « manifestations ». Puis arrive « l’Agent Inconnu » [note]. Il s’agit de Marie-Louise de Vallière, chanoinesse de Remiremont, sœur d’Alexandre de Monspey, membre de la Loge « La Bienfaisance », dont l’influence alla jusqu'à susciter en 1785, à la requête expresse de Jean-Baptiste Willermoz devant le Directoire Provincial d’Auvergne, la substitution du mot sacré du premier grade par le nom Phaleg [note]. L’Agent Inconnu, prise de délires à thèmes mystiques pendant les séances de l’Ordre des Elus Cohens, communique avec l’au-delà dont elle écrit les messages [note]. Malgré quelques doutes émis par Jean-Baptiste Willermoz en octobre 1788, la Société des Initiés persistera jusqu’en 1791, réunissant Jean-Baptiste Willermoz et ses Frères lyonnais et influençant leurs activités maçonniques.

En 1787 le nouveau système ne compte que quinze Loges symboliques. En 1788 de nombreux maçons l’on quitté en particulier, toutes les Loges et chapitres d’Alsace. Paris se détache de lui, et la deuxième province n’a guère qu’une centaine de membres.

Pendant la Révolution, Jean-Baptiste Willermoz arrête toute activité maçonnique, s’occupe du clergé constitutionnel et de bienfaisance.

Après le passage de la tempête révolutionnaire, Jean-Baptiste Willermoz, âgé, participe, surtout par ses conseils et ses lettres, au renouveau éphémère du R.E.R. De 1804 à 1809, il en élabore les rituels définitifs. Il continue à entretenir une importante correspondance maçonnique jusqu'à sa mort en 1824.

GPIO GLLR : Galerie de Portraits : Jean-Baptiste Willermoz : Acte de décès
Jean-Baptiste Willermoz : Acte de décès

Si aujourd’hui il apparaît aux yeux de la plupart comme un grand réformateur de la maçonnerie, il a certainement été aussi un homme de son siècle, partagé entre les influences « modernistes » et de vaines fantasmagories. A la recherche constante d’un enseignement secret lié à un « Haut Ordre détenteur de la tradition initiatique primitive », il n’a pas eu une claire notion des rapports existant entre religion et initiation [note]. Pas toujours très avisé dans ses choix, jouet d’influences suspectes, il a profondément remanié les rituels du Rite de Stricte Observance, n’en conservant pratiquement que le cadre institutionnel. Ainsi que l’a dit René Guénon, son exemple n’est pas à suivre [note] ; mais passionné par la maçonnerie, sa bonne foi et sa sincérité n’ont jamais été mises en doute.

Adam Weishaupt

Un mot doit être dit, pour éviter les confusions, sur un mouvement qui a un grand retentissement en Allemagne, celui des Illuminés de Bavière. Bien qu'étranger à la Franc-maçonnerie, il en prend la forme et s'infiltre dans les Loges. Créé en 1776 à Ingolstadt en Bavière par Adam Weishaupt, professeur de droit, partisan du parti de l'Aufklärung, il s'agit tout à la fois d'une société d'enseignement, d'un institut d'éducation sociale et scientifique, d'un groupement d'entraide et de solidarité. Cette société joue un rôle important dans la campagne anticléricale et antimonastique qui se déroule à cette époque dans la catholique Bavière. Sa structure définitive lui est donnée à partir de 1779 par le baron de Knigge, membre de la Stricte Observance, et l'Ordre se développe en dehors de la Bavière. Mais ses déviations politiques autant que ses positions anti-religieuses le rendent suspect et motivent son interdiction par le Duc Electeur de Bavière en 1784. Les Illuminés se dispèrsent très rapidement. Leur activité se maintient pourtant en Saxe jusqu'en 1789 avec Bode.

L'esprit du dix-huitième siècle

Le XVIIIème siècle est, pas excellence, celui des sociétés secrètes et de l’Illuminisme. Aucun ne présente à cet égard une pareille fermentation et même une telle anarchie. C’est ce qui rend difficiles leur étude impartiale et la connaissance claire de leurs tendances véritables. En réalité, ces tendances sont multiples, et, comme il est normal, les diverses branches de l’ésotérisme reflètent la division des esprits de ce temps.

A côté du « chrétien exalté » qu’est Claude de Saint-Martin selon le témoignage de Joseph de Maistre, lui-même catholique fermement orthodoxe et théosophe passionné, il y aura Weishaupt qui, disciple de Rousseau, voudra renverser le trône et l’autel, il y aura des « philosophes » qui propageront dans les Loges l’esprit de l’Encyclopédie , il y aura le duc de chartres, Philippe-Egalité, qui prétendra se servir du Grand-Orient dont il sera le Grand Maître.

Quel rapport y a-t-il, si ce n’est leur relations avec les sociétés secrètes, entre le royaliste Cazotte, le pieux Von Baader, le mystique Gichtel, le triste Sénancour, le savant physiognomoniste Lavater, et un Cagliostro ou un Anacharsis Clootz ?

Certains groupes s’occupaient d’alchimie, d’autre de mystique (est cela rapprochait du catholicisme les protestants allemands), d’autres conspiraient et, comme les Illuminés Bavarois de Weishaupt, concevaient « l’affreux complot d’éteindre en Europe le christianisme et la souveraineté », d’autres étudiaient le mesmérisme et le « magnétisme vital », d’autres s’occupaient surtout de bienfaisance, de secours mutuel et de bons dîners, d’autres subissaient l’influence de l’Encyclopédie ou celle de Rousseau et élaboraient cet état d’esprit jacobin dont feu Augustin Cochin a si lumineusement décelé la genèse dans ses travaux sue les Sociétés de Pensée. Ces diverses tendances et ces oppositions se révèlent d’ailleurs dans les discutions qui eurent lieu entre les divers rites de la Franc-Maçonnerie universelle, et au sein même de chaque rites en particulier, donnant lieu à de nombreuses compétitions, suscitant plusieurs convents qui essayèrent de remettre un peu d’unité, jusqu’au jour où, balayé per le grand orage révolutionnaire et vite reformé après la tourmente sur des bases moins complèxes, la Maçonnerie se limitant à un ou deux grands rites, prit, surtout en France et en Italie, sa figure actuelle et les tendances que tout le monde lui connaît.

Lyon était justement au milieu du XVIIIème siècle l’un des principaux centres de l’illuminisme et des sociétés secrètes, le confluent de tous les rites. Nous y retrouverons comme en un microcosme le résumé de toutes les tendances. Il y avait dans cette ville 16 Loges dépendant du Grand-Orient et à peu près autant de « bâtardes » ou d’autres rites. Ce chiffre était le plus élevé de toute la France après celui de Paris.

Source : Jean-Baptiste Willermoz (1730 - 1824) Les Sommeils, étude de Emile Dermenghem, La Connaissance Paris 1926


GPIO GLLR : Emmanuel Swedenborg 1688 - 1772 GPIO GLLR : GPIO GLLR : GPIO GLLR :
➩ Emmanuel Swedenborg
1688 - 1772
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Emmanuel Swedenborg

On a coutume de voir le XVIIIème siècle comme celui de la douceur de vivre, du scepticisme savant, et on se satisfait volontiers à le considérer, sur le plan idéologique, à travers la seule empreinte encyclopédiste.

Emmanuel Swedenborg (1688-1772) est l'un de ceux qui donnèrent à cette période de l'histoire une physionomie en réalité beaucoup plus complexe.

Contemporain de Voltaire, il eut en commun avec lui, comme avec beaucoup des philosophes de ce temps, un esprit novateur et un grand souci d'éclectisme, mais la ressemblance ne va guère plus loin.

Si l'effervescence intellectuelle de ce siècle fut en France d'ordre essentiellement philosophique, à l'étranger les découvertes scientifiques de Newton, Leibniz, Halley, etc., jouèrent un rôle beaucoup plus important que chez nous dans l'évolution des idées.

Partout on s'interroge sur les valeurs anciennes. L'homme de foi est fortement troublé dans ses croyances. Diverses sectes et sociétés de pensée se créent. La Franc-Maçonnerie est devenue officiellement et institutionnellement spéculative. L'homme qui veut réfléchir ne peut rester indifférent.

Déjà Leibniz, Robert Boyle et d'autres encore avaient voulu confronter les nouvelles données scientifiques et les anciennes valeurs religieuses. Cette ambition, Swedenborg va lui aussi la cultiver Docteur en philosophie en 1709 (il a alors 21 ans), il quitte Stockholm et sa pieuse famille pour de nombreux voyages d'étude.

En Angleterre, il suit les cours de Newton et se lie avec Flemsteed. Il poursuit avec avidité ses études scientifiques en Hollande et en Allemagne avant de revenir en Angleterre. Il a alors étudié avec passion les mathématiques, la mécanique, la géologie, la chimie, l'anatomie..., écrit divers traités pour, en 1734, publier les Principia.

Il semble que cet ouvrage de Swedenborg, peut-être en raison de ses écrits postérieurs, ne suscite pas toujours l'intérêt qu'il mérite.

On y trouve une quasi anticipation sur les découvertes actuelles par ses développements concernant l'infini et le mouvement.

Pour expliquer l'origine de la matière, il pose comme principe que rien n'existe dans la nature qui ne soit géométrie et qui ne découle donc tout d'abord du point, expression géométrique la plus simple.

Il expose alors que le point est créé de l'infini par le mouvement mais mouvement pur, indépendant des lois de la mécanique puisque exempt de matière. L'infini donne donc par le mouvement l'impulsion initiale qui détermine le point et la matière dérivant des points est d'abord un état intérieur, une tendance hors l'espace, avant de devenir une réalité substantielle.

Cet ouvrage mériterait donc d'être plus longuement étudié car l'introduction dans le raisonnement du mouvement, cette quatrième dimension devenue maintenant indispensable à la physique moderne, fut génialement prémonitoire. Qui plus est, si bien entendu Swedenborg fait pleinement intervenir dans son système cosmogonique les découvertes newtoniennes sur la gravitation, il en écarte consciemment et volontairement la doctrine du vide et de l'attraction automatique à distance des corps les uns sur les autres. Or, c'est précisément sur ce point que les travaux d'Einstein infirment en partie le strict système de Newton en ce qu'actuellement on ne conçoit plus qu'un astre en attire un autre à distance sans phénomène intermédiaire car la présence de la matière modifie dans son voisinage l'espace-temps.

Certains de ses contemporains trouvèrent trop mécanistes cette notion de l'univers et taxèrent l'auteur de matérialisme. En réalité, on y trouve par ailleurs une tentative d'explication de l'immortalité de l'âme par recours à la notion de substances subtiles.

Certes, et Swedenborg s'en rendra compte évidemment, il n'était pas question de démontrer Dieu et la Grâce au moyen des données de la science empirique. Dieu ne serait plus, si télescopes ou appareils de mesure pouvaient l'appréhender. Il n'est, persiste et demeure, dominant et secourant salutairement notre infirmité, que dans la mesure où il échappe à nos sens concrets. Dans le cas inverse, ramené à notre mesure et dès lors quasiment égal à nous-mêmes, nous ne saurions plus trouver secours en lui.

C’est pourquoi, un peu plus tard, dans l’Œconomia regni animalis (1740), il recherche le lien entre esprit et matière et expose les principes de correspondance proches de la distinction d’Aristote entre la forme et la matière : « Dieu créa d’abord le monde supérieur dans lequel il forma ses pensées, toutes ces formes pures et parfaites… et plus tard notre monde sensible comme un reflet du premier. »

Il précise plus loin que dominant le monde de la matière la « vis formatrix » ou le « genius » constitue le germe du microcosme où préexistent toutes les images du devenir jusqu’au terme de l’évolution : forme idéale « archée », émanation du maître de toutes choses. Au-dessus donc encore, au pinacle, se trouve l’Etre Divin Inconcevable, « Perfecta Spiritualis », Créateur, origine et fin de toutes choses. Cette Forme Suprême pénètre les anges, les formes célestes et nos âmes mêmes par l’intermédiaire de la « forma spiritualis » et du Verbe. Mais, ajoute-t-il, « ce sont là des Arcanes et c’est pourquoi il convient plutôt de garder le silence, de s’étonner, de révérer et d’adorer que d’en parler profanement, c’est-à-dire naturellement. »

Ainsi notre monde physique conçu de la sorte n’est qu’un reflet, un symbole du monde spirituel (symbolicum mundi spiritualis).

Dès lors, pour connaître, il faut interpréter le monde de la matière comme correspondance symbolique du monde spirituel qu’il reflète. Il s’en explique par la comparaison caractéristique entre le soleil qui éclaire notre univers, qui dans le monde visible est la source de toute lumière, et le soleil de la divinité, centre du monde spirituel, de la certitude et de l’Amour.

Ces notions ne sont évidemment pas sans rapport avec la Cabale que Swedenborg avait sans doute étudiée. La situation des trois plans traditionnels et leur correspondance en l’homme était professée par de petits groupes d’adeptes depuis longtemps et particulièrement la notion de l’âme, considérée comme « corps astral » ou pour les alchimistes « soufre mercuriel », lien entre l’esprit et le corps, facteur d’équilibre, continuité de l’être dans son évolution, remontait à de très anciennes traditions. Mais alors que l’hermétisme cabalistique vivait et se transmettait comme en marge de la société, sans préoccupation des courants idéologiques traversant les générations, Swedenborg eut le grand mérite de relier ses recherches aux préoccupations de son temps, de ne pas dédaigner les formes de pensées de son époque, d’actualiser en quelque sorte la recherche de la connaissance spirituelle.

Il connut ensuite, spécialement à partir de 1745, une période de tribulations, de songes allégoriques auxquels il déclara que lui-même ne comprenait pas grand-chose, souffrant de cette nuit de l’âme décrite par beaucoup de mystiques.

Il était alors pénétré par l’angoisse de son indignité et hanté par l’amour du Rédempteur. Disciplinant ses transports psychiques, il parvint à une plus claire intelligence de ses visions.

Ainsi, après le De culte et amore Dei, œuvre de transition, il ne publia plus, passé la soixantaine, que des ouvrages exclusivement théologiques où il s’applique à élucider le sens interne de la Bible en se référant souvent à ses révélations visionnaires. Ces ouvrages resteront néanmoins fortement empreints de ses anciennes réflexions scientifiques.

On a beaucoup parlé de ses facultés visionnaires et prophétiques qui aiguisèrent considérablement la curiosité de ses contemporains (1), et on ne saurait être surpris de ce que certains voulurent le taxer de démence malgré la bonhommie, l'urbanité, la courtoisie dont il fit preuve jusqu'à la fin de sa vie, ainsi que l'extrême intérêt que suscitait sa conversation.

Quoique généralement frugal et assez solitaire, il sortait volontiers dans le monde, ayant ce goût des sages pour la musique, les enfants, les jardins.

Il est impossible de relater brièvement son immense production théologique. La minutie et l'extrême détail de ses analyses du monde de l'au-delà ne peuvent se résumer. On y trouve parfois néanmoins certaines explications synthétiques saisissantes. Notamment, il reprend fréquemment en la développant la doctrine des correspondances. Il explique ainsi la parabole du cep et des sarments et compare les hiérarchies célestes à celles propres aux organes et fonctions du corps humain, précisant par ailleurs que tout dans la nature a un rapport avec l'homme : « La terre reçoit la semence dans son sein et la fait germer, le fond des océans nourrit les coraux et les métaux des mines nourrissent les fleurs, tout règne de la nature tend vers le règne immédiatement supérieur parce que dans toute forme naturelle il existe une image de l'homme. Il s'ensuit que tous les processus naturels doivent être considérés par analogie avec les processus humains. Toute tendance devient amour, toute union cosmique devient mariage... ».

La thèse de la chute qu'il assimile à la séparation des sexes et l'interprétation du récit biblique de la création sont aussi fort séduisantes. Il expose que la création n'est pas « une œuvre immédiate de Dieu, mais médiatement accomplie par l'intermédiaire du soleil spirituel qui n'est pas Dieu lui-même mais qui en émane, qui procède de sa Sagesse et de son Amour Divin. Ce soleil renferme des choses innombrables (indefinita) qui ultérieurement sous forme d'images prennent existence dans l'univers créé, et Swedenborg pense réaliser ainsi une transition entre l'unité absolue et la multiplicité des choses créées ».

Certaines de ses thèses furent par contre violemment controversées. Celle notamment relative aux mariages spirituels. Cette conception peut s'expliquer, comme certains l'ont fait remarquer, par l'influence sur ses écrits de sa vie privée quasi monacale.

Il ne nous semble pas néanmoins que l'authenticité de ses inspirations mystiques soit à rejeter, quoiqu'en ce domaine il faille évidemment être fort prudent dans ses appréciations. Si d'une façon générale on admet peu volontiers les extases des visionnaires, c'est qu'elles concernent des manifestations qui échappent à la plupart des mortels. Au reste il est permis de penser qu'il peut en être de la connaissance extatique comme de la connaissance intellectuelle. Toutes deux sont fonction du niveau de perception du sujet, de ses facultés réceptrices, de la relative exactitude de ses interprétations. L'âme reste un miroir déformant tant qu'elle n'est pas totalement soustraite aux servitudes du monde animal.

Nous nous plaisons donc à rendre hommage à Swedenborg qui eut cette dévorante passion de croire non pas en ignorant la science profane ou contre elle, mais en tenant compte de ses données, c'està-dire plus totalement, plus assurément, cherchant à rendre intelligible l'œuvre et la volonté de Dieu.

En cela il fut un précurseur. Ceux qui un siècle plus tard réprouvèrent hâtivement la religion au nom de la biologie sont par lui d'avance ramenés à leurs justes mérites.

En un temps où la matière elle-même déroute le chercheur, humilie l'esprit fort, lui montrant la précarité et l'inconstance de ses belles constructions; après qu'il ait été constaté que « les choses se passent parfois comme si la nature ne jouait pas toujours le même jeu », l'homme de Dieu est bien celui qui tient sa foi en si haute estime qu'il ne lui cache rien, pas même ce qui pourrait l'effrayer, car il sait que ce qui pourrait l'effrayer c'est finalement ce qui le confortera.

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Lumières nouvelles

Après le renouveau d’intérêt des maçons et historiens pour le Rite de Stricte Observance à la fin du vingtième siècle, après maintenant plus de 20 ans de recherches et de publications sur le Rite et sur l’ordre fondé par Charles de Hund, il semble finalement que nous ne soyons qu’à l’aube des connaissances sur le système de la Stricte Observance Templière.

Nous vous proposons ici différents articles pouvant intéresser les chercheurs sur l’histoire de la maçonnerie et plus particulièrement sur le système de la Stricte Observance Templière qui « peut être considéré comme l’une des principales matrices du Régime Ecossais Rectifié. »

Par delà la recherche historique, ces articles, rédigés par des spécialistes en la matière, montrent aussi à tous ceux qui, curieux des sources de la maçonnerie, s’intéressent aux contextes sociaux, politiques et des évènements majeurs du dix-huitième siècle, dans lesquels sont nées ces maçonneries rectifiées.

GPIO GLLR : Frontispice du Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XI° au XVI° siècles par M. Violet-le-Duc. Paris Bance Editeur, 1858
  • ➩ 1737 : A l'aube de la Franc-maçonnerie allemande, l'empreinte française.
  • ➩ 1752 : Les prémices de la création de la Stricte Observance : Le Chevalier du Marteau d'Or.
  • ➩ 1755 : Les prémices de la création de la Stricte Observance : Le Chevalier de la Colonne.
  • ➩ 1752 : Des rituels de la Stricte Observance de 1752 aux rituels « des Loges réunies » de 1772.
  • ➩ 1764 : La Stricte Observance en 1764 : Influences religieuses et civiles.
  • ➩ 1764 : La classe des Alchimistes au sein de la Stricte Observance.
  • ➩ 1764 : Pourquoi entrer en maçonnerie en 1764 ?
  • ➩ 1773 : Le convent de Berlin en 1773.
  • ➩ 1782 : L’acte de renonciation en 1782 lors du convent de Wilhemsbad.
A l'aube de la Franc-maçonnerie allemande
l'empreinte française.

Dans le cadre d’une étude des loges allemandes franc-maçonniques ayant pu travailler au rite de Stricte Observance, une première observation s’impose de suite. On est alors surpris de constater que nombre d’entre d’elles travaillent en langue française.

Ce fait n’a rien de surprenant car on s’aperçoit très vite qu’au XVIIIième siècle la langue européenne est le Français. C’est aussi bien la langue des artistes, des savants que celle des lettrés aussi bien à la cour de Berlin que dans beaucoup d’autres endroits.

La révocation de l’édit de Nantes fait les français hors de France et nombre d’entre eux se réfugient en Allemagne et y apportent la langue française. La langue française circule ainsi et elle est adoptée dans les cours européennes et surtout au siècle des Lumières.

Au 18ième chaque cour veut avoir son philosophe français : Voltaire à la cour de Frédéric II, Diderot à la cour de Russie. Le français qui est d’abord la langue de Paris, la langue du roi de France devient la langue de l’Europe, la langue de la conversation parce que ceux qui servent à la diffuser, ce sont les auteurs français, les idées qu’ils portent. Aucun homme d’état ne voudrait passer pour ignorer la langue de Corneille et de Diderot. Le français est alors, comme il est encore, l’instrument de précision par excellence de la pensée humaine.

C’est ainsi que l’on trouve parmi les francs-maçons allemands beaucoup de noms français et traces de cette influence de la langue française.

A titre anecdotique nous allons étudier quelques loges allemandes de l’époque, travaillant en langue française.

La loge « Absalom zu drei Nesseln » (Absalom aux trois orties) est crée à Hambourg le 6 février 1737. Son fondateur principal est le Frère Charles-Jacques-Louis Sarry, fonctionnaire de la monnaie royale sous le règne de Frédéric II qui nait à Berlin en 1716. Cette loge de langue française travaille ensuite au rite de Stricte Observance.

GPIO GLLR : Médalle de la Loge Absalom zu drei Nesseln
Médalle de la Loge Absalom zu drei Nesseln

La loge « Zu den drei goldenen Schwestern » à l’orient de Dresde qui a comme membre connu le comte Bellegarde et le secrétaire de l’ambassade de France M. d’Ecombes. Elle travaille également ensuite au rite de Stricte Observance.

Juste une petite mention particulière pour la loge de Bayreuth fondée par les membres de la Comédie française et de l’Opéra de Bayreuth « Uriotino ». Elle est au départ une loge irrégulière. Son fondateur est le nancéien Joseph Uriot. Mais le 21 janvier 1741, les membres de cette loge ayant pour nom « Loge du château de Bayreuth », dans un protocole écrit en français, élisent comme Vénérable Maître de Loge perpétuel le margrave Frédéric de Brandebourg Culenbach.

L’année 1740 voit la fondation de la loge « Aux Trois Globes » que l’empereur Frédéric II érige d’ailleurs en Grande Loge. Elle est également au départ de langue française. Elle a alors pour Premier Surveillant Paul Benezet et comme Deuxième Surveillant Jean Serre.

La loge « L’Union » (zur Einigkeit) à l’orient de Francfort sur le Main est aussi de langue française. Cette loge qui reçoit comme apprenti le baron de Hund ne travaille jamais au rite de Stricte Observance ni ne fait partie de l’Ordre du baron Von Hund.

Fondée en avril 1746, la loge « Aux Trois Ancres » à l’orient de Koenigsberg travaille en langue française et compte parmi ses membres un certain Guy, tenancier de son état du « café des francs-maçons » en la même ville.

Une loge fondée en 1758, la loge « Les enfants de Mars » à l’orient de Wesel se disant d’ailleurs sous l’influence de Charles Edouard Stuart, si on se réfère au timbre de la loge travaille également en langue française.

La loge « Saint Charles de l’indissoluble amitié » à l’Orient de Brunswick, nommée ainsi en l’honneur du duc régnant Charles est fondée en 1764 par un comédien français, le frère Lebœuf. Le protecteur de cette loge de langue française est Ferdinand de Brunswick qui est un maçon très bienveillant. D’ailleurs, pour clore ce propos comment ne pas résister à cette dernière anecdote : Ferdinand de Brunswick a également une loge travaillant en langue française « Charles à la concorde » fondée par le conseiller de cabinet Liebeherr.

Force est de constater que ces loges allemandes travaillent en langue française. S’il est de bon ton de parler en langue française dans les cours européennes il ne fait pas perdre de vue non plus les exilés suite à la révocation de l’édit de Nantes et les nombreux français prisonniers en Allemagne à cette époque qui fréquentent les loges maçonniques et nous pouvons citer comme exemple le frère Claude-Joseph Villebourg, capitaine d’infanterie qui est initié à Magdebourg le 4 mars 1758.

Les prémices de la création de la Stricte Observance
Le Chevalier du Marteau d'or

Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau, ou dans la suite Charles de Hund, prend la succession de Heinrich Wilhelm von Marschall von Thüringen à la tête de la VIIième Province de l’Ordre en Allemagne.

Il fonde alors rapidement le 24 juin 1751 la loge Aux Trois Colonnes sur ses terres à Kittlitz.

Et pour créer un rite templier allemand de Stricte Observance, s’opposant à la « Late Observance » de cette époque, il a pour première initiative de s’entourer de plusieurs maçons qui par la suite seront désignés, avec l’approbation de von Marschall, aux postes les plus élevés de sa nouvelle organisation.

Il fait par exemple appel à plusieurs membres de la loge Aux Trois Marteaux de la ville de Naumburg : Christian Wolf Schömberg, Conrad Jacob Schmid, son frère Ernst-Johann-Georg Schmid et Johann Wilhelm Mylius.

Conrad Jacob Schmid est l’un des fondateurs de cette loge constituée le 8 juillet 1749. Il en est alors Maître en Chaire quand Charles de Hund lui écrit en 1751. Il sont du même âge, Conrad Jacod est né le 16 décembre 1722 et meut le 6 décembre 1752 peu de temps après l’aide précieuse qu’il apporte à Charles de Hund dans la rédaction des premiers rituels et des premiers documents d’organisation de la Stricte Observance.

Nous vous présentons ici la lettre qu’il écrit à Charles de Hund le 26 octobre 1752 sur son avancé de ses travaux sur les rituels de Stricte Observance qui seront utilisés lors du convent l’Altenberg en 1764.

Dans cette lettre « Charles Chevalier de l’Epée » est donc Charles de Hund ; le « Chevalier du Lion rouge » est Christian Wolf Schömberg et Conrad Jacob Schmid signe lui de son nom de Chevalier : « Jacques Chevalier du Phénix ressuscité ». « G.M. » signifie Grand Maître et « le chiffre » désigne à cette époque et aujourd’hui encore une manière de coder, de crypter ou donc de chiffrer un texte. Par ailleurs Heinrich Wilhelm von Marschall von Thüringen est lui désigné sous le nom d’ordre en latin : Eques a Tabula designatoria, Chevalier de la Table à tracer ; Le mot « loge » est remplacé par le dessin d'un petit rectangle. Enfin, dans le « comput » de l’année de l’ordre la date du 26 d’octobre 439 peut effectivement correspondre au 26 octobre 1752 : L’année utilisée en 1752 de fondation de l’ordre est 1313.

Tous ces collaborateurs « très précieux » de Charles de Hund peuvent faire partis de plusieurs organisations où ils sont reçus et reconnus en tant que chevaliers. Ainsi, certains d’entre eux ont plusieurs noms de chevaliers suivant l’organisation qu’ils fréquentent. En tous cas, ils n’hésitent jamais à signer en langue française de leur nom de chevalier. On trouve aussi ces noms de chevalier écrit en latin dans les documents officiels des organisations fréquentées. Ainsi Conrad Jacob Schmid signe cette lettre par « Jacques Chevalier du Phénix ressuscité » mais est aussi connu comme « Chevalier au Marteau d’or » ou en latin « Eques à Malleo aureo ».

Après le décès de Conrad Jacob Schmid, la loge Aux Trois Marteaux de Naumburg s’affilie en 1755 à l’ordre créé par Charles de Hund.

GPIO GLLR : Lettre de Conrad Jacob Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 26 octobre 1752 GPIO GLLR : Lettre de Conrad Jacob Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 26 octobre 1752 GPIO GLLR : Lettre de Conrad Jacob Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 26 octobre 1752 GPIO GLLR : Lettre de Conrad Jacob Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 26 octobre 1752
Lettre de Conrad Jacob Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 26 octobre 1752.
Archives de Copenhague

Transcription :

Au Très Haut et Très Magnanime Charles Chevalier de l’Epée
Grand Maître Provincial, Maître Ecossais et Maître en Chaire de la juste et parfaite Loge aux trois Colonnes.
Respectueusement.

Très Magnanime Grand Maître, Très Vénérable Frère.

Si j’étais capable de vous peindre mon cœur entièrement pénétré de vos bontés, vous verriez plus clairement combien je suis dévoué à vos ordres. C’est par vous que je me vois avancé dans la Société des enfants de la lumières. Vous avez bien voulu m’arracher le bandeau qui me cachait les rayons de la gloire. Vous m’avez attaché à l’illustre ordre par des liens indissolubles, cela fait le bonheur de ma vie. Rien au monde flatte tant mon amour propre que la déférence que vous avez eu pour moi de m’ouvrir les portes intérieures du sanctuaire. J’espère, très magnanime G. M. de ne jamais détromper l’idée que vous avez conçu de mon zèle et application. Eternellement adonné à l’illustre ordre, je ne souhaite de respirer que pour lui être utile et exécuter aveuglement ses commandements.

J’ai commencé le travail dont je vous ai parlé. Il a mieux réussi que je n’osais espérer. Comme vous le savez qu’il est de la dernière conséquence, je n’ose pas même vous l’écrire en chiffre, sans votre permission. J’attends vos ordre à Naumbourg, si vous le trouvé bon, je vous communiquerai alors et ce que j’ai déjà achevé, et ce que je me suis encore proposé de faire. Je suis presque certain que le souverain architecte m’aidera à le finir heureusement. Le chiffre dont je me servirai est celui que j’emploie dans ma correspondance avec le Chevalier du Lion rouge.

En attendant la dessus vos ordre, je suis d’un cœur qui vous est entièrement dévoué. Très Magnanime G.M. Très Vénérable Frère. A Dresde Ce 26 d’octobre 439. [puis suit le texte d’une autre main, d’une autre plume et donc peut être d’une autre époque : « 1752 »] Votre très soumis et très fidèle frère. Jacques Chevalier du Phénix ressuscité.

Sources : Archives de Copenhague ; René le Forestier : La franc-maçonneire Templière et occultiste, Editions Arché Milano, 2003 ; André Kervella : Le Barron de Hund et la Strcite Observance Templière, Editions La Pierre philosophale, 2016 ; André Kervella : Hund en lumière, La Stricte Observance Templière décodée, Les Editions de la Tarente, 2020

Les prémices de la création de la Stricte Observance
Le Chevalier de la Colonne

Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau, ou dans la suite Charles de Hund prend la succession de Heinrich Wilhelm von Marschall von Thüringen à la tête de la VIIième Province de l’Ordre en Allemagne.

Il fonde alors rapidement le 24 juin 1751 la loge Aux Trois Colonnes sur ses terres à Kittlitz.

Et pour créer un rite templier allemand de Stricte Observance, s’opposant à la « Late Observance » de cette époque, il a pour première initiative de s’entourer de plusieurs maçons qui par la suite seront désignés, avec l’approbation de von Marschall, aux postes les plus élevés de sa nouvelle organisation.

Il fait par exemple appel à plusieurs membres de la loge Aux Trois Marteaux de la ville de Naumburg : Christian Wolf Schömberg, Conrad-Jacob Schmid, son frère Ernst-Johann-Georg Schmid et Johann Wilhelm Mylius.

Ernst-Johann-Georg Schmid est avec son frère Conrad-Jacob, rédacteur des premiers rituels de la Stricte Observance.

Nous vous présentons ici la lettre qu'il écrit à Charles de Hund le 17 octobre 1755.

Dans cette lettre le « Chevalier de l’Etoile » est Johann Wilhelm Mylius ; le « Chevalier du Scorpion » est [...] ; le « Chevalier du Cygne » est [...] ; et Ernst Johann Georg Schmid signe lui de son nom de Chevalier : « Georges Chevalier de la Colonne ». « V.G. » signifie Votre Grandeur ; « Chap » signifie Chapitre. Le mot « loge » est remplacé par le dessin d'un petit rectangle ; Dans le « comput » de l’année de l’ordre la date du 28 d’octobre 442 peut effectivement correspondre au 17 octobre 1755 : L’année utilisée en 1755 de fondation de l’ordre est 1313 et le décalage des 11 jours entre le 17 et le 28 est peut-être un résidu du passage du calendrier julien au calendrier grégorien.

Tous ces collaborateurs « très précieux » de Charles de Hund peuvent faire partis de plusieurs organisations où ils sont reçus et reconnus en tant que chevaliers. Ainsi, certains d’entre eux ont plusieurs noms de chevaliers suivant l’organisation qu’ils fréquentent. En tous cas, ils n’hésitent jamais à signer en langue française de leur nom de chevalier. On trouve aussi ces noms de chevalier écrit en latin dans les documents officiels des organisations fréquentées. Ainsi Ernst Johann Georg Schmid signe cette lettre par « Georges Chevalier de la Colonne » ou en latin « Eques à Colonna ».

Ernst Johann Georg Schmid, qui a la particularité d’avoir été reçu avec Karl Von Hund dans les Hauts grades, décède le 1 aout 1756.

GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755 GPIO GLLR : Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755
Lettre de Ernst-Johann-Georg Schmid à Carl Gotthelf, Freiherr von Hund und Alten-Grotkau du 17 octobre 1755.
Archives de Copenhague

Transcription :

Très Révérendissime Très Haut et très Magnanime Seigneur et frère.

Je supplie très humblement que votre grandeur me veuille pardonner que je n’ai pas plutôt répondu à la dernière que je réunis en réponse sur le différent entre moi et le Gr. Com. De Vathenau. Comme je souhaitai de vous faire part comment cette affaire seroit aplanie, je me crois obligé d’attendre jusqu’à ce que je puisse vous mander quelque chose de certain sur la réussite des moyens que V. G. a eu la grâce de me fournir. Je me suis donc, conséquemment à vos salutaires conseils, adressé au Chevalier de l’Etoile, pour faire usage de médiation dans une affaire où il peut beaucoup et si je ne me trompe pas, où il peut tout. Dans cette vue je n’épargnois rien pour le gagner. Flatterie, contestations, représentation du bien qu’il feroit à l’Ordre, tout y a été employé : ce qui a produit qu’il ne ma pas désisté de ses bons offices, par lesquels il a entièrement terminé ces fâcheux différents.

Le Commandeur de N…au a reconnu le tort qu’il avoit eu dans cette affaire et à promis de visiter les loges comme auparavant, demande sur laquelle j’étois le plus, considérant les suites que pouvoit avoir une résolution que ce Commandeur avoit prise dans la fougue de son premier dépit et qu’il avoit exécuté si malheureusement à l’installation de la nouvelle loge. Je suis donc pleinement satisfait de la façon, comme il s’est accommodé et je ne lui ferai jamais sentir en aucune manière, comme si je n’eusse pas oublié l’effet de son impétuosité. Je sais trop bien dénoter l’intérêt public avec celui de ma personne pour me prêter aisément à une démarche que le bien de l’ordre et celui de mon Chap. demandent mutuellement. Plut à Dieu que mes frères le sussent aussi ! Mais jusqu’ici je fais tous les jours d’épreuves par où je vois que cette façon d’agir est pour eux un chemin difficile où ils bronchent à chaque moment. Dans une lettre à la magnificence le Prieur je me suis étendu en long sur ce chapitre, et comme je ne doute pas qu’il l’aura montré à Votre Grandeur je me dispense de le répéter.

Il y a d’autres points dans la lettre de V.G. qui demandent de la réponse porteront le leur, pour vous fatiguer d’une lettre assez longue. Quelle obligation ne dois-je pas à V. G. des témoignages gracieux que je trouve à chaque page. Je n’y vois qu’un homme plein d’humanité qui parle en ami sur mes fautes, sur lesquelles il pouvoit me corriger en supérieur, et dont je me sens coupable. Je ne cède point à V. G. que je m’accuse moi-même de ne m’avoir pas toujours assez prêté à mes frères, qui en même temps se disent mes amis et sous ce titre font prétention à mon entière confiance. Aussi en m’accusant de cette faute, je me prends aussi la liberté d’assurer V. G. que ce n’a pas été par orgueil me pensant supérieur à eux, non plus par un mauvais usage de mon autorité. La force d’un naturel malheureux, qui m’entraine à la réserve a été la source d’une conduite que je reconnois pour équivoque et choquante. Le même penchant m’empêchant de gouter les charmes les plus doux de l’amitié.

Avec un grand fond de tendresse et de droiture je ne me livre jamais par cette réduisante faiblesse qui nous entraine vers nos amis, par cet invincible transport qui fait que nous déployions dans un sein dont nous connaissons la sureté. Si je fais donc des confidences c’est à propos délibéré et pour ainsi dire en forçant le naturel.

Vous pouvez bien croire que ce mouvement forcés se font aussi peu qu’il soit possible. Pour guérir d’un faible sur lequel je passe condamnation, il me faudroit un ami qui avec beaucoup de sentiments d’humanité, auroit éprouvé lui-même les passions aux quelles nous sommes sujets, à qui l’usage du monde auroit donné l’heureux don d’être un censeur aimable, qui dans la plus grande cordialité ne se dispense jamais de ces petits égards que la politesse et l’art de plaire nous prescrivent de temps en temps. En écrivant ceci, peu s’en faut que je ne craigne d’avoir l’apparence de faire un peu trop le délicat, sur une rencontre qui ne dépend guère de nous. Pourtant considérez, Seigneur, que de grands maux demandent des remèdes singuliers, et vous aurez la grâce de m’accorder que je n’ai pas tout à fait tord. Malheureusement je suis en liaison avec des gens qui font le contraste du modèle que je viens de peindre. L’un est un esprit sec qui ne connoit que des vérités bonnes pour être calculées, mai non pas pour être senties, qui prône des sentiments dont il a fait provision, par une lecture à laquelle il s’attache plutôt par vanité que par gout. L’autre est un esprit borné, brusque d’humeur ou d’éducation, le métier, et le genre de vie qu’il mène conspirent à étouffer tout ce que la nature lui a prêté de sentiments ; qui confine son excellence aux bornes étroites de son métier. Un autre est un esprit faible, qui n’a que peu ou plutôt point de sentiment que conformément à celui auquel il veut faire plaisir d’une manière servile, en quoi il fait consister un grand art de plaire. Jugez Votre Grandeur, si des gens tels que je les connois me guériront d’un défaut enraciné. Je n’accuse pourtant pas la fortune, comme une marâtre qui m’ait ôté tous les miens pour revenir de mon mal. Grace au ciel ! il y a encore pour moi des cœurs sur lesquels sur lesquels j’ai pris mon modèle, qui pourroient me faire revenir s’il n’y avoit plus qu’une sorte d’éloignement qui m’empêchoient d’en faire l’usage devisé.

Telle est la confession générale que j’ai du faire tant pour mon repos, que pour satisfaire à l’impression que vos réflexions sensées ont fait sur moi V. G. la pardonnera et fera grâce à mon entretien qui en parlant trop de moi, semble déroger au profond respect que je vous dois. Prenez le pour une marque que je ne suis pas ingrat aux sentiments que vous me portez. Pénétré d’eux je tâcherai de témoigner à Votre Grandeur ma vraie gratitude, en me conformant exactement aux règles qu’elle a eu la grâce de me donner. Faible copie d’un modèle au quel je ne saurois atteindre, je rédigerai en maximes un avis que l’excellence de votre cœur m’a cru nécessaire, tant pour le bien de l’ordre, que pour mon propre contentement.

e ne suis pas en état d’exprimer à V. G. la sensibilité, dont m’a saisi le zèle que le Chev. du Scrorpion à montré à l’ordre dans l’approche d’un terme où le masque tombe ordinairement et où des sentiments prêtés s’évanouissent.

La nouvelle m’a paru trop intéressante pour n’en pas faire part à mes frères qui ont été émus d’une façon signe de l’action. Ai-je tort V. G. si je vis que ce sont les restes d’une religion qui est plus faite pour notre système que celle que nous professons. Un catholique est né pour ainsi dire avec l’esprit de l’ordre : Dès l’enfance il reçoit des impressions de ce que signifie l’obédience dans le langage des ordres que la coutume et la religion lui fait envisager comme respectable ; enclin à différentes sortes de vœux, que sa foi lui dicte, il est prêt à observer toute obligation dont vous lui aurez démontré la sainteté. Ce son des sentiments auxquels le Chev. de l’Etoile ne se prête pas si aisément, qui est prévenu contre les Catholiques sans les connaitre, n’ayant pas eu l’occasion d’être parmi eux. Si je ne me trompe sa Magnificence les goutera non plus.

V. G. aura la bonté de me montrer s’il y a du tort dans cette opinion, afin que je puisse revenir d’une erreur, dont je ne me désisterai qu’après votre jugement. Je suis si hardi de joindre la lettre, que j’ai écrite par vos ordres au Chev. du Scorpion, pour lui faire tenir par vos mains. Je lui écris en latin, qui lui est le plus familier.

Le Chev. du Cygne (ou le [Capis. d’Elbée]) a été me voir il y a 8 jours en passant par ici à Paris, où il séjourna pendant l’hiver. Comme il n’a pas été à Dresde après sa sortie de Koenigstein il n’a parlé à aucun de nos frères. Il semble avoir encore la même estime pour notre ordre, que V. G. lui a elle-même remarqué l’hiver passé. Il m’a chargé de vous témoigner ses inviolables respects et de vous prier des recommandations pour lui à une loge frère. Pour cette raison il m’a laissé son adresse que j’enverrai à V. G. au premier commandement, si elle ne juge pas faisable de me charger de ses lettres.

Il y plus qu’un mois que j’ai écrit à V. G. avec une grande […] de Bayreut. Je suis dans une pénible inquiétude que cette lettre ne soit perdue.

Je suis avec le plus profond respect de Votre Grandeur.

De N…
Le très humble et très obéissant et très dévoué serviteur et frère George Chevalier de la Colonne.
Ce 28/17 d’octobre 442/1755

Sources : Archives de Copenhague ; René le Forestier : La franc-maçonneire Templière et occultiste, Editions Arché Milano, 2003 ; André Kervella : Le Barron de Hund et la Strcite Observance Templière, Editions La Pierre philosophale, 2016 ; André Kervella : Hund en lumière, La Stricte Observance Templière décodée, Les Editions de la Tarente, 2020

Des Rituels de la Stricte Observance de 1752
aux rituels « des Loges réunies » de 1772.

En préliminaire il ne faut jamais perdre de vue que le système templier maçonnique serait introduit dès 1730 en Allemagne dans une Loge d’Umwurden où serait initié un certain Kesser Von Sprengeisen, homme qui est l’auteur de l’ouvrage L’Anti Saint Nicaise. Ce Chapitre templier fonctionnerait de 1730 à 1740 en Haute Lusace.

En liminaire ne perdons pas de vue que, selon certains auteurs, les rites templiers viendraient de France mais que d’autres comme Meunier de Précourt leur confirme une origine allemande.

Mais en tout état de cause en 1749 : H.G. de Marshall introduit la maçonnerie templière dans la Loge de Naumburg, Von Hund fait de même à Kittlitz avec les rituels d’Umwurde.

Les premiers rituels de Stricte Observance sont écrits par le Chevalier du Phénix Ressuscité. Dans une lettre adressée à Von Hund datée du 26 octobre 1752 il évoque les rituels qu’il a terminé et qu’il désire lui présenter pour avoir son accord. Dans cette lettre il invite Von Hund à venir à Naumburg, Loge déjà citée précédemment.

De 1752 à 1754 : Von Hund avec l’aide du Chevalier à la Colonne, du Phénix Ressuscité, des Frères Schmidt et Von Tanner travaille à la création de rituels templiers propres à sa vision templière. Les rituels de 1752 ne sont guère modifiés, quelques changements mineurs seulement font ce qu’il est convenu de nommer Le rite de Stricte Observance Templière.

Lors du Convent d’Altenberg en 1764 on décide que désormais le système prend le nom de « Stricte Observance », nom inventé par Johnson mais approprié par Von Hund pour les uns. Pour d’autres, comme Le-Forestier, cette appellation serait déjà inventé par Von Hund lors de la création de la Loge de Kittlitz.

Les autres maçonneries prennent alors le nom de Late Observance, ou observance relâchée.

Les rituels crées par l’Eques a Colonna et l’Eques du Phénix Ressuscité sont adoptés, rituels des quatre premiers grades venant de France et remis à l’ordre du jour « continental ». Le grade de Novice est créé car il n’existe pas en Chevalerie équestre templière et le dernier grade de Chevalier du Temple est issu simplement des rituels des chevaliers teutoniques presque in extenso.

N’oublions pas de même, la preuve nous est donnée par les planches représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760, l’importance de l’alchimie car à Altenberg on propose de faire figurer les « travaux alchimiques » dans le programme de la Stricte Observance. Les dénommés Docteur Jaenish et Rosa pensent alors que le vrai but de la franc-maçonnerie est l’alchimie et que cela doit remplir les caisses de l’Ordre sans avoir recours à un plan économique. Le 1 Juin 1764 le Grand Chapitre va même jusqu’à envoyer à tous ses membres un Pro Memoria contenant la description de la transmutation des métaux et la préparation de différents fondants afin de remplir les caisses de l’Ordre. Au vu des résultats négatifs des travaux, en novembre 1765 cette idée est totalement abandonnée afin de se concentrer sur des travaux plus spirituels.

GPIO GLLR : Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760
Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760

Lors du convent de Kohlo en 1772 des changements importants s’opèrent au sein de la Stricte Observance de 1764.

Le nom de Stricte Observance est créé et utilisé par l’Ordre à compter du convent d’Altenberg. Ce nom est alors officiellement abandonné, bien qu’utilisé encore dans certaines Loges, sur le motif suivant : Parce qu’elle contredit la tolérance mutuelle et l’amour fraternel qui sont censés s’établir entre les Francs-maçons ; Il nous fallait abandonner cette appellation de Stricte Observance!

L’appellation de l’Ordre devient ainsi : « les Loges Ecossaises Réunies ».

Johan August Stark obtient que les rituels soient revus et remaniés sous le regard des Clercs du Temple. Ce sont les rituels d’Apprenti, Compagnon et de Maître qui sont ainsi remaniés, les rendant moins proches de la religion naturelle mais plus proches de l’église catholique (Jésuites). Les autres rituels de Maître-Ecossais, Novices et Chevalier du Temple ne sont point touchés. On créé la dignité de Chevalier Profès et le septième grade dit de la Seconde Profession.

La notion de Chevalerie est chère à Von Hund car les rituels proviennent des armements des Chevaliers teutoniques ou Porte-Glaive, d’où la question de la transmission templière. Pour mémoire rappelons que Carl von Hund tente de se rapprocher de l’Ordre de Sion en 1764, sans effet positif.

Le tapis de Loge des premiers et deuxième grade sont confondus et l’idée est quelque peu modifiée. Je vous invite à comparer les rituels de Lyon (1778) et ceux d’Altenberg. Vous y verrez des changements précis : le nombre de tour de Loge au moment de la réception, placement des flambeaux, etc.

Nous avons connaissance des modifications des trois premiers grades par les rituels que Von Weiler apporte à Lyon en 1774 et qu’il a transmet à Jean-Baptiste Willermoz.

Ces rituels déposés à Lyon sont écrits de la main de Jean-Auguste Starck. Ainsi lors du Convent de Lyon en 1778, Jean-Baptiste Willermoz utilise les rituels de l’Ordre des Loges Réunies de la « Stricte Observance » et il ne crée donc pas les premiers rituels du Rite Ecossais Rectifié à cette occasion. Ce n’est qu’n 1782 à Wilhemsbad qu’il présente des nouveaux rituels lors du convent.

Mais les rituels de l’Ordre ne sont plus modifiés.

Certaines Loges d'Allemagne adoptent le Rituel Ecossais Rectifié (L’union de Francfort et la Bienfaisance de Vienne.)

Mais les autres continuent de faire vivre le Rite de Stricte Observance de Kohlo. Ce rituel plus conforme à l’esprit des anglais cohabite longtemps avec le rite Anglais avant de disparaitre à Brême en 1806 selon les derniers documents découverts.

La Stricte Observance en 1764
Influences religieuses et civiles

Nous sommes en 1764 juste au début d’une nouvelle ère après la guerre de sept ans. La guerre de sept ans (1756-1763) est un conflit majeur, le premier à pouvoir être qualifié de « guerre mondiale. » Elle mêle de façon conséquente les grandes puissances de l'époque, regroupées dans deux ensembles d'alliances antagonistes, se déroule simultanément sur plusieurs continents et théâtres d'opérations, notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Inde.

Le système de la Stricte Observance naît le 24 juin 1751 avec la création par Carl Gotthelf von Hund, Eques ab Ense, d’une Loge à Kittlitz, suivie de celle d’un Chapitre. La guerre de sept ans en arrête le développement mais celui-ci reprend dès la fin des hostilités.

Dès 1751 l’Allemagne en guerre est alors « interpellée » par le « renouveau du piétisme » dont le symbole est la « secte des Frères Moraves » secte religieuse, secte condamnant la seigneurie et le servage, demandant l’égalité sociale et une justice sociale, demandant une application rigoureuse des évangiles, dispensant des discours sur l’homme comme : le chrétien doit vivre hors de ce monde, demeurant un hôte sur terre et un étranger ici-bas, pratiquer la tolérance et ne devant désespérer de personne. On peut légitimement penser que la maçonnerie des Illuminés de Bavière est dans le droit fil de ces idées.

Mais le piétisme est une façon de penser très proche du luthérianisme. Pour lui le refus du monde et de ses tentations est le signe d’une véritable recherche spirituelle. C’est ainsi que sont constituées des « collégia pietatis » où les chrétiens se réunissent souvent pour des lectures de dévotion et des échanges spirituels. De nombreux feudataires y sont associés et ont l’habitude de travailler sur la Bible et des échanges spirituels. Les Loges spiritualistes maçonniques ne font en Allemagne que poursuivre un chemin déjà tracé vers la spiritualité et la connaissance précise des textes de la Bible.

Ce piétisme nouveau se tient à mi-chemin entre « l’église des saints » et les mouvements religieux opposés à cette idée chez les « réformés ». Dans la mouvance catholique l’église montre de grands signes d’inquiétude. Au vu de ces différents mouvements l’église est inquiète et pense au schisme qui risque de se produire entre, et plus fortement, les chrétiens en Allemagne et ont même peur de disparaître.

C’est dans ce cadre que les francs-maçons allemands évolent avec des attitudes de tradition et d’Ordre, pensant que les vraies traditions peuvent permettre de surmonter ces incertitudes et leur désir de renouer avec une véritable tradition est grand. Pour eux la vraie tradition est « la science de l’homme » c’est-à-dire la connaissance de son origine et de sa destination.

Ainsi pour ces francs-maçons, la franc-maçonnerie vulgaire, c’est-à-dire sans hauteur spirituelle est une branche détachée et peut-être corrompue d’une tige ancienne et respectable. Alors, comment ne pas se tourner vers les modèles laissés par les templiers et leur organisation ?

Il est vrai que pour certains maçons de nos jours la notion de « christianisme primitif » est une manière de s’accommoder des prescriptions trop précises de certains rituels dits rectifiés et d’en faire une sorte de « machine de guerre antireligieuse ». Mais il n’en est point ainsi au XVIIIème siècle. Les francs-maçons de l’époque pensent donc que la spiritualité est ce qui permettait de réunir les maçons entre eux, au-delà des divergences théologiques des confessions chrétiennes. Le grand leitmotiv de ce christianisme primitif est résumé dans l’adage : Aime ton prochain comme toi-même.

Ce type de préoccupation est un courant de pensée allemand très ancien, illustré par les dénommés Spenser et Arnold. Pour les tenants de Spenser, issu du mouvement des collégia pietatis l’objectif est l’imitation des premiers chrétiens. Pour les tenants d’Arnold on aspirait à revenir à une église primitive comme moyen de régénération de la chrétienté. CE sont des partisans d’une église ressemblant à celle des premiers siècles de notre ère sans les choses temporelles et séculières déformant la spiritualité religieuse. Leur direction de pensée devient ainsi de plus en plus anticatholique.

L’attitude des maçons catholiques se rapproche très souvent de celle des protestants désirant que l’église revienne à son statut évangélique sans plus et ainsi pour eux il n’y a plus de risque de confusion entre le domaine religieux et le domaine initiatique. Cette idée fait naître deux courants :

Le premier est le refus de toute église ou d’une église non liée à des dogmes ou à des rites spéciaux désirant ainsi créer une sorte de « pépinière du sacré », libre de toutes influences. Le cœur du chrétien est la véritable église. Une autre attitude existante au sein de la maçonnerie allemande de l’époque n'est pas de refuser l’église mais plutôt de tendre vers sa régénération. Leur intériorité n’est pas une fin en soi-même, c’est une nourriture particulièrement adaptée pour une sorte de « traversée » du désert à laquelle succéde une « effusion de l’esprit ». Il doit donc y avoir un rapprochement des différentes formes de pensée chrétiennes, globalement on peut parler de « christianisme transcendant ». Cette notion apparait d’ailleurs déjà dans les discours de Ramsay : « Les vraies religions » forment un pan christianisme puisque la vérité est une et qu’elle vient de l’esprit de vérité ». Ce christianisme transcendent doit permettre une révélation par excellence, achevant et perfectionnant les traditions et les révélations. Cette façon de penser devient un mélange de pensée platonicienne, de philosophie hermétique et d’origénianisme, le tout souché sur une base chrétienne. Ainsi la franc-maçonnerie n’est pas une pierre d’achoppement ni une pierre de contradiction.

Il ne faut jamais perdre de vue que les plus anciennes traditions maçonniques sont chrétiennes, donc nous n’avons pas à nous justifier de pratiquer la maçonnerie d’origine et de ne pas participer aux tentatives de déchristianisation des rituels ou de la société. N’oublions pas non plus que nous reconnaissons le caractère universel du symbolisme constructif et le message qu’il véhicule. Certes nous possédons des règles mais celle-ci ne sont pas des principes d’exclusion mais bien un principe d’union avec le monde. L'Ordre n’a jamais eu comme but la restauration d’aucun culte et ses légendes historiques n’ont qu’un caractère symbolique et n’impliquent nullement l’attachement à un dogme tel qu’il soit. Et même si nous allons plus loin, la présence de la Bible dans les Loges n’est qu’un livre religieux mais qui contient l’ésotérisme ancien expliquant l’origine de la vue sur terre. Si nous poursuivons encore cette idée la portée des travaux spirituels dépasse la portée exotérique de leur contenu et nous n’abordons toujours que la partie spirituelle cachée dans la partie externe de nos travaux. Si nous regardons de près une partie du recès de Wilhemsbad nous trouvons cette citation : Nous avons résolu de déclarer comme nous déclarons et protestons que l’unique but de notre association est de rendre, ainsi que chacun de des membres recommandables et utile à l’humanité par l’amour et l’étude de la Vérité, par l’attachement très sincères à nos dogmes, devoirs et pratiques, ce dans le sens le plus étendue...

Le domaine initiatique est bien différent du domaine religieux et le fait d’appartenir à une « confession chrétienne » n’implique aucunement une confusion dans l'esprits entre le domaine initiatique et religieux. Nous suivons ainsi un principe universel de toute maçonnerie de tradition : L’appartenance à une confession chrétienne ne témoigne aucunement une confusion à titre personnel. Il s’agit d’un principe fondamental dans toute tradition régulière, qui veut que l’entrée sur une voie initiatique n’autorise personne à se soustraire aux règles de portée générale dénommées ailleurs exotérisme qui concernent tous ceux qui vivent à l’intérieur de la tradition considérée. (Jean Saulnier)

Si nous reprenons les propos de René Guenon sur ce point : L’exotérisme, bien loin d’être rejeté doit être transformé dans une mesure correspondante au degré atteint par l’initié puisque celui-ci devient de plus en plus apte à en comprendre les raisons profondes et, par la suite, ses formes doctrinales et ses rites prennent pour lui une signification beaucoup plus réellement importante que celle qu’ils peuvent avoir pour le « simple » exotériste. C’est pour cela que le caractère chrétien de la maçonnerie « dite rectifiée » correspond bien à la fonction traditionnelle et universelle de l’Ordre et se situe dans la régularité française définie en dernier lieu d’ailleurs en 1813. Cette idée se retrouve chez Jean Baylot : Crée dans l’attachement à la foi chrétienne, imposant à ses membres cette foi, recueillant leur serment sur les évangiles, la maçonnerie française à la fin du XVIIIème siècle était à l’opposé de l’athéisme, voire même du rationalisme.

En ce début d’un nouveau siècle que l’on espère « spirituel » aucune progression dans la voie d’une maçonnerie traditionnelle ne peut être envisagée sans une étude sérieuse des causes profondes du changement d’orientation d’une si large frange de la franc-maçonnerie française en ce qui concerne le caractère chrétien de l’Ordre.

Oui l’Ordre est chrétien comme le dit un rituel du rectifié et notre attachement à la religion chrétienne n’est pas de l’ordre des églises constituées, dogmes religieux, mais un attachement très fort aux valeurs véhiculées d’amour et de compassion. Pour nos anciens pères fondateurs les saintes écritures n’ont jamais contenu des dogmes, le Christ n’ayant d’ailleurs jamais laissé derrière lui un seul écrit personnel. Le but était bien d’exhorter tout chrétien à travailler sur lui-même, à renouveler l’alliance et à redécouvrir la Jérusalem céleste qui lui est intérieure avec comme finalité peut-être une réintégration, une réintégration dans l’état qui a précédé la chute de l’homme compensant alors la disparition des hiérarchies spirituelles, politiques et sociales de l’époque.

La maçonnerie « rectifiée » a subi ainsi de nombreuses influences dès le début du XVIIIème dans la rédaction des rituels d’où il ressort que l’idée de s’appuyer sur une trame templiere n’a pas d’autre sens que celui d’une quête de spiritualité intérieure au-delà des dogmes d’églises. La grande idée de cette maçonnerie traditionnelle est de rechercher Dieu et d’atteindre une certaine perfection morale et spirituelle. La recherche des fondateurs de trouver la spiritualité « divine » est très grande et il n’y a qu’à voir leur demande de rituels plus spirituels comme ceux des grades sacerdotaux de Gogunos ou Starck agrée au Convent de Kohlo de 1772 pour mieux s’en séparer d’ailleurs en 1776, jugeant ces rituels non conformes à une ascension personnelle de spiritualité et trop catholique. De ces nombreuses influences ne perdons pas de vue une des clés du piétisme qui permet de comprendre la valeur et la portée des rituels : Pour s’élever spirituellement il faut avoir connu une lutte intérieure comprenant une phase de désespoir pour mieux s’élever en ayant combattu nos propres démons. (voir nos rituels de réception). Il existerait ainsi en nous des entités intelligibles dont le contenu est totalement extérieur aux contingences de nos expériences dites sensibles, voire concrètes. Il faut alors entendre par « entités » les concepts, les idées, les nombres, la logique voire le conceptualisme.

Cette recherche de spiritualité est depuis toujours le moteur des promoteurs de la Stricte Observance. C'est une recherche permanente et l’on voit même une influence de Swedenborg apparaître fortement pour la naissance du septième grade de Stricte Observance. Le traité de la relation qui subsiste entre le spirituel et le matériel dans Du commerce de l’âme et du corps d’Emmanuel Swedenborg le montre fortement : cette théorie fait découvrir trois influences sur le commerce entre le corps et l’âme : l’influence physique soit le monde des apparences et des illusions des sens, l’influence spirituelle soit l’ordre et ses lois, et l’harmonie préétablie soit les illusions et les lueurs trompeuses de la raison, car l’esprit dans l’opération agit en même temps que le corps, en harmonie.

Les connaissances surnaturelles sont donc le but premier de leurs travaux et surtout de leurs espérances et ils pensent que rien ne peut empêcher l’homme de se mettre en communication avec le monde spirituel par des travaux spéculatifs et ainsi d’avoir une sorte de liaison avec les esprits. Faut-il continuer à déchirer en deux la tunique du Christ ? ou celle de saint Martin ?

La classe des Alchimistes
au sein de la Stricte Observance.

Cette classe des alchimistes porte également le nom de « classe des laborantins ».

En plus des sept degrés de la Stricte Observance un degré d'alchimiste est introduit pour les Frères qui souhaitent se consacrer au travail alchimique des ordres intérieurs. Ce degré reste caché des sept premiers grades de la Stricte Observance.

Ce document apparait dans la littérature consacrée à la Stricte Observance et il en existe des représentations picturales dans les archives consacrées à la Stricte Observance de Copenhague. On peut supposer son existence réelle, même si ce degré est probablement très insignifiant et à peine exploité.

Le travail « alchimique » semble donc se poursuivre dans les hauts grades mais en dehors d’un « cursus maçonnique » habituel. Ainsi dans les rangs de la Stricte Observance le travail alchimique se poursuit, mais sans qu'il soit intégré dans un certain degré de connaissance, voire même placée au-dessus du dernier degré de connaissance.

Au vu de cette représentation lors du travail en laboratoire alchimique les Frères portent un habit et un tablier et ils opèrent donc selon des instructions rituelles en tenue maçonnique. Dès 1754, les Frères de la Loge de Naumburg se réfèrent aux sources présumées de l'immense richesse des templiers à l'époque historique, ce qui pousse le chapitre provincial du 12 mars 1755 à édicter ce qu'on appelle les Règles de conduite des Frères qui veulent se consacrer au travail chimique - c'est-à-dire alchimique - dans l'intérêt de l'Ordre.

Dans le corps de ces règles de conduite, l'instruction, composée de neuf articles, consiste à créer une nouvelle classe au sein de l'Ordre, avec des privilèges sur les autres Frères. Toutefois, ils sont tenus de mettre toutes leurs connaissances exclusivement au service de l'Ordre. Les Frères intéressés sont soigneusement examinés et sélectionnés en fonction de leurs connaissances en chimie et en physique et on leur demande un engagement total dans leur travail. Ces techniciens de laboratoire travaillaient sans faire appel au mysticisme, mysticisme pratiqué jusqu'à présent par les adeptes de l'alchimie et surtout sans les influences des étoiles, sans la philosophie arithmétique ou même sans une prise de pouvoir spirituel au-delà du septième grade.

GPIO GLLR : Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760 GPIO GLRLR : Planche représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760
Planches représentant des tabliers « alchimiques » de la Stricte Observance en 1760

Au vu de la représentation des tabliers provenant des fonds d’archives maçonniques de Copenhague, au vu de leur présentation picturale, il semble que le tire de « Docteur en Chimie » indique un grade « pratique » de connaissances alchimiques et que ce travail de la pratique de l'alchimie dans les rangs des Frères de la Stricte Observance est considéré comme une forme intermédiaire se situant au-delà des grades symboliques.

Il est vrai que ce degré ne se trouve pas dans les archives de Copenhague en sa forme rituellique mais au vu des « représentations picturales » laissées et conservées on ne peut guère douter de son existence puisque les personnes représentées portent évidemment vêtements rituéliques comme le tablier et le chapeau haut.

Lors du Convent d’Altenberg de 1764 la Stricte Observance propose de faire figurer les « travaux alchimiques » dans le programme « officiel » de la vie de l’Ordre. Les dénommés Docteur Jaenish et Rosa pensent alors que le vrai but de la franc-maçonnerie est l’alchimie et que cela devrait remplir les caisses de l’Ordre sans avoir recours à un plan économique. Le 1 Juin 1764 le Grand Chapitre va même jusqu’à envoyer à tous ses membres un Pro Memoria contenant la description de la transmutation des métaux et la préparation de différents fondants afin de remplir les caisses de l’Ordre. Au vu des résultats négatifs des travaux, en novembre 1765 cette idée est totalement abandonnée afin de se concentrer sur des travaux plus spirituels lors de la pratique des sept premiers grades.

Pourquoi entrer en maçonnerie en 1764 ?

Pratiquer un rituel de 1764 en 2020 est-ce une gageure ? En 1764 la vie avait ses façons de fonctionner : travail, religion, vie sociale etc...Sommes-nous voués à n’être que des débuts de vérité comme disait René Char ou devons-nous chercher une vérité « plus élevée » ? La vérité est-elle de tous temps ou la Vérité n’existe-t-elle qu’au travers de toutes les vérités ? Pour le comprendre tentons de trouver ce qui faisait « le succès » des rituels maçonniques de l’époque dans leur pratique.

  • 1745 : Le sceau rompu :

    Le but du postulant est « l’Amour de la Vérité », il veut vaincre ses passions, soumettre sa volonté et faire de nouveaux progrès en Franc-maçonnerie », oui en ... Franc-maçonnerie. Etant dans les ténèbres ; il voulait Voir la lumière. Devenir maçon faisait de l’impétrant un « maçon de théorie » c’est-à-dire qu’il devait avoir une bonne morale, des mœurs épurés et se rendre agréable à tout le monde. On est loin de l’empathie actuelle, ou hypocrite voire égoïsme de notre époque. L’altruisme était bien alors une vertu à laquelle on aspirait. Les maçons recevaient la Lumière du MIDI avec l’instruction. Ils travaillent du lundi matin au samedi soir avec Zèle, Ferveur et liberté. Ils devaient de plus travailler dans le silence, le secret, la Prudence, la Charité entre frères et éviter la Calomnie et la médisance, deux états d’être qui n’existent plus chez certains maçons de nos jours. Mais les maçons de 1745 ne cherchent pas ce qui a été perdu soit la parole du maître, celle d’Hiram car elle a été retrouvée grâce à la maçonnerie.

  • 1747 : Les francs-maçons écrasés :

    A la question posée : Où allez-vous ? il était répondu : Au bien, au vrai et à l’utilité.
    Et à la question suivante : Qui le montre ? il était répondu : Une lumière qui ne s’éteint point, la Lumière du Grand Architecte.
    Et à la question : D’où vient l’aveuglement ? il était répondu : De la faiblesse, de la volonté et de l’ignorance.
    La lumière reçue en loge était alors de couleur argent, référence au fil d’argent de l’Apocalypse de Jean certainement. Le but du maçon était de servir les ouvriers dans un temple de la vérité. La définition du Maître en 1747 caractérise le « vouloir » de l’impétrant : Je vous tuerais et vous ressusciterais avec les armes de l’amour, l’apparence de la fureur et l’apparence de l’amour.

  • 1748 : Nouveau catéchisme des maçons :

    Dans le « nouveau catéchisme des maçons » de la franc-maçonnerie de 1748 nous trouvons des détails fort intéressants ou instructifs. La notion de Jakin est délivrée dès le premier grade, mot traduit alors par : Ma force est en Dieu . Le but d’entrer en maçonnerie était de vaincre ses passions, soumettre sa volonté et faire de nouveaux progrès en franc-maçonnerie. L’impétrant était reçu car il était dans les ténèbres et avait voulu voir la Lumière et la chercher. Cette recherche est faite dans le « giron » de Dieu, dans son concept religieux de Foi et de croyance. Il va désirer « répandre » la Lumière et chercher la parole perdue. C’est alors à la maçonnerie de lui donner « des grains à moudre » pour qu’il réalise son « vœu ». Le maçon de 1748 possède et doit posséder trois vertus pour avancer dans sa quête : Le zèle (la craie), la ferveur (le charbon) et la confiance (la terrine), vertus qui lui seront proposé dans le tableau qui sera porté devant ses yeux. Notons au passage l’apparition de la « terrine » qui est chère au Rite Ecossais Rectifié.

  • 1757 : Le maçon démasqué :

    Dans ce rituel est évoqué de façon claire les enfants du prétendant et le rétablissement des Stuarts sur le trône d’Angleterre. Ils y travaillent du lundi matin au samedi soir également avec Liberté, ferveur et confianc. Grâce à la « truelle » ils peuvent cacher leurs défauts pour chercher la Lumière avec la craie, le charbon et la terrine afin de répandue la Lumière.

  • Et en 1787 : Maçonnerie Adonhiramite :

    Dans les recueils de maçonnerie Adonhiramite de Guillemin de Saint Victor, au grade d’apprenti (1787) nous découvrons que le profane vient en maçonnerie pour vaincre ses passions, soumettre sa volonté et faire de nouveaux progrès par l’étude des sciences et la pratique des vertus. Ainsi science et vertus étaient alors reliées. Ils pensaient connaître la Lumière par l’ensemble de la connaissance des vertus. Ainsi ce qui dominait c’était l’exercice des vertus pour atteindre la Lumière. On arrive surtout à profiter des Lumières par le Zèle, le Travail et la Prudence, ce au premier grade. Ces trois vertus n’ont plus très cours de nos jours en 2020.
    Pour nos anciens de 1787 « la force est en Dieu ». Ils ne rejettent en aucun cas l’aspect déiste de leur rite et leur « croyance » en Dieu.
    Dans le grade suivant il est dit : recevoir vos ordres et profiter de vos lumières et se réunir pour être instruit dans l’art Royal en se livrant à l’étude des sciences. L’apprenti de ce temps-là comprenait rapidement qu’il n’était pas le centre du monde et qu’il devait respecter ses anciens qui eux pratiquaient l’étude des sciences. L’étude des sciences est bien le pivot de l’investissement en maçonnerie.
    Le Maitre, quant à lui devait tracer des plans qui devront servir d’exemple aux compagnons. Pour ce faire il fallait user de Zele, Ferveur et Constance. Voici deux nouvelles vertus dans leur parcours.
    Mais pour avancer il leur fallait « la clé » qui devait ouvrir les portes de la perfection et aller vers l’espérance de devenir « Parfait ».

Le maçon de 1764 ne devait être ni athée stupide ni libertin irrévérencieux. La franc-maçonnerie de l’époque ne se substituait pas à la religion que chacun professait librement car aucun maçon n’avait à abandonner sa propre religion. C’était le temps de la liberté, de l’acception de l’autre en ce qu’il était et de l’égalité parfaite en esprit entre les hommes.

Pour faire un petit inventaire des qualités maçonniques de l’époque pour faire « un vrai maçon » il devait mettre en pratique ces diverses « vertus » : Zele, Ferveur, liberté, silence, le secret, la Prudence, la Charité, l’amour du bien, du vrai et de l’utilité, la confiance, du travail avec de la constance. Tout cela devait se faire dans l’Amour, sans faiblesse, sans calomnie ou ignorance avec une véritable Volonté de s’élever.

La constante majeure de ces rituels est la Connaissance, la véritable Connaissance par la vertu du travail dans l’amour de l’autre et non le savoir être ou le paraître, C’est là semble-t-il le véritable but de l’homme pour progresser plus encore dans sa quête vers lui-même. Pratiquer des rituels toujours « intacts », sans « modification » n’est pas stupide car cette recherche de sens devient intemporelle et n’a pas de siècles. Tout change autour de nous, tout tourne autour de nous mais le centre est toujours le même, la Connaissance et l’Amour des vérités.

Le convent de Berlin en 1773

Les délégués de la Stricte Observance et des représentants et la Grande Loge d’Allemagne se réunissent du 14 au 19 octobre 1773 à Berlin à l’invitation du Duc Carl Von Mecklenburg-Strelitz, Eques a Applio Purpure.

Les représentants à ce convent sont pour la Stricte Observance le Prince Friedrich August de Brunswick qui en assure la présidence et le Prince Ludwig de Hesse et Von Zinnendorf qui représentent la Grande Loge d’Allemagne.

Pour les deux parties, l'objectif principal de ce Convent est l’idée d’une rédaction d'un traité d'alliance plus qu'une victoire morale de l'une des Obédiences sur l'autre, voire dans le but de soumettre l'autre.

La Stricte Observance souhaite également recevoir à nouveau des informations sur l’origine de la patente et sur la méthode d'enseignement de la Grande Loge d’Allemagne mais cette tentative échoue du fait des réponses évasives apportées par Von Zinnendorf et ce à plus de 30 questions.

Von Zinnendorf à la demande de ses pairs nie la régularité et aussi l’origine du système de Stricte Observance. Contre sa preuve argumentative que la Stricte Observance ne provient pas des Templiers, aucun argument approfondi n'est avancé par les représentants de la Stricte Observance et d'autre part Von Zinnendorf fait référence au fait que les vrais maçons appartiennent uniquement aux Loges qui seraient reconnues par l'Angleterre, mais qui ne s'appliqueraient qu'à la Grande Loge d’Allemagne mais pas à la Stricte Observance. Ces propos crée un grand émoi chez les membres de la Stricte Observance.

Toujours pour Zinnendorf même si dans les trois premiers degrés symboliques et le degré Ecossais, on peut encore discerner une identité presque complète entre le système de Stricte Observance et celui de la Grande Loge, dans les degrés supérieurs les différences sont si graves que toute réconciliation semble impossible.

Quand Von Zinnendorf dit clairement que la Grande Loge ne travaillerait pas sur l'Ordre du Temple, ce qui, selon l'usage linguistique de l'époque, signifie que la Grande Loge ne pratique pas l'alchimie, il est clair pour tous que la Grande Loge cultive une autre branche de l'occultisme, à savoir les différentes formes de la magie.

D'ailleurs, Von Zinnendorf ne donne que des réponses en forme d’énigmes incompréhensibles aux Frères de la Stricte Observance à travers des réponses totalement correctes, qui ne sont compréhensibles finalement que par les Frères de la Grande Loge. C’est ainsi qu’il arrive à éluder 30 questions posées par la Stricte Observance.

La Stricte Observance qui désire un rapprochement va demander que ces deux entités ne reconnaissent qu’un supérieur et patron commun aux deux systèmes. Mais le duc Ferdinand de Braunschweig, Grand Maître de la Grande Loge d’Allemagne rejette l’idée de Von Zinnendorf en disant qu’il a d’abord besoin de l'approbation de la Grande Loge de Londres pour prendre une décision.

Le convent se termine sans aucun résultat réel ni même la trace d'un rapprochement avec des accords dénués de sens, seul un statu quo est fait, combiné à un droit de visite limité des Frères des deux rites, mais s’ils devaient troubler la paix ils seraient punis. L’invitation de participer aux tenues de Loge est réciproque et les deux Grandes Loges doivent communiquer leurs invitations à tous.

Le bilan de ce convent est simple : la tentative de la Stricte Observance d'intégrer la Grande Loge dans son système échoue.

L’acte de renonciation en 1782
lors du convent de Wilhemsbad
1782, l’année du convent de Wilhemsbad, une date très importante dans la vie maçonnerie du XVIIIème siècle.

Ouvert dans le cadre de la Stricte Observance de nombreuses provinces sont représentées : la première, la deuxième, la troisième, la cinquième, la septième et la huitième province de l’Ordre de Stricte Observance. 34 déléguées sont présents. Mentionnons que 17 d'entre eux sont de foi catholique et 17 sont de foi protestantes ; 22 appartenaient à la noblesse et 12 à la bourgeoisie. Dans la représentation par « nationalité » notons la présence de 14 allemands, 9 français, 2 italiens, 2 suisses, 3 hongrois et 1 sanois.

Trois grands courants sont représentés :

  • Le pemier groupe dont le chef de file est Friedrich Schwartz représentent surtout les rationalistes du siècle des lumières, proches des « illuminés » qui demandent le retour à une maçonnerie symbolique chrétienne, une abolition de la légende templière.
  • Le deuxième groupe avec comme chefs de file principalement le baron Dietrich Von Ditfurth, Christian Bode, Adolphe de Knigge sont partisans du courant hermétiste-alchimique et veullent maintenir la tradition templière et son cérémoniel templier conservant toujours « en rêve » la reconstruction de l’Ordre du Temple templier. Ils sont aussi en relation assez étroite avec le système Rose-Croix.
  • Le troisième groupe dont Jean-Baptiste Willermoz est le chef de file représente un courant mystique, spiritualiste et martiniste. Il désire abandonner la référence à l’Ordre du Temple mais en conserver les formes rituéliques chevaleresques. Des « individualistes » rejoingnet également ce groupe avec plus particulièrement Joseph de Maistre et son Mémoire inédit au Duc de Brunswick.
De très nombreux débats ont eu lieu dont celui sur l’acte de renonciation.

C’est au cours de la huitième séance que l’on décide d’abandonner complètement la légende de la filiation à l'Ordre du Temple. On raye ainsi d’un trait les « discours » de Von Hund sur l’origine de l’Ordre et son parcours « maçonnique » et chevaleresques au sein de l’Ordre. On supprime également toutes mentions des supérieurs inconnus. Et par un acte solennel L’acte de renonciation ont écrit : déclarons et testifions que jamais, en aucun cas, nous voulons reconstituer un Ordre du Temple [...] et que nous ne prétendons aucunement à la succession de ses biens d’autrefois.

Si nous regardons de près les termes de cet acte de renonciation nous pouvons nous poser la question suivante : A quoi finalement a-t-on renoncé par cet acte ? Est-ce simplement au désir de restauration temporelle de la Stricte Observance ? En effet nous pouvons constater qu’il n’y a pas d’altération des rites chevaleresques de la Stricte Observance par le Rite Ecossais Rectifié.

Le Rite Ecossais Rectifié transmet bien ce que transmet la Stricte Observance c’est à dire une véritable influence spirituelle, cela permettant d’ailleurs au rite de Stricte Observance de continuer de « vivre » au cœur même du Rite Ecossais Rectifié. Les rituels du Rite Ecossais Rectifié, les instructions, les divers documents existants postérieurs à 1802 ne cessent jamais d’affirmer à l’usage de leurs membres le lien que possède le Régime Ecossais Rectifié avec les ordres chevaleresques en général et du Temple en particulier.

Suite à la question de Salzmann : Qu’est-ce que nous voulons être, ou plutôt qu’est-ce ce qu’il faut que nous soyons ? et la question de Jean-Baptiste Willermoz : Quel pourrait être le système par lequel les divers composants de l’Ordre peuvent être réunis sans danger et de la meilleure façon ?, les débats s’orientent en quelque sorte vers la création d’un nouvel ordre Mmçonnique. Le système « conçu » par Jean-Baptiste Willermoz dit système de Lyon est donc le dessus et oriente les débats vers un renouveau d’Ordre.

La légende templière est donc abolie avec une majorité de 17 voix ainsi que l’abolition de l’organisation structurelle de la Stricte Observance mais à l’unanimité une grande majorité veut tout de même maintenir la signification symbolique de l’Ordre du Temple et les formes chevaleresques. C'est donc une victoire du Duc Ferdinand de Brunswick et de Jean-Baptiste Willermoz.

La question du plan économique

La question du plan économique est également soulevée et il est décidé d’abandonner toute référence à ce plan économique de Von Hund. Von Hund veut-il vraiment récupérer les biens du Temple (immeubles et autres effets) pour son Ordre ? La réalité des études montre bien que ce n'est' pas le cas. Notons que le plan économique conçu par Von Hund aidé en cela par Schubart de Kleefeld eut un immense succès. C’est par des cotisations importantes et variées que selon Von Hund l’Ordre pourrait avoir un prestige et une présence comparable à celui de l’Ordre du Temple.

Les rituels des trois premiers grades sont écrits, la rédaction d’ailleurs confiée à Jean-Baptiste Willermoz pour l’écriture du grade de Maître-Ecossais, à Jean de Turckheim pour celui du grade de Novice et à Virieu pour le grade de Chevalier. Mentionnons que les rituels définitifs ne sont définitifs que vingt-six ans après ce congrès.

Le but principal de l’Ordre est la bienfaisance et le but de chaque franc-maçon doit être « la recherche du Grand Architecte de l’Univers, suivant finalement de façon très claire la formule de Saint Martin : A l’intérieur la recherche de Dieu, à l’extérieur la bienfaisance.

Quelles sont les conséquences de ce convent et de cet acte de renonciation ? Tout d’abord les décisions de ce convent sont tout à fait valables. Le système de Lyon, issu du convent des Gaules de 1778 s’est déjà fortement propagé dans la Stricte Observance en France et se montre comme le système qui remplaçe la légende templière de Von Hund mais, toujours dans chaque grade, une révélation secrète est apportée.

La grande question que nous pouvons nous poser pourrait être la suivante :

Les réformateurs de Wilhemsbad sont-ils trop intéressés par la continuité de la Stricte Observance sous une autre forme et trop peu par la spiritualité intrinsèque nouvelle qui se dégage ?

Jean-Baptiste Willermoz et les siens n’infusent-il pas dans le Rite Ecossais Rectifié, (deux fois rectifié !) les principes qu’enseigne un seul rite maçonnique vraiment construit avec des formes déjà très précises, c’est à dire celui la Stricte Observance, en y fixant le vrai but de l’homme et du maçon avec les voies qui y conduisent ? Et c’est dans la liberté que chaque maçon choisit sa voie en toute connaissance de cause.

Jean-Baptiste Willermoz ne defent-il pas en fait le système de Stricte Observance en l’englobant dans un autre système maçonnique qui à l’étudier de près lui ressemble plus qu’étrangement ?

A-t-on alors encore le droit de penser que « le soyeux de Lyon » est le fossoyeur de la Stricte Observance mais ne serait-il pas plutôt le « régénérateur » d’une Stricte Observance plus proche de son époque et de la « religiosité » qui participait à la philosophie de cette fin du XVIIIème siècle ?

Epervier, Pélican, Phénix, nouvelle signification d’une forme de l’ésotérisme de la Franc-maçonnerie et de sa finalité ?

Tableaux, bijoux et objets

Vous trouverez ci-dessous différents bijoux et objets du Rites Ecossais Rectifié R.E.R. et du Rite de Stricte Observance R.S.O.


➩ R.S.O. Portrait du dernier Maître de Loge :
Loge de Brème : Portrait du dernier Maître de Loge de Stricte Observance en Allemagne :

Loge de Brème : Portrait du dernier Maître de Loge de Stricte Observance en Allemagne
Loge de Brème : Portrait du dernier Maître de Loge de Stricte Observance en Allemagne

➩ R.S.O. 1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple :
1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
Croix de chevalier en cuivre doré (dix-huitième siècle) portant gravés à l’avers et au revers les lettres et dates I.B.M.B.A.D.N.I.C. signifiant : Iacobus (Jacobus) Burgundus Molay Bustus Anno Domini Nostra Iesu (jésus) Christi. Une croix templière clos ces initiales. Il s’agit bien de Jacques de Molay – nommé aussi le Bourguignon – brûlé l’année du Seigneur Jésus-Christ 1314 (Chiffres disposés à gauche, en haut, à droite et en bas du sceau de Salomon. La croix templière est sise en chef de cette croix. (Dimensions réelles : 50 mm de largeur et 60 mm de hauteur)
1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
1754 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
➩ R.S.O. 1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple :
1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
Adoptée au convent de Kohlo de 1772, elle provient d’un Chevalier du Temple qui résidait à Meiningen. En la comparant avec la croix de Chevalier du Temple de 1754 nous notons la disparition de la lettre N et de la croix templière en bout de phrase. Cette croix va se retrouver au centre de l'étoile à six branches. (Dimensions réelles : 50 mm de largeur et 60 mm de hauteur)
1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
1772 : La Croix du grade de Chevalier du Temple du rite de Stricte Observance
➩ R.E.R. Croix de l'Ordre des Chevaliers :
R.E.R. Croix de l'Ordre des Chevaliers
GPIO GLLR : Croix des Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte
Croix des Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte

➩ R.E.R. Tablier de Maître
Tablier de Maître du Rite Ecossais Rectifié
Il est blanc et rectangulaire bordé de bleu, à la bavette blanche triangulaire rabattue elle aussi bordée de bleu et comportant cousues trois cocardes bleues boutonnées de bleue formant un triangle équilatéral point en haut.
Tablier de Maître du Rite Ecossais Rectifié
➩ R.E.R. Tablier de Maître de Loge
Tablier de Maître de Loge du Rite Ecossais Rectifié
Il est blanc rectangulaire bordé de bleu, à la bavette blanche triangulaire rabattue elle aussi bordée de bleu et comportant cousus trois « Tau » inversés bleus bordés d’or formant un triangle équilatéral point en haut.
Tablier de Maître de Loge du Rite Ecossais Rectifié
➩ R.S.O. Tablier de Maître
Tablier de Maître du Rite de Stricte Observance
Il est blanc arrondi bordé de bleu, à la bavette blanche arrondie rabattue elle aussi bordée de bleu.
GPIO GLLR : Tablier de Maître du Rite de Stricte Observance
Tablier de Maître du Rite de Stricte Observance
➩ R.S.O. Tablier de Maître de Loge
Tablier de Maître de Loge du Rite de Stricte Observance
Il est blanc arrondi bordé de bleu, à la bavette blanche arrondie rabattue elle aussi bordée de bleu et comportant cousus trois « Tau » inversés bleus bordés d’or formant un triangle équilatéral point en haut.
GPIO GLLR : Tablier de Maître de Loge du Rite de Stricte Observance
Tablier de Maître de Loge du Rite de Stricte Observance
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Comment tracer la croix de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte

La croix rectifiée se trace en partant d'un carré.

Commencer donc par tracer un carré de préférence de 27 unités de côté, les manteaux des chevaliers portant une croix de 27 cm sur leur épaule gauche.

Puis tracer un second carré inscrit dans le premier, les sommets du second carré sont aux milieux des côtés du premier.

Pointant le compas en ces 4 sommets du second carré, tracer 4 arcs de cercle de rayon le demi côté du premier carré. Ils coupent le second carré en 8 points : le premier arc de cercle.

Le second arc de cercle.

Le troisième arc de cercle.

Le quatrième arc de cercle.

Les deux premiers points d'intersection.

Puis les deux suivants.

Puis les deux suivants.

Et les deux derniers...

... qui font 8 points d'intersection et 12 avec les quatres sommets.

Puis tracer 4 paires de droites : La première paire.

La seconde paire.

La troisième paire.

La quatrième paire...

...qui font 4 paires de droites qui donnent les quatre branches de la croix.

Supprimons les points de construction inutiles.

Et gardons ceux qui donnent l'envergure de la croix : ceux des branches.

Et les quatre points du carré du centre.

Ainsi la croix apparait.

La croix terminée...

La croix des Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte

Origine, sens et finalité
du Régime Ecossais Rectifié
Jean-Marc Vivenza
Bordeaux, le 25 mai 2019

Merci pour cette présentation. Bonjour à vous tous et tout d’abord heureux de me retrouver parmi vous afin de traiter d’un sujet vaste puisqu’il s’agit de celui touchant à la Franc-maçonnerie et plus particulièrement aujourd’hui à la Franc-maçonnerie dite du Régime Ecossais Rectifié.

On verra ce qui spécifie ce Régime Ecossais Rectifié, dont le nom « Régime » pourrait d’ailleurs prêter à confusion. Je vous assure qu’il n’y a pas d’obligation diététique, quoique dans certaines sphères périphériques qui ont servi de sources à ce Régime Ecossais Rectifié il y ait des interdits alimentaires. Si vous voulez on pourra explorer tout à l’heure quelles sont leurs natures et pour quelles raisons existent-ils.

Un sujet touchant à la Franc-maçonnerie dite du Régime Ecossais Rectifié

[…]

C’est d’ailleurs plus facile de parler de manière directe sur un sujet qui relève de mystères complexes et surtout de nombreux à priori, imaginaires la plupart du temps, de fantasmes, conceptions assez délirantes, où l’on pense que dans des cénacles peut éclairés, on se livre à des activités qui nécessitent la clandestinité et le secret le plus absolu.

Il y a bien un secret maçonnique

Alors, sur ce secret en effet, l’opinion publique a raison, il y a bien un secret maçonnique. Pour différents motifs - dont on verra tout à l’heure qu’ils ne sont pas infondés puisque touchant à des éléments que l’on n’a pas l’habitude de trouver en général, soit dans les livres mis à disposition dans les bibliothèques, soit dans ce qui est couramment classique d’entendre au titre de connaissance - il y a là des domaines qui relèvent d’approches originales, spécifiques, qui ne participent pas de ce dont on a l’habitude de connaitre et de voir.

Ne nous laissons pas troubler par les techniciens, il faut toujours laisser de ce point de vue à la matière son domaine d’excellence et rester en demeurant concentré sur les domaines de l’esprit. Alors accrochez-vous car nous allons voguer par ce vaisseau précisément vers ces domaines.

En Europe, à la croisée des courants dits illuministes

A une période qui nous ramène à deux siècles et demi en arrière, c'est-à-dire au moment où en Europe, à la croisée des courants dits illuministes - dont les sources vont chercher à la Renaissance italienne avec les Cabalistes de la Renaissance, ainsi que les frères de la Rose-Croix dans le Nord de l’Europe, à la conjonction des courants de la mystique spéculative, avec des tendances issues de la Mystique Rhénane, issues de la Dévotio Moderna en Italie, de la Mystique du siècle d’or en Espagne, avec les Alhambrados illuminés, qui se livraient à la prière de manière enthousiasme et enflammée avec une ferveur extraordinaire et qui faisaient d’ailleurs de cette prière l’objet même de leur cheminement spirituel - vont émergés au tout début du XVIIIème siècle et à la fin du XVIIème siècle des structures qui étaient d’abords consacrées à la connaissance de l’art du trait, du métier qui relèvent de l’édification d’édifices exclusivement religieux, en se refusant la construction de quelque édifice d’ordre militaire.

Des individus nos membres des corporations

Dans ces structures compagnonniques vont être acceptés des individus non membres des corporations et surtout qui n’étaient pas des compagnons bâtisseurs et qui apportent avec eux, outre un autre rapport au monde, des connaissances qui précisément relèvent d’une compréhension approfondie du symbolisme avec lequel les bâtisseurs édifiaient les cathédrales, monastères, cloitres etc… abbayes.

Une possibilité de pouvoir s’adresser à la transcendance, en commun

Et tout à coup la jonction de ces éléments différents voit surgir une sorte de possibilité, celle d’accéder, par delà les institutions classiques et en particulier les institutions religieuses - ce qui va nous expliquer et qui explique la raison des interdits très précoces qui vont frapper la Franc-maçonnerie de la part de l’église - d’une possibilité de pouvoir s’adresser à la transcendance, en commun, sous une forme vernaculaire, c'est-à-dire en parlant la langue du pays, et surtout en réunissant – on était pas loin encore des guerres de religions – des membres de l’église catholique et de la réforme protestante, avec ses différentes branches : calviniste, luthérienne, épiscopalienne etc…

Sans présence de membre de l’église

Et pour couronner le tout, ces contacts avec la puissance transcendante, que l’on désigne sous le nom de Grand Architecte de l’Univers, se fait la plupart du temps, par toujours mais le plus souvent, sans présence de membre de l’église. Imaginez, il faut imaginer qu’à cette époque, il était fait interdiction pour les catholiques, d’accéder aux textes de l’Ecriture Sacrée, sans la présence d’un membre du magistère. Et que d’autre part, la lecture de ce livre, ne pouvait se faire que dans un cadre bien particulier.

Là tout à coup, on accède à ces textes et d’autre part on invite ceux qui participent de ces réunions à invoquer ce Grand Architecte de l’Univers, ensemble, directement sans passer par les sacrements.

Premier moment d’effroi de crainte, de suspicion de l’autorité religieuse mais aussi de l’autorité politique qui se dit : « Mais comment alors ces individus se réunissent indépendamment de l’autorité de l’église, indépendamment de l’autorité politique et prétendent détenir des connaissances sur la manière de s’adresser à Dieu. »

La nature de Dieu

Et ce qui va renforcer qui plus est la suspicion, c’est lorsque ces connaissances ne vont pas porter uniquement sur le contact avec l’être divin mais sur sa nature, sur la nature de Dieu, sur la nature de l’histoire divine, de l’origine des temps, de l’origine de l’histoire de l’Homme, de l’humanité, des civilisations.

Il faut se replacer dans la situation de l’époque. Des propositions de cette nature ne peuvent naturellement que susciter la plus grande défiance.

Je ne reviens pas sur l’ensemble des condamnations, la première comme vous le savez venant de Clément XII en 1738 par la bulle « In emenenti apostolatus specula » etc… dans laquelle il est dit :

si ces hommes faisaient le bien, pour quelle raisons craignent-ils a ce point la lumière.

Sous entendu pourquoi se réunissent-ils de manière cachée et clandestine. Il est intéressant pour nous, à ce moment de la présentation, de bien comprendre au fond, quelle peut-être la nature de l’étonnement de quelqu’un qui est accepté dans cette structure pour y vivre ce que l’on appelle une initiation, un cheminement initiatique.

Joseph de Maistre

Ce cheminement initiatique va commencer en découvrant pour celui qui est - selon le jargon maçonnique - reçu, à l’ensemble de symboles de signes de manière de faire de manière d’être, qui ne peuvent que le surprendre. Et d’ailleurs, Joseph de Maistre dans le mémoire au duc de Brunswick écrit ceci :

Il n’existe peut-être pas de maçon, un peu capable de réflexion, qui ne se soit demandé une heure après sa réception, quelle est l’origine de tout ce que je vois. D’où viennent ces cérémonies étranges, cet appareil, ces grands mots ? Mais après avoir vécu quelques temps dans l’ordre on fait d’autres questions » dit toujours Joseph de Maistre « Quelle est l’origine de ces mystères qui ne couvre rien de ces représentations et même de ces hommes qui s’assemblent depuis peut-être plusieurs générations jusqu’à porter la main droite à l’épaule gauche et la ramener vers la droite avant de se mettre à table ? Ne peut-on pas manger et boire sans parler d’Hiram, du Temple de Salomon et de l’étoile flamboyante ?

C’est une question qu’il pose dans un texte destiné au duc de Brunswick en 1782, qui avait demandé à l’ensemble des loges :

Quelle est l’origine de l’ordre, ses sources et ses buts ?

Vous voyez que de ce point de vue, les organisateurs de la conférence sont semblables au duc de Brunswick puisque finalement ils ont proposé une thématique parfaitement identique. Joseph de Maistre nous donne une piste parce qu’il dit :

La science de l’Homme par excellence

Tout annonce que la Franc-maçonnerie vulgaire est peut-être une branche détachée d’une tige ancienne et respectable, plus ou moins corrompue, dont le but n’est que la science de l’Homme par excellence.

La Franc-maçonnerie, selon Joseph de Maistre, qui à cette époque a rejoint le nouveau système édifié par Jean-Baptiste Willermoz en 1778 lors du convent des Gaulles à Lyon, pose la question en se gardant d’y répondre immédiatement :

Est-ce qu’au fond, la maçonnerie ne serait-elle pas une branche d’un ordre plus ancien qu’elle, c'est-à-dire la Franc-maçonnerie ; une branche qui aurait des rameaux corrompus et d’autres qui le seraient moins ; ceux qui ne sont pas corrompus étant issus de la vrai tradition, et ceux qui sont corrompus étant issus d’une tradition moins pure moins authentique d’une certaine manière ?

Jean-Baptiste Willermoz

Jean-Baptiste Willermoz, qu’on va situer tout de même rapidement pour que tout le monde puisse suivre, qui est un lyonnais, qui est né en 1730, une famille de soyeux lyonnais, sur les pentes de la Croix-Rousse, va se passionner très vite pour la Franc-maçonnerie puisqu’il est reçu à 20 ans en 1750 en tant que membre d’une loge de Lyon et où deux ans après seulement, mais sans doute après avoir quelques dons, il devient le Vénérable Maître.

Le Vénérable Maître c’est celui qui dirige l’atelier qui dirige les travaux avec - non pas un micro - un maillet, un maillet qui fait écho aux bâtisseurs qui édifiaient les édifices sacrés ; qui permettait de rendre cubiques les pierres pour qu’elles puissent s’intégrer à l’édifice, c'est-à-dire en gommer les aspérités, la rendre suffisamment aplanie pour qu’elle puisse s’intégrer dans le temple et participer à la construction de l’édifice sacré.

Jean-Baptiste Willermoz a un parcours tout à fait extraordinaire parce qu'il est avide et curieux de tout ce qui circule comme grades - et il y a une foule de grades qui circulent à cette période en Europe autour de la Franc-maçonnerie - et commence à s’intéresser à des hauts grades de nature hermétique où l’on cherche la pierre philosophale, et puis très vite déçu, semble considérer, alors même qu’il a une conviction profonde qui est celle-ci :

Depuis mon arrivée dans l’ordre, j’ai toujours pensé qu’il y avait là quelques mystères sublimes qui dépassaient les connaissances habituelles que l’on peut avoir dans le monde.

Mais pour l’instant, il ne les avait pas rencontré bien que accédant à des dizaines et des dizaines de grades. On dit qu’il en avait accumulé plus de quarante.

Alors, je vous rassure, quand on dit recevoir des grades au XVIIIème siècle, c’était recevoir par voie postale des textes dont on prenait lecture et qui permettaient de dire : « Ah ! J’ai reçu tel grade. » Je vous dirais que dans certains domaines, ça reste encore d’actualité, mais je ne vous garantis pas le caractère de validité de telle transmission. Enfin je ne rentre pas dans les détails, c’est un autre sujet.

Un jour d’avril 1767

Quoi qu’il en soit, à cette période de son existence, il semble désabusé et un jour d’avril 1767, - bon vous voyez, il a déjà 37 ans - il se rend à l’orient de Versailles ; on lui a dit : « Là bas vient de s’installer un ordre tout à fait particulier, dirigé par un personnage absolument incroyable, qui semble détenir des connaissances hors normes. » Alors Jean-Baptiste Willermoz en bon lyonnais se dit : « Bon, on ne va quand même pas me raconter midi à quatorze heures, je demande à voir. » et il a même failli ne pas y aller, par ce qu’il reste très dubitatif. C’est son frère qui lui dit : « Mais enfin monsieur allez-y, ainsi que Bacon de la Chevalerie, je vous assure qu’il y a là quelque chose de relativement extraordinaire. »

Martinès de Pasqually et l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers

Et il se présente un soir d’avril 1767 à la porte de ce temple à l’orient de Versailles. Il frappe, et là la porte s’ouvre et qui lui ouvre la porte ? Martinès de Pasqually ! en personne ! et qui a procéder aux cérémonies qui vont lui faire découvrir les mystères d’un ordre tout à fait nouveau dont personne n’a encore entendu parler ; c’est le même Martinès de Pasqually. Quel est cet ordre ? L’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers.

Chevalier ; Maçon ; Elus ; Coëns ; d’où ? de l’Univers ?! : Des extraterrestres, presque. Des extraterrestres en tout cas pour la Franc-maçonnerie de l’époque. Pour quelles raisons ? C’est que ce que propose Martinès de Pasqually dans cet ordre relève d’une démarche - le mot Coëns met sur la piste – de nature sacerdotale. On n’est plus là dans des connaissances géométriques, mathématiques, symboliques, historiques ou autres, on est dans des connaissances de nature sacerdotale.

- Qui portent sur quoi ?
- Qui portent sur la célébration d’un culte.
- Une célébration d’un culte ?
- Oui.
- Et quel culte ?
- Le culte primitif qu’Adam avait à célébrer en Eden pour sa réconciliation auprès de l’Eternel.

Adam avait un culte à célébrer en Eden ?

C’est là où il faut bien suivre, Adam avait un culte à célébrer en Eden ? Oui, auprès de Dieu. Ce culte était de nature cosmique, c'est-à-dire qu’il intégrait tous les différents règnes de la création.

Pour quelle raison ? Et bien mes chers amis, en raison de ce que nous dit la Sainte Ecriture : C’est que à un moment de l’histoire divine, une partie des esprits célestes se sont révoltés ; se sont révoltés pour motif simple qui est celui de contester au créateur son pouvoir, en voulant se faire l’égal du créateur, en aspirant à devenir eux-mêmes ce qu’ils n’étaient que pas délégation. C'est-à-dire que sur plan ontologique - ce qui signifie sur le plan de leur être - ils n’étaient ce qu’ils étaient qu’en raison de ce qu’ils avaient reçu antérieurement comme nous tous : nous sommes ce que nous sommes, car pour venir à l’être, il a fallu des parents, qui nous ont porté à l’existence, qui eux-mêmes ont été portés à l’existence par ceux qui les ont précédé, etc…

Dieu

Et comme on ne peut pas remonter la chaine éternellement, il fait bien qu’à un moment il y ait un être qui lui n’ait pas reçu l’être mais qui soit l’être en tant que tel, c'est-à-dire l’être en tant qu’être comme dit Aristote. Cet être en tant qu’être c’est ce que les religions appellent Dieu : « le premier être, l’être premier, le Grand Architecte de l’Univers, le Créateur. »

Une situation de rupture à l’intérieur de l’immensité divine

Le problème c’est que ces esprits ces anges tels que l’expose la Sainte Ecriture, en voulant se faire identiques au Créateur, s’en sont fait la caricature et ont créé une situation de rupture à l’intérieur de l’immensité divine. Cette rupture est l’origine du mal ; elle explique la situation délicate dans laquelle nous nous trouvons ; elle explique le caractère fragile impermanent, et ayant une tendance à la dégradation du monde dans lequel nous vivons.

Alors que tout en nous aspire à l’éternité, à l’infini, à la lumière, nous vivons dans le ruisseau, non pas par la faute à Rousseau, mais parce que dans l’histoire, qui relève de l’histoire divine, la perfection dans laquelle se trouvait la création, à l’origine, a chuté. Là on entend un mot important « la chute », la chute originelle, le péché originel, peu importe le non qu’on lui donne. En tout cas cette rupture cette division est venue interrompre et marquer une frontière terrible, un avant et un après : un avant qui est un état irénique de bonheur de paix général, d’harmonie cosmique à un état de division ; mais d’une division virulente, une division combative qui cherche à non seulement ravir au créateur son pouvoir mais également à lui contester le créateur et au fond le faire disparaitre.

Et ce brave Adam, créé - Martinès de Pasqually dit « émané », émané parce que selon la conception martinésienne, les âmes sont issues de substances à substances de manière directe avec Dieu et de ce point de vue là possèdent des qualités qui sont à l’intérieur de la nature divine mais amoindries affaiblies ; des qualités qui exigent d’être purifié en nous mais qui néanmoins ont une base saine, ont une base authentique -.

Mission de réparer cette première catastrophe divine

A un moment de l’histoire, de l’histoire divine, le Créateur décide d’émaner un esprit, c'est-à-dire un ange, qui aura pour mission de réparer cette première catastrophe divine. Et cet esprit, ce « mineur spirituel » comme l’appelle Martinès de Pasqually c’est l’Homme qui est le député de l’Eternel afin de ramener tout ce qui est divisé à l’intérieur de l’unité divine. C’est donc une œuvre de réunification, de réparation et de reconstitution de l’harmonie détruite, qui incombe à Adam. Ce qui signifie une grande confiance en lui de la part de l’Eternel.

Or cette confiance, hélas va être trahie, comme vous le savez, puisque Adam au lieu de participer à cette œuvre de réunion, de réparation, va écouter les sirènes de l’ennemi du Créateur, et se mettre lui également à vouloir créer à son tour, en générant une forme de matière dans laquelle d’ailleurs nous nous trouvons placé les uns et les autres, en tout cas selon la conception de Martinès de Pasqually.

Une opération de réconciliation par des rites

Et pour retrouver son lien avec Dieu, l’homme a à engager ici bas une opération de réconciliation par des rites qui participent du culte primitif d’Adam, avec les éléments cosmiques de l’origine, c'est-à-dire en travaillant avec les puissances angéliques d’où le nom de « théurgie ». Et on fait appel à ces esprits par des noms spécifiques, possédant des puissances spécifiques, afin d’accomplir ce culte primitif, cette œuvre de réconciliation.

Willermoz se retrouve dans cette atmosphère, avec des dizaines de bougies au sol, des noms tracés, des habits incroyables portés par Martinès et ceux qui sont autour de lui, nous sommes à Versailles à quelques pas du château et il se dit :

Mais c’est extraordinaire ! Je n’ai jamais vu ça.

On est très loin des chevaliers d’opérette, des décors aussi somptueux soient-ils du point de vue des sautoirs et des tabliers, là on est face à des hommes qui portent des robes, qui élèvent les mains au ciel comme le Grand Prêtre dans le Temple de Jérusalem, qui font bruler des encens, qui prononcent des noms inconnus, dans un environnement rempli de symboles étranges, de branches de tel ou tel arbre dont venant de telle ou de telle origine, des flammes qui montent vers le ciel, qui ne sont pas simplement des petites flammes symboliques, et là il voit le Grand Souverain pratiquer devant lui les premiers moments du culte de réconciliation, de ce culte primitif.

Et Willermoz se dit : « Mais c’est prodigieux, c’est absolument prodigieux, jamais je n’aurais pensé qu’il puisse y avoir de tels domaines présents à l’intérieur de la Franc-maçonnerie. » Il est bouleversé. A l’issue de la cérémonie il tombe dans les bras de son initiateur Martinès de Pasqually qui lui dit :

Monsieur ne me remerciez-pas, c’est moi qui vous remercie car vous m’avez donné la possibilité d’avoir la confirmation que l’Eternel me gratifie de nouveau de sa grâce et de sa bonté car j’ai eu des signes sensibles pendant cette réception de la bonté du Créateur à mon égard.

J’ai trouvé la source dont j’ai besoin pour m’abreuver

Willermoz est transformé. Notre lyonnais, bon catholique qui s’essayait un peu à quelques sciences parallèles mais de manière, je dirais, en amateur, là tout à coup se dit :

J’ai trouvé la source dont j’ai besoin pour m’abreuver. J’ai trouvé l’ensemble des éléments qui me permettent de comprendre ce que je ne comprends pas, et...y compris Et dans l’esprit de Jean-Baptiste Willermoz, il faut évaluer ce que signifie cette affirmation : y compris dans ce que j’entends, à l’intérieur de notre Sainte Mère l’Eglise.

Il y a là des enseignements qu’on n’entend pas classiquement au catéchisme, il y a là des lumières spécifiques qui vont bien plus loin que ce qu’on a l’habitude de nous dire, au titre de l’enseignement religieux.

Il revient à Lyon. Il rentre dans une correspondance avec Martinès de Pasqually - qui va d’ailleurs faire l’origine, l’objet d’une édition dans quelques temps, avec une histoire qui racontera dans le menu détail, ce que je brosse à grands traits ici, cet après-midi - et il n’a qu’une idée en tête, c’est à son tour, pratiquer vivre, faire fonctionner ce qu’il a reçu à l’orient de Versailles.

Une information fondatrice pour le Régime Ecossais Rectifié

Il reçoit une information à Versailles, qui est fondatrice pour le Régime Ecossais Rectifié sur lequel nous allons nous pencher, parce que cette intuition fondatrice qu’il reçoit à l’orient de Versailles auprès de Martinès de Pasqually, porte sur cette affirmation :

L’origine de l’Ordre, c'est-à-dire La Franc-maçonnerie, est si reculée qu’elle se perd dans la nuit des siècles et est rattachée à un ordre beaucoup plus ancien dont nul n’est en mesure ni de donner le nom, ni de définir réellement ce qu’il est. Tout ce que peut l’institution maçonnique », dit Jean-Baptiste Willermoz, « c’est d’aider à remonter jusqu’à cet ordre primitif qu’on doit regarder comme le principe de la Franc-maçonnerie. » et il rajoute « C’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue. L’un est la chose même » (Pour ceux qui sont habitué du discours martinésien, le mot chose évoque la présence de l’éternel), l’autre n’est que le moyen d’atteindre à cette chose.

L'Ordre des Elus de l’Eternel

Cet ordre très ancien, Martinès de Pasqually l’appelle l’ « Ordre des Elus de l’Eternel. » Les Elus de l’Eternel, pour quelles raisons ? Tout simplement c’est qu’après Adam, une lignée constituée des patriarches, va maintenir comme une connaissance, un dépôt précieux. Quoi dont ? La pratique de ce culte primitif.

Cette lignée patriarcale commence par Abel, Abel le Juste, dont on sait qu’il va susciter le courroux de son frère, puis Enoch, Noé, Melchisédech, Joseph, Moïse, David, Salomon, Zorobabel. Et ceci jusqu’à celui que Martinès de Pasqually appelle « Le Divin Réparateur », le Divin Réparateur qui va perfectionner ce culte ancien. Comment ? En se donnant lui-même comme objet du sacrifice. Cette fois-ci, ce n’est plus une colombe, un agneau, un taureau, mais c’est l’Homme-Dieu lui-même qui se livre en réparation, en offrande sur l’autel de Dieu.

Il y a une chose d’ailleurs dans cette lignée des patriarches qui est tout à fait intéressante. Pour comprendre comment les choses fonctionnent, si vous regardez bien, les ainés ont tous trahi. Caïn est l’ainé de son frère Abel : Trahison. Enoch, Noé, Joseph trahi par ses frères mais si on remonte plus haut, l’ange rebelle, le plus bel ange de la création, celui qui était auprès de Dieu, va tomber dans la révolte et la distance d’avec l’Eternel. Il faut donc un autre fils, il faut donc un nouvel Adam. Adam lui-même, le premier homme l’ainé de toute la famille humaine, a sombré et a fait sombrer toute sa postérité, dans cette prévarication. C’est comme s’il devait échoir au cadet un rôle réparateur. Ce qui vous explique d’ailleurs, petite parenthèse que les cadets étaient souvent destinés à la vie religieuse dans les familles, parenthèse refermée.

La source du Régime Ecossais Rectifié

Quoi qu’il en soit mes biens chers amis, à la première question : « Quelle est la source du Régime Ecossais Rectifié ? » (Alors il y a une quinzaine de questions comme ça donc vous pouvez bien vous installer dans vos fauteuils et considérer que nous sommes là encore pour un bon moment.) A la première question (non il y a trois questions), la maçonnerie du Régime Ecossais Rectifié, est issue, provient (peu importe le terme que l’on emploie) de la vraie religion éternelle.

Les éléments de la doctrine martinésienne

Ce système maçonnique que va constituer Jean-Baptiste Willermoz en 1778, en faisant quoi ? C'est-à-dire en introduisant à l’intérieur d’une écorce qui s’appelle la « Stricte Observance », tous les éléments de la doctrine martinésienne, une doctrine d’ailleurs, et je dis ça au passage mais nous pourrons en parler tout à l’heure si vous voulez, qui fait que si elle est oubliée, impensée, rejetée, méconnue, combattue, il n’y a plus de Régime Ecossais Rectifié, on peut faire ce qu’on veut, on aura l’enveloppe du Régime, on aura le goût, l’image, mais ça ne sera plus le Régime Ecossais Rectifié.

D’où le caractère fondamental de cette doctrine, qui n’est pas une option, qui n’est pas : « Bon, euh, on t’expliquera ça plus tard ! » qu’on a entendu souvent dans les cénacles maçonniques. « Ton âge n’est pas encore venu. » Puis vous attendez, parce que vous êtes bien gentil, vous vous dites : « Ca viendra peut-être un jour. » Et puis le temps passe, et s’efface à nos yeux… enfin bon… Et puis on vous dit toujours la même chose : « Ah écoute, là on a une réception, donc on en parlera la prochaine fois. D’accord ? » Alors la prochaine fois vous posez la question. « C’est un sujet délicat, qui mérite beaucoup d’attention et d’ailleurs ta question est très intéressante. » Résultat, vous tournez en rond, comme un moustique autour de la lampe et vous ne trouvez jamais la réponse réelle !

Voyons quel est le type de religion éternelle dont parle Jean-Baptiste Willermoz

Alors faisons un pas dans les voies qui nous sont ouvertes pour commencer les travaux, et voyons quel est le type de religion éternelle dont parle Jean-Baptiste Willermoz et dont aujourd’hui le Régime Ecossais Rectifié, correctement pratiqué, authentiquement vécu, légitimement fondé, propose d’intégrer cette religion éternelle, d’y participer et de rejoindre donc la lignée patriarcale dont j’ai parlé précédemment et quoi donc ? S’inscrire à l’intérieur de cette lignée en tant qu'un des Elus de l’Eternel.

La lignée des patriarches

Alors vous me direz :
-Alors comme ça cet après-midi tranquillement pour nous parler de Franc-maçonnerie, vous êtes en train de nous raconter que le Régime Ecossais Rectifié c’est l’Ordre des Elus de l’Eternel et le Frère ou la Sœur qui en est membre participe de la lignée des patriarches ? Tout à coup il est rattaché à la lignée patriarcale biblique.
-Et oui.
-Mais alors comment cela ce peut-il ? Comme ça moi je suis arrivé, on m’a mis un bandeau sur le nez, enfin bon sur les yeux plus exactement, on m’a fait tourner en rond et à la fin je suis devenu un élu de l’Eternel ? Je me suis retrouvé parmi les patriarches de la Bible ? J’habite à trois rues à côté, tout le monde me connait, je suis un bon voisin, j’ai de bonnes relations avec mes clients ou mes activités professionnelles, je peux vous assurer que ça me fait quand même étrange lorsque je me mets derrière mon bureau de me dire, là c’est marqué monsieur X - n’y voyez pas de référence radiophonique - monsieur X et en réalité il devrait être marqué à côté : Elu de l’Eternel. » « Alors là c’est autre chose, c’est marqué !

Tout change intérieurement

C’est pourtant ça, c’est pourtant vrai et c’est ce qui est extraordinaire, c’est qu'en réalité rien ne change de l’aspect extérieur, de l’enveloppe mais tout change intérieurement. Tout change intérieurement au niveau du rapport au monde, de la perspective de la manière d’être dans sa vie, de la manière de la vivre et de se comporter d’abord avec soi-même. On n’est plus à soi-même la même personne.

Ca signifie quoi d’être un élu de l’Eternel ?

Alors vous me direz : « Mais bon, être un élu de l’Eternel en week-end c’est peut-être amusant, mais comme ça au quotidien ça signifie quoi d’être un élu de l’Eternel ? J’entant parler le Créateur comme Don Camilo dans son église ? « Don Camillo,… » Non, il faut le dire quand même ce n’est pas rien d’être élu. Bon je sais bien qu’on est en période préélectorale mais là ce n’est pas une élection au titre d’un suffrage, c’est une élection par grâce : C'est-à-dire que le ciel décide - pour quelle raison on n’en sait rien du tout, pour quel mérite, au contraire on n’en a peut-être aucun - mais parce que pour des raisons qui nous échappent. Comme Jean-Baptiste Willermoz d’ailleurs, un jour voila que par cooptation ou par curiosité peut importe, nous avons été introduit dans cette société et que l’on a découvert des choses qui nous dépassent mais alors totalement et de manière considérable et là on n’en est plus au début de l’exposé où c’était simplement pour ce dire : « Mais alors quelle est l’origine de ces symboles, de ces formes, de ces éléments que je vois autour de moi ? » Là il est question de nous, on va dire que c’est de nature existentielle. Est-ce que mon existence est impliquée, modifiée par mon appartenance à cette société ? Et si oui, de quelle manière ? Comment est-ce que je gère mon rapport au monde ?

Et en effet, plus on va avancer, plus les obligations, la compréhension, l’approfondissement de ces éléments vont nous permettre de comprendre que plus rien ne sera pareil pour nous. Car le rapport avec le domaine transcendant sera de nature transformatrice.

Une naissance à un nouvel ordre des choses

C’est ce qu’en grec on appelle une « métanoïa », une naissance à un nouvel ordre des choses, à une nouvelle manière de vivre, de vivre pas simplement sa vie maçonnique, mais sa vie personnelle de manière complète.

De quelle façon va s’exercer cette transformation ?

De quelle façon va s’exercer cette transformation ? Tout d’abord par une reverticalisation du rapport au monde. On ne reste plus au niveau horizontal au niveau des pâquerettes comme on dit. Là, il y a une montée qualitative, une aspiration vers quelque chose qui nous dépasse, un appel à la transcendance. Tout à coup, l’Homme - l’Homme au sens générique, je n’exclue les dames de cette perspective, bien au contraire on va dire l’âme pour un terme plus large - l’âme sent qu’elle est mise en présence d’une force, d’une puissance, d’une réalité qui la dépasse totalement.

Et le premier moment de cette relation avec cette présence immense est un moment de conscience, de conscience qui a en réalité à l’intérieur de nous une dimension surnaturelle qui nous dépasse et qui nous fonde en réalité beaucoup plus que les éléments classiques à partir desquels nous avions notre référentiel : mon logis, ma famille, mes parents, etc… mes activités professionnelles. Là tout à coup, ce référentiel est un référentiel indicible, invisible, incommunicable.

Vous me direz : « On est bien avancé avec ça, puisque ça ne va pas faciliter mes relations avec mes proches. »

-Tu as l’air différent depuis quelques temps.
-Ah oui mon ami, mais tout ceci relève de l’indicible de l’informulable et de l’incommunicable.
-Bon, c’est très bien, presses-toi, il faut aller chercher les enfants à l’école.
(Retour à la réalité, rapide !)
-Lorsque tu auras fini de rêver dans tes nuages de l’incommunicable, tu pourras revenir parmi nous, n’est-ce pas ? D’ailleurs demain nous devons aller voir belle-maman et tu seras prié d’être un peu plus aimable que la dernière fois. Tout le monde à remarquer que tu te faisais…

(Bon enfin excusez moi, je …Demain c’est la fête des mères, n’oublions pas.)

Clément d'alexandrie

Au sein du collège des apôtres », c’est Saint Clément d’Alexandrie qui parle : « le Christ en a choisi certains, pour certaines connaissances et d’ailleurs trois seulement ont été admis à assister à la transfiguration.

C’est vrai lorsqu’on y réfléchit seulement Pierre, Jacques et Jean, vous vous rappelez selon l’évangile, ont pu assister. Et Clément d’Alexandrie souligne ceci :

A Jacques le Juste, à Jean et à Pierre, le Seigneur après la résurrection, donne une connaissance. Cette connaissance, ceux-ci la donnèrent aux apôtres et les autres la donnèrent au soixante-dix dont l’un était Barnabé.

Gnose

Connaissance spécifique, en grec comme vous le savez, ça se dit gnose mais gnose en son vrai nom c'est-à-dire la connaissance réelle de cet enseignement secret dont Saint Clément d’Alexandrie nous parle, un enseignement qui n’est pas inscrit dans l’Ecriture, mais qui se transmet de manière orale.

Origène

Origène rajoute - on est vraiment dans l’école d’Alexandrie au premier siècle du Christianisme et vous allez voir pourquoi sont cités comme témoins Clément d’Alexandrie et Origène - :

Ce qu’est le verbe dans le Christianisme, dit Origène, est peut-être autre chose dans d’autres traditions. C'est-à-dire nommé de manières différentes dans d’autres traditions.

Pourquoi dit Origène : par ce qu’il existe diverses formes du verbe sous lesquelles il se révèle à ses disciples. Soulignons ce que dit Origène : Ce que le Christ dit aux apôtres : J’ai d’autres brebis qui ne sont pas dans cet enclos.

C’est très beau comme image. Il pense au fond à tous ceux qui participent à un désir, qui n’est pas satisfait par les explications que l’on entend généralement ; et qui souhaitent approfondir, connaitre, avancer dans la compréhension des mystères de la vie et de Dieu.

Pour cela il y a cette tradition, une tradition que certains auteurs ont désignée comme étant celle de la discipline de l’arcane dont Origène dit qu’elle est la base de l’enseignement non écrit du Christ.

Ce même Origène, bizarrement, lorsqu’on le lit, soutient quasi mots pour mots, ce que Martinès de Pasqually écrit, soit dans son « Traité sur la Réintégration des êtres dans leur premières propriétés vertus et puissances spirituelles divines primitives », soit dans les textes mêmes des rituels et des instructions qu’on trouve dans les rituels de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers.

Jean-Baptiste Willermoz qui est éduqué dans ce milieu catholique qui a grandi à l’intérieur de ce monde de la contre-réforme, où tout à coup on donne à lire les auteurs des temps apostoliques, s’aperçoit de cette correspondance et c’est que qui lui fera dire :

Jusqu’au VIème siècle, l’église avait conservé un certain nombre de connaissances mais qu’elle a aujourd’hui complètement oubliées et dont les ministres de cette église désignent ces connaissances comme étant des erreurs.

L’erreur, comme vous le savez, en grec « eresia », VIème siècle ! Alors ce sont des affirmations que l’on trouve dans les textes du Régime Ecossais Rectifié ainsi que dans la correspondance de Jean-Baptiste Willermoz, de même que dans un texte relativement célèbre qui s’appelle le « Traité des deux natures ».

Qu’est-ce qui s’est passé au VIème siècle ?

Quand on regarde l’histoire, alors sur ce sujet il y a eux des spéculations incroyables, tout le monde s’étant imaginé que le VIème siècle correspondait à on ne sait trop quel bouleversement d’ordre politique ou autre. En réalité, lors du deuxième concile de Constantinople, le cinquième concile œcuménique qui s’est tenu à quelle date ? en 553, pile au milieu du VIème siècle, les propositions d’Origène, - qui sont en fait ce que je décrivais tout à l’heure sur la révolte des anges, précipités dans le monde matériel pour limiter la propagation du mal, le monde créé précisément sous effet de cette révolte - ces propositions font l’objets de 15 anathématises, qui lorsqu’on les lit - alors j’ai résumé ca dans un livre qui s’appelle « La doctrine de la réintégrations des êtres » - c’est la doctrine de Martinès de Pasqually. C’est la doctrine que Jean-Baptiste Willermoz à rencontré à Versailles en 1767 lorsqu’il a découvert cet ordre et les cérémonies auxquelles on s’y livrait.

Mais alors si elles ont été oubliées au VIème siècle, retrouvée au XVIIIème, est-ce qu’elles ont perdurées jusqu’à nous ? Est-ce qu’elles sont encore connues, pratiquées approfondies, travaillées ?

Parce qu’il ne suffit pas de savoir ceci, encore faut-il se mettre au travail

Parce qu’il ne suffit pas de savoir ceci, encore faut-il se mettre au travail avec un crayon à la main, prendre des notes, voir quelles sont les thèses en présences, voir quelles sont à la fois les origines mais aussi les conséquences de ces thèses. Est-ce que c’est simplement pour notre instruction et notre culture générale ou ça peut intervenir vraiment dans le cadre d’une transformation réelle de nos existences pour passer de l’état de profane, comme on dit, à l’état d’initié, c'est-à-dire participant de connaissances et de perspectives qu’on ne trouve pas soit dans les livres, soit en regardant des émissions de télévision, soit en faisant des voyages, mais par un voyage intérieur, par un approfondissement d’éléments internes, qui relève d’une transformation radicale de nos vies.

Tout ce ci va intervenir de manière radicale dans nos vies

La réponse est si le Régime Ecossais Rectifié est pratiqué authentiquement et qu’il est vécu en conformité avec les bases qui ont été posée au XVIIIème siècle, alors en effet tout ce ci va intervenir de manière radicale dans nos vies personnelles et notre manière de vivre ce Régime Ecossais Rectifié.

Alors vous me direz (je regarde un peu l’heure) :

- On va ressortir cet après-midi de cette conférence avec deux convictions si je suis membre du Régime Ecossais Rectifié, ou si j’aspire à le devenir, ou si je suis ami, voisin, en sympathie avec lui, je sais que tout ça relève de l’Ordre des Elus de l’Eternel et deuxièmement que les connaissances qu’on trouve à l’intérieur de cet ordre relèvent des propositions d’Origène et font de moi au fond un contemporain de Clément d’Alexandrie et d’Origène. Dans ma vie c’était déjà pas simple mais avec vous, ça va pas s’arranger.

Or j’ai la joie de vous apprendre chers amis, qu’en effet la situation est relativement singulière et particulière. C'est-à-dire que nous sommes à la fois dans l’utopos et dans le cosmos. Alors vous me direz : « A quelle heure part la prochaine navette, comme ça se sera plus simple ? »

Mais c’est ce côté magnifique du voyage qui est proposé par l’initiation. Etre un initié, en effet, bien mes chers amis, c’est accepter cette délocalisation, cette sortie de nous même pour tout à coup aborder un univers, un monde, une perspective, qui n’a strictement plus rien à voir, mais alors plus rien à voir, avec ce dont on avait l’habitude de vivre dans notre rapport à l’existence et y compris avec les institutions officielles de cette existence civiles religieuses etc… scientifiques ou autres.

On est dans quelque chose de tout à fait différent qui n’a strictement plus rien à voir. Et là vous me direz : « Mais vous nous avez déjà fait le coup tout à l’heure avec indicible, incommunicable, informulable, donc ça accroit plus encore la difficulté. »

Une perspective métaphysique

Et oui. Alors si ça accroit la difficulté, ça en devient que plus intéressant ; vous savez, c’est comme ces énigmes qui sont d’autant plus passionnantes qu’on n’arrive pas à les résoudre et qu’elles deviennent quasi obsédantes pour l’esprit : « Mais pourquoi dont ? Où se trouve la solution ? Comment faire ? » Alors là pour le coup le tangram et autres sont largement dépassés même si ce sont des jeux éducatifs intéressants, parce que l’on touche à la métaphysique et on touche à une perspective métaphysique dont le premier moment se trouve dans la primitive origine. Une perspective métaphysique qui va nous porter obligatoirement à nous confronter avec les éléments des premiers instants de la création, des premiers instants de la manifestation, de l’émanation, si on reprend le terme de Martinès de Pasqually.

Parce que c’est là que nous sommes mobilisés pour engager l’œuvre réconciliatrice, pas simplement de notre âme individuelle mais de la perspective humaine en général, de toute la famille humaine et même plus largement de tous les règnes de la création : le règne animal tout d’abord, le règne minéral et végétal.

l’œuvre du Régime Ecossais Rectifié, le but auquel il travaille

Tout est engagé dans quoi ? Dans le grand processus de réconciliation universel car en réalité l’œuvre du Régime Ecossais Rectifié, le but auquel il travaille est la réconciliation universelle de tout ce qui constitue la création, y compris les esprits révoltés.

-Y compris les esprits révoltés ? Vous voulez ramener les anges ténébreux dans le sein de l’unité divine ?
-Oui.
-Mais comment ?
-Nous parlerons de ces choses une autre fois.

Ceci étant, oui le but est bien celui-ci. Et lorsqu’on prend conscience que ce but si magnifique soit-il est un but auquel nous sommes convoqués les uns et les autres, ici maintenant dans nos vies, là où nous nous trouvons, pour avancer vers cette réconciliation, alors, mes biens chers amis, nous pouvons comprendre pourquoi ce discours de Joseph de Maistre par lequel j’ai ouvert cette conférence, est riche d’enseignements pour nous.

Parce que par les mots qui sont les siens, nous allons comprendre à quoi nous sommes appelés. Ce qui d’ailleurs constituera mas conclusion :

Lorsque ce qui est en dehors, lorsque la vie ou la génération extérieure sera devenue semblable à la vie intérieur ou angélique, écrit Joseph de Maistre, alors il n’y aura qu’une seule naissance, il n’y aura plus de sexe, le mal et la femelle ne feront qu’un, et le royaume de Dieu arrivera sur la terre comme au ciel.

« Ce qui est né de l’esprit est esprit », dit Saint-Jean. Nous qui sommes nés de l’esprit sommes appelé à aller vers cet esprit, à aller en communion vers cette perspective spirituelle. Et cette perspective spirituelle est pour nous le moment essentiel de notre naissance, ou plus exactement notre renaissance comme le phénix surgissant des flammes sur lesquelles il était posé.

Il faut nous tenir prêt, dit Joseph de Maistre, pour un événement immense dans l’ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit d’ailleurs frapper tous les observateurs. Et il rajoute : Les oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés ; les temps de la réconciliation universelle, les temps du retour à l’origine, les temps du retour à la remontée vers l’unité, vers l’un qui est la tension centrale du Régime Ecossais Rectifié.

En effet ont été ouverts par Jean-Baptiste Willermoz au XVIIIème siècle lors de la constitution de ce système maçonnique chevaleresque qui s’appelle le Régime Ecossais Rectifié, et il nous faut, mes biens chers amis de ce point de vue, « faire place à l’esprit » comme dit Louis-Claude de Saint Martin, ouvrir en nous largement les portes du sanctuaire pour que puisse venir y résonner la lumière divine, la sainte présence de Dieu et nous transformer radicalement, intérieurement et alors nous pourrons comprendre la proposition faite par Maistre à ceux qui, dans son exil à Saint-Pétersbourg, s’approchaient de lui pour lui demander : « Mais que nous reste-il à faire dans la situation dans laquelle nous nous trouvons ? »

Et voici sa réponse qui sera également la mienne comme proposition générale et invitation à vous tous comme chemin de vie transformatrice illuminatrice :

Cédons à l’amour et entrons dans la voie royale qui aboutit et doit nous conduire jusqu’à la Cité Sainte, la Sainte Jérusalem céleste pour y vivre en plénitude dans l’éternité de la vie immense de celui qui ne porte pas de nom, n’a pas de visage mais qui se révèle, comme dit le prophète Elie, dans un souffle intime à l’oreille et à l’intérieur de l’homme comme un don divin une grâce d’amour donnée à chacune des créatures de ce monde.

Je vous remercie.

Quel devenir pour le Régime Écossais Rectifié ?
Communication de Jean-Marc Vivenza
au Cercle Philosophique, Comté de Nice, le 4 décembre 2014

Tout d’abord bonsoir à vous tous ; visages connus et visages inconnus mais y en a-t-il dans le cadre des voies initiatiques qui sont les nôtres, finalement nous cheminons ensemble dans une sorte de proximité qui créé une immédiateté lors même des premières rencontres.

Je profite de ces mots d’introduction pour remercier les animateurs de l’association Cercle Philosophique Comté de Nice qui sont à l’initiative de cette soirée et, d’une certaine manière m’ont proposé le thème qui sera exposé ce soir :

Quel devenir pour le Régime Ecossais Rectifié ?

Question d’ailleurs qui sonne presque comme un défi, une interrogation en forme de questionnement sur : Qu’en est-il du Régime Ecossais Rectifié aujourd’hui ? Quelle est la situation dans laquelle il se trouve ? Et si l’on est un peu plus introspectif, en regardant les différentes formes sous lesquelles vit le Régime Ecossais Rectifié, depuis son réveil en 1935, est-ce que les différentes configurations proposées pour le Régime Ecossais Rectifié - qui souvent d’ailleurs il faut l’avouer est beaucoup plus travaillé comme un rite que comme un régime, on va voir qu’est-ce qui distingue d’ailleurs le rite du Régime - l’interrogation subsidiaire qui vient immédiatement après c’est : Est-ce que ces formes sont en conformités avec les vœux des fondateurs de ce système initiatique au XVIIIème siècle ? Si c’est le cas, et bien nous nous en louerons et nous retiendrons ce qui participe de la conformité avec les vues des fondateurs du rite au XVIIIème siècle ; si ce n’est pas le cas, et bien nous dirons aussi pourquoi et comme nous sommes entre nous nous ferons sans langue de buis, en essayant d’éviter le langage par trop diplomatique qui au fond nous évite de penser le fond de la question.

c’est qu’au minimum nous imaginons qu’il y a un devenir pour ce Régime.

Bien évidemment, si un tel titre a été donné à cette communication, « Quel devenir pour le Régime Ecossais Rectifié ? » c’est qu’au minimum nous imaginons qu’il y a un devenir pour ce Régime. Sinon, nous considèrerions que la vie de ce Régime a été écrite au fil des décennies qui nous séparent de sa fondation en 1778 lors du convent des Gaulles et qu’aujourd’hui il n’a plus qu’à sommeiller comme une vieille relique, une sorte d’archéologie vénérable dont il nous faudrait admettre que les temps dans lesquels nous nous trouvons ne permettent plus de le faire vivre selon les intentions de ses fondateurs.

Je signale au passage que ce type de remarque, que je fais de manière assez légère, est considérée comme une évidence par la plupart des obédiences qui aujourd’hui ont à travailler ou font travailler le Rite Ecossais Rectifié.

Pour bien comprendre notre question il nous faut faire un petit voyage dans le temps : Le convent des Gaulles

Pour bien comprendre notre question il nous faut faire un petit voyage dans le temps, pas trop loin et en ce qui nous concerne les uns et les autres nous serons en pays de connaissance puisqu’il s’agit du XVIIIème siècle au moment où un certain nombre de Frères à Lyon vont être réunis à l’initiative de Jean-Baptiste Willermoz, lors d’un convent qu’on va appeler « des Gaulles » précisément parce qu’il va avoir lieu à Lyon, capitale des Gaulles, convoqué le 24 octobre de l’année Julien selon le calendrier templier de la Stricte Observance, ce qui donne selon le calendrier grégorien le 6 novembre 1778.

Les Frères des Directoires des trois provinces du Rite Réformé d’Allemagne

D’où l’explication de cette fameuse fête de l’Ordre du 6 novembre dans le « Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées » dont tout le monde imagine qu’elle est là pour célébrer la mémoire de Jacques de Molay et peut-être de quelques Frères de l’Ordre du Temple, ce n’est pas du tout le cas : c’est la date de la réforme engagée par les Lyonnais entourés des Strasbourgeois, entourés des Frères de l’Occitanie, c'est-à-dire en réalité les Directoires des trois provinces du Rite Réformé d’Allemagne comme on disait à l’époque, à savoir le Rite de Stricte Observance constitué par le Baron de Hund au milieu du XVIIIème siècle en Allemagne, importé en France d’abord en 1773 à Strasbourg auprès de la Loge des Frères de Turckheim, Bernard et Jean, La Candeur à l’orient de Strasbourg, premier des Directoires de la Stricte Observance implanté en France, puis Lyon en juillet 1774, exactement au moment où le Baron Von Weller qui était le députatis spécial du Baron de Hund vient à Lyon pour y importer, y introduire le rituel de la Stricte Observance dite Templière d’Allemagne et il vient avec, dans ses bagages, les rituels qui sont pratiqués en Allemagne.

Rituels d’ailleurs assez fastueux et surtout qui présentent une caractéristique très originale par rapport à la maçonnerie continentale telle que pratiquée en France au XVIIIème siècle, avec un système de hauts grades dit « Ordre Intérieur » qui n’est plus maçonnique mais qui est proprement et uniquement chevaleresque. Chevaleresque pourquoi ? Car à l’intérieur on y retrouve, plus du tout les décors, les symboles et le mode de fonctionnement des Loges, mais, on va dire, des formes attitudes, principes qui sont ceux d’une chevalerie authentique.

Du 10 novembre jusqu’au 21 décembre 1778, que va-t-il se passer à Lyon ?

Alors lors de ce mois de novembre 1778, exactement du 10 novembre jusqu’au 21 décembre 1778, que va-t-il se passer à Lyon ? Car si l’on veut savoir ce que peut être le devenir du Régime Ecossais Rectifié et bien il faut savoir d’où il vient, qu’est-ce qu’il est, de quoi il parle, ce qu’il souhaite faire et à quoi il aspire.

Vous savez comme dit le dicton populaire : Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.

L’idée de Jean-Baptiste Willermoz en 1778 est très claire, [A ces mots, l’appareil enregistreur s’écroula, ce qui nous permet de laisser s’installer nous amis […] Lorsque que nous avons prononcé le mot d’idée claire, concernant Jean-Baptiste Willermoz, les glyphes apocryphes qui se manifestent par la lumière de cet appareil, ont été frappés soudain d’une présence particulière suscitant quelques réactions.]

Alors, nos Frères sont réunis à Lyon autour de Jean-Baptiste Willermoz

Alors, nos Frères sont réunis à Lyon autour de Jean-Baptiste Willermoz, qui ne l’oublions pas, vient de passer plus de deux années entouré des principaux animateurs de La Bienfaisance, c'est-à-dire la Loge de Lyon en compagnie d’une figure tout à fait exceptionnelle de cette période connue sous le nom de « philosophe inconnu », c'est-à-dire Louis-Claude de Saint-Martin qui a quitté Bordeaux depuis 1774 exactement en janvier 1774 et est venu s’installer au logis de Jean-Baptiste Willermoz au Broteau, demeurant en compagnie de Madame Provençale, c'est-à-dire la sœur de Jean-Baptiste Willermoz et on imagine lors de ces longues soirées intimes, ce sur quoi ils ont pu échanger, sachant qu’au même moment se déroulait, quasi à plein temps, parce que lorsqu’on voit les dates des différents séminaires organisés par Jean-Baptiste Willermoz, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Jacques Croix-d’Auterive, on s’aperçoit de l’intensité de leur réflexion : Séminaires qui ont été baptisés « Les Leçons de Lyon aux Elus Coëns. »

La question de l’enseignement de Martinès de Pasqually

Pendant deux ans, de janvier 1774 jusqu’à juin 1776, tout ce groupe, qui parfois voyait venir des Frères de Paris, des Frères de Chambéry, des Suisses, des Strasbourgeois, des Toulousains, on réfléchi à la doctrine laissée en héritage si l’on peut dire, par le célèbre Martinès de Pasqually, qui avait reçu dans son ordre, avant d’aller quérir un héritage à Saint-Domingue en mai 1772, la plupart des Frères qui sont réunis autour de Jean-Baptiste Willermoz.

Pendant deux ans, on va réfléchir à cette question de l’enseignement de Martinès de Pasqually pour essayer d’établir sa validité, ses perspectives, à quoi il tend et quel est le but, le but propre de l’Ordre dit des « Elus Coëns de l’Univers. » Le but, nous le connaissons, c’est la réintégration de l’Homme plus exactement des êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles divines primitives.

Cet approfondissement des thèses de Martinès, créé autour de Willermoz à Lyon, un véritable foyer d’intérêt extraordinaire pour les éléments propre du Régime de Martinès de Pasqually.

Or la Stricte Observance qui a été importée d’Allemagne, proposant un rituel, un environnement, un cadre infiniment plus organisé plus rationnel que l’Ordre des Elus Coëns de Martinès de Pasqually, qui commençait, qui chaotique, tous les rituels ne sont pas écrits, le Grand Maître, le Souverain Grand Maître, Martinès est une personnalité relativement originale et assez complexe qui obéit très peu aux lois de ce monde. Quoi qu’il en soit le système n’est pas viable du point de vue organisationnel même si du point de vue doctrinal il ouvre des perspectives extraordinaires. Perspectives auxquelles sont absolument fidèles les Frères de Lyon et souhaitent le demeurer.

L’idée géniale de Jean-Baptiste Willermoz

L’idée géniale de Jean-Baptiste Willermoz, qui n’est pas celle de Louis-Claude de Saint-Martin, puisque en 1776, lorsque la réforme dite de Dresde s’installe de manière définitive sur Lyon, il préfère par deux fois en juillet 1774 et août 75, aller se promener en Italie. Il est vrai que l’Italie est un beau pays du point de vue touristique mais le déplacement est diplomatique de la part de Saint-Martin. Il n’approuve que très modérément les initiatives de son ainé en initiation, ainé de tout de même 13 ans, à l’époque c’est beaucoup.

Jean-Baptiste Willermoz est né en 1730, Louis-Claude de Saint-Martin en 1743. Il lui donnera d’ailleurs toujours du titre de « Mon Cher Maître » avec beaucoup de respect, de révérence et Willermoz d’ailleurs ne se fera pas faute parfois de lui tirer un peu l’oreille lorsqu’il le jugera nécessaire dans, d’après Willermoz, sa facilité à répandre et à dévoiler un peu trop aisément la doctrine de leur maître à tous deux à savoir Martinès de Pasqually.

En tout cas, en 1778 l’intention de Jean-Baptiste Willermoz est claire. Il est question dans son esprit de réformer, rectifier la Stricte Observance pour y instiller, y infuser en son sein, l’enseignement de Martinès de Pasqually et en particulier l’ensemble de ses thèses portant sur la doctrine de la réintégration des êtres. Mais d’une manière tout à fait différente qu’on le faisait dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers ; avec une propédeutique beaucoup plus adaptée, l’utilisation des symboles proposés par la Stricte Observance, et également une séparation très nette entre les classes distinctes qui vont composer l’architecture du Régime Ecossais Rectifié. Trois classes : la classe des symboles, la classe chevaleresque et au XVIIIème siècle une classe non ostensible dite secrète dont on ne parlera d’ailleurs même pas au convent des Gaulles mais que Jean-Baptiste Willermoz souhaitera faire entériner au convent de Wilhelmsbad quelques années plus tard en 1782.

L’idée extraordinairement ambitieuse de Jean-Baptiste Willermoz et des Frères qui sont autour de lui c’est de réformer l’ensemble de la Franc-maçonnerie.

Nous sommes donc à Lyon, l’ensemble des Frères sont réunis pour réformer la Stricte Observance Templière mais pas seulement. L’idée extraordinairement ambitieuse de Jean-Baptiste Willermoz et des Frères qui sont autour de lui, c’est de réformer l’ensemble de la Franc-maçonnerie.

Je crois que c’est un point qui est à noter pour notre réflexion, une ambition de Willermoz et des Frères qui l’entourent c'est pas simplement d’améliorer, de faire progresser, de conférer à la Stricte Observance allemande des éléments qui lui manque, c’est également de transformer - aujourd’hui on parle du PMF, vous savez le Paysage Maçonnique Français - et bien de transformer le PMU le Paysage Maçonnique Universel et non pas le Pari Mutuel Urbain, vous l’avez tous compris.

Est-ce que c’est acceptable ou pas cette idée ?

La question est de savoir si l’ambition de Jean-Baptiste Willermoz et des Frères qui sont autour de lui est recevable. Est-ce que c’est acceptable ou pas cette idée ? Attention, notre passage au deuxième temps du développement de cette communication en dépend mais en dépend également notre rapport au Régime, notre rapport au rite. Si l’on considère que l’ambition est outrancière, que c’est quelque chose de tout à exorbitant et au fond d’un peu chimérique - c’est ce qu’on peut lire d’ailleurs sous la plume de certains auteurs : les chimères willermoziennes, je ne citerais personne - alors d’une certaine manière ce que l’on va aborder dans un moment, c'est-à-dire dans trois quatre heures, non je plaisante, à savoir comment vit le Régime Ecossais Rectifié, trouverait sa réponse immédiate : au fond chacun peut en faire ce qu’il lui plait, comme le dit la chanson.

Si l’intention de Jean-Baptiste Willermoz est une absurdité, une folie passagère, un petit délire personnel, une surexcitation de l’esprit effervescent de notre lyonnais à propos de la doctrine de Martinès de Pasqually, la question est résolue mais si l’on considère que l’intention fondatrice de Jean-Baptiste Willermoz à un sens, et on va essayer de comprendre quel est ce sens, alors se demander si les critères de la réforme de Lyon, tels qu’ils ont été posés au XVIIIème siècle, si ces critères répondent bien à une exigence, et si cette exigence demande d’être respectée, auquel cas si nous répondons par l’affirmative aux deux points successifs, notre examen sur la manière dont nous vivons aujourd’hui notre rapport au régime et notre manière de le pratiquer va s’éclairer notablement.

Voyons comment s’ouvre le Code des Loges Maçonniques Réunies et Rectifiées de France

Voyons comment s’ouvre le code des Loges Maçonniques Réunies et Rectifiées de France :

Des Loges entières dans diverses contrées, sentant la nécessité d'un centre commun [Soyons attentif, chaque mot a son importance] dépositaire d'une autorité législative se réunirent et coopérèrent à la formation de divers Grands Orients. C'était déjà de leur part un grand pas vers la lumière mais à défaut d'en connaître le vrai point central et le dépôt des lois primitives, elles suppléèrent au régime fondamental par des régimes arbitraires particuliers ou nationaux, par les lois qui ont pu s'y adapter. Elles ont eu le mérite d'opposer un frein à la licence destructive qui dominait partout, mais comme elles ne tenaient point à la chaîne générale, elles en ont rompu l'unité en variant les systèmes.

Qu’est-ce que ce petit morceau d’anthologie signifie ? On est en 1778, les constitutions d’Anderson et Desaguliers ont déjà quelques décennies. La constitution en Grandes Loges auxquelles on fait référence, autorités législatives, coopérer à la formation de divers Grands Orients, est regardée comme une initiative louable mais on signale que ces initiatives ignorent la chaîne générale, l’origine primitive de la Franc-maçonnerie, dont elles ont rompu l’unité en variant les systèmes.

Il y aurait donc une origine primitive de la Maçonnerie inconnue de ces systèmes et surtout il y aurait l’ignorance de ces systèmes de cette origine primitive et des lois qui lui sont rattachées.

Et voyez la suite, introduction du code maçonnique : Des Maçons de diverses contrées de France, convaincus que la prospérité et la stabilité de l'Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive, mais ne trouvant point chez ceux, cette unité ni les signes, qui doivent la caractériser, enhardis dans leurs recherches par ce qu'ils avoient appris sur l'ancienneté de l'Ordre des Francs-maçons, [écoutez-bien] fondé sur la tradition la plus constante, sont enfin parvenus à en découvrir le berceau.

Le berceau de la maçonnerie primitive ?

Willermoz, les Frères de Strasbourg, les Chamberiens, tous ceux présents au convent des Gaulles ont découvert le berceau de la maçonnerie primitive ? Ils ont découvert l’origine cachée, voilée, celle à laquelle aspirent tous les maçons, détentrice de la parole perdue ? C’est ce qu’affirme ce texte.

Et voyez enfin comment se conclue cette introduction : avec du zèle et de la persévérance ils ont surmonté tous les obstacles [On veut bien les croire, quand on annonce des choses comme ça, il faut quand même s’attendre à quelques réactions] et en participant aux avantages d'une administration sage et éclairée [Ca c’est pour calmer les Frères allemands de la Stricte Observance], ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l'ancienneté et du but de la Maçonnerie.

Quelle meilleure introduction à notre propos que les affirmations publiées, imprimées, envoyées de partout en Europe, lors du convent des Gaulles ; qu’on envoie d’ailleurs aux Frères Allemands de la Stricte Observance et qui autant vous le dire, se frottent quand même un peu les yeux et ils se disent : « Ces Français, comme toujours, quelle prétention ! » Mais pour le coup la prétention - enfin Français et les Savoisiens puisque Chambéry et Nice, à l’époque comme vous le savez n’étaient pas encore réunies à la République par les dispositions des volontés du plébiscite de 1860, je le dis car comme je suis ici un peu dans un territoire ami au sens de mes propres origines savoisiennes, j’ai plaisir d’avoir à la souligner. D’autant plus que Joseph de Maître étant natif de Nice ça fait quand même un double motif. -

Ceci dit avec de telles prétentions, il faut quand même être en mesure de pouvoir les assumer.

Ceci dit avec de telles prétentions, il faut quand même être en mesure de pouvoir les assumer. « Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ? » est-il demandé d’ailleurs dans le cadre des questions et réponses qui se trouvent dans le rituel d’Apprenti, - au moins vous verrez que nous ne déflorons pas certains mystères cachés dans des instructions auxquelles il est difficile de faire référence - au premier grade du Régime Ecossais Rectifié. La réponse que l’on connait tous par cœur : C’est une école de sagesse et de vertus qui conduit au temple de la vérité, sous le voile des symboles de ceux qui aiment et désirent cette vérité.

Et vous allez voir comme Willermoz aime coder - c’est tout à fait extraordinaire - ces textes et quels sont ces mystères ? Et voila ce qu’on dit : « L’origine, la fondation et le but de l’Ordre. » Il n’y a pas là une quelconque référence a des landmarks, ou constitution d’Anderson et Desaguliers et ou à je ne sais trop quel système, comme il a pu en surgir et fleurir des centaines au XVIIIème siècle. On est bien dans quelque-chose de très précis, Willermoz sait écrire, les Frères qui l’entourent également et lorsqu’ils annoncent ce type d’affirmation, ce n’est pas pour rien.

Mais quelle est l’origine de l’Ordre ?

Mais quelle est l’origine de l’Ordre ? Les mystères de la Franc-maçonnerie c’est nous conduire au temple de la vérité dont les mystères sont l’origine la fondation et le but de l’Ordre. Si on connait ces mystères on peut d’une manière beaucoup plus aisée comprendre la nature du Régime Ecossais Rectifié puisqu’ils prétendent nous les révéler ces mystères.

L’origine. La réponse que l’on va trouver dans l’Ordre est la suivante :

L’origine est si reculé qu’elle se perd dans la nuit des siècles. Tout ce que peut l’institution maçonnique c’est d’aider à remonter jusqu’à cet ordre primitif qu’on doit regarder comme le principe de la Franc-maçonnerie.

C’est une source précieuse ignorée de la multitude mais qui ne saurait être perdue et la remarque de cette instruction est extraordinaire : « l’un est la Chose même » avec un C majuscule sachant ce que ce mot signifie dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, « l’autre n’est que le moyen d’atteindre cet ordre par excellence à défaut de pouvoir le nommer ne peut être appelé - on va dévoiler un terme que l’on ne découvre qu’au bout d’un certain temps au sein du Régimes Ecossais Rectifié mais il me semble nécessaire d’en parler pour bien comprendre sur quoi porte notre réflexion - cet ordre par excellence, à défaut de pouvoir être nommé que le « Haut et Saint Ordre ».

Le « Haut et Saint Ordre »

Et qu’est-ce que ce Haut et Saint Ordre possède ? Et bien, il est détenteur par excellence, d’après les textes, des connaissances précieuses et secrètes qui découlent, écoutez bien : « de la religion primitive. » La religion primitive, dont un Haut et Saint Ordre serait détenteur des connaissances secrètes. Est-ce à dire, et là il faut être très attentif à ce qu’on va affirmer, que le Régime Ecossais Rectifié, au minimum est en lien, est en contact avec cette religion primitive ? Et par essence ou par logique serait héritier, dépositaire des mystères de cette religion primitive.

Mes biens chers amis, c’est le cas, c’est bien le cas. Rappelez-vous l’introduction du Code Maçonnique de 1778 :Faute de connaitre cette origine primitive, ce point initial, diverses systèmes arbitraires se sont constitués, etc…

Si l’on réfléchit une seconde, le Régime Ecossais Rectifié en 1778, se présente comme détenteur de connaissance touchant à un ordre qualifié de Haut et Saint dépositaire des mystères de connaissances relatives à une religion primitive dont l’origine est si reculée qu’elle se perd dans la nuit des siècles.

Une religion primitive, la mission d'Adam

C’est quoi d’ailleurs la nuit des siècles pour nous autres, tout simplement l’émanation d’Adam, le premier moment de la création de l’Homme et le sacerdoce que lui a confié l’Eternel puisque Adam a été constitué par Dieu pour œuvrer pour travailler à une mission qui est celle de la réconciliation des esprits ténébreux qui se sont révoltés contre l’Eternel dans l’immensité céleste.

On le sait, Adam ne va pas répondre à cette mission et lui-même alors qu’il est député - député ce nom est intéressant - député par l’Eternel pour travailler à la réconciliation des esprits révoltés va se liguer avec les ennemis de Dieu, de l’Eternel et finalement être victime de la même sanction projeté dans l’univers matériel pour y souffrir un châtiment visant à ce que ce cachot, cette sanction lui permette d’aboutir d’atteindre à sa réconciliation.

Une organisation Originale, spécifique, autonome, indépendante

Cette petite introduction, mes biens chers amis, nous permet de comprendre plusieurs choses. Ce qui est engagé à Lyon en 1778, c’est une opération, sans jeu de mots, d’une ambition extraordinaire. C’est constituer un système en conservant l’habillage, l’enveloppe de la Stricte Observance, c’est constituer un système alternatif aux Elus Coëns qui ne sont pas viables dont on va transférer les éléments doctrinaux de sorte qu’avec l’enveloppe de la Stricte Observance, cet enseignement puisse perdurer et surtout être mise en œuvre, mise en œuvre selon des lois des principes, une organisation originale, spécifique, autonome, indépendante.

Originale, spécifique, autonome, indépendante, retenez bien ces quatre critères, ce sont ceux des deux codes, d’ailleurs Code Maçonnique et Code Général de l’Ordre des Chevaliers de la Cité Sainte. Ces quatre critères constituent le dit Régime Ecossais Rectifié issu de la réforme de Lyon en tant que système tout à fait singulier à part de l’ensemble des autres systèmes qui sont travaillés au XVIIIème siècle.

Au passage relevons quelques formules de Jean-Baptiste Willermoz qui ne sont pas à négliger :

Cette doctrine a toujours été la base des initiations mais son ignorance est un crime pour ceux qui négligent d’en faire usage. Ce qui peut arriver de plus funeste à l’Homme privé de la lumière, c’est précisément d’oublier et de mépriser cet enseignement.

Au candidat dans la chambre de préparation

Ce qui nous explique d’ailleurs qu’au grade d’Apprenti on dira au candidat dans la chambre de préparation : « Monsieur - avec le rituel explique : « veuillez vous adresser au candidat avec un air solennel », alors on s’imagine vêtu en maçon devant un profane un candidat - Monsieur, l’Ordre ne devant pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu’il regarde comme sa règle fondamentale a du, relativement à ceux qui désir y être admis, définir des formes certaines pour connaitre leur sentiment et leur conformité à ses lois.

Inutile de vous dire que le profane la plupart du temps ne sait pas du tout de quoi on lui parle et considère que si le Frère Préparateur qui arrive en chambre de préparation lui parlait chinois ou hébreux, ça aurait à peu près la même signification. Mais le paradoxe, mes biens chers amis, c’est que la plupart du temps aujourd’hui ceux qui ont à déclarer ces phrases solennelles n’en savent parfois pas beaucoup plus long que le candidat dans la chambre de préparation. « Monsieur l’Ordre ne …. » Généralement c’est lu à la vitesse d’une Ferrari dans, - Je dis Ferrari comme j’aurais dit une autre marque, enfin bon - on passe vitesse grand V là-dessus, on insiste beaucoup plus : « veuillez me donner vos effets, enlever votre alliance et quittez tout ce qui pourrait être métallique et préparer une petite piécette pour la quête que l’on fera… » Bon on a tous connu ça.

Il est quand même dommage qu’aucun séminaire ne puisse, à un moment, au minimum pour les Officiers chargés de la réception, Second Surveillant, Maitre des Cérémonies, Vénérable Maître, Frère Préparateur, Frère Parain, comprendre pourquoi on indique au candidat que l’Ordre ne peut recevoir des individus ayant une doctrine opposée.

C’est quoi cette doctrine ? De quoi parle-t-on ? Quoi qu’il en soit, cet Ordre tel que constitué en 1778, qui va être entériné dans des discutions, on va dire assez tendues, quelques années plus tard à Wilhelmsbad auprès des Frères Allemands et faire entériner les décisions prises au convent des Gaulles ; très vite, à cause de la Révolution Française et de ses conséquences, ne pourra fonctionner tel que ses fondateurs avaient aspiré et avaient imaginé le voir selon leur vœux et sans doute leur sincères désirs.

Des traités d'union avec le Grand Orient de France

Néanmoins entre 1778 et, on va dire 1789-90 l’Ordre va avoir le temps et de faire éditer un certain nombre de textes, de fonctionner et surtout de négocier des traités d’union avec le Grand Orient de France. Et il négocie de puissance à puissance c'est-à-dire de juridiction ayant la plénitude de l’autorité sur l’ensemble de son système face à une autre juridiction, le Grand Orient de France qui dit d’ailleurs dans ces traités d’union, qu’il conserve son rite et que toute autorité est laissé au Directoire Rectifié pour gérer le Régime selon les règles, les lois, les rituels, et les usages de la Maçonnerie Réformée d’Allemagne, tels sont les textes des traités d’union. Il n’y ait à aucun moment fait mention d’un don du rite au Grand Orient de France et à aucun moment les Directoires ne sont dépouillés de leur autorité en tant que juridiction ayant à gouverner le Régime.

C’est d’ailleurs même eux qui doivent veiller à la bonne exécution des rituels, application des décrets, etc… La seule chose qui est accordée c’est une patente d’agrégation aux Loges du Régime Rectifié de manière à ce qu’elles puissent travailler dans le cadre de la maçonnerie française parce qu’elles sont considérées comme des Loges issues d’un Régime étranger, d’un régime venu d’Allemagne.

Le Régime aura du mal après la Révolution Française

Le Régime, vous le savez, aura du mal après la Révolution Française à de nouveau repartir sur les bases qui avaient été les siennes et peu à peu - je passe sur évidement les différents détails de la période historique - les bases sur lesquelles avait fonctionné le Régime vont brièvement, après la Révolution Française, par une Loge appelée « Le Centre des Amis » à Paris, puis une Loge marseillaise « La Triple Union » essayer, sans compter les Frère de la Candeur de Strasbourg, essayer de redonner vie au système de Jean-Baptiste Willermoz.

La transmission du Régime au Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie

Jean-Baptiste Willermoz va quitter cette terre en 1824, non sans avoir la dernière mais à quasiment tous les rituels, ce qui nous donne quand même un système achevé, complet, tel que Jean-Baptiste Willermoz le souhaitait, ceci accompagné d’une correspondance prodigieuse, qui nous permet de bien comprendre qu’elle est la volonté le souhait de Jean-Baptiste Willermoz par rapport au rite et avant de quitter ce monde confie à Josepth-Antoine Pont le soin de faire perdurer la transmission du Régime, celui-ci s’adressant au seul Grand Prieuré encore en activité en ce début du XIXème siècle à savoir le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie qui avait été constitué en 1779.

Et puis de 1830 - je ne parle pas des soubresauts à Besançon jusqu’en 1870 où c’est une sorte de mixte entre Rectifié, Rite Ecossais Ancien et Accepté, très peu conforme à la manière dont le rite doit être travaillé - et bien de 1830, 1828 pour la Bourgogne, 1830 pour la province d’Auvergne le rite s’éteint et cesse d’exister en France.


Et il faut attendre 1910 pour qu’un Frère du Grand Orient, Camille Savoire, à l’initiative des nombreux voyages qu’il effectuait, décide de se tourner vers ce rite disparu de France mais si français dans son origine, ses fondements, et je dirais presque sa psychologie, sa sensibilité métaphysique, s’adresse auprès des Frères Suisses pour leur demander d’être reçu, en tant par le biais des équivalences d’ailleurs, d’être reçu au sein du Régime Ecossais Rectifié. Ce qui va être fait, ainsi que deux autres Frères, évidement assez connus : Edouard de Ribaucourt et Gaston Bastard.

Camille Savoire

Ces trois Frères, à partir de 1910-1911 se constituent en structure du régime au sein du Grand Orient de France, Ribaucourt va, à partir de 1913, constituer la Grande Loge Régulière Indépendante pour la France et les Colonnies qui est l’ancêtre de la GLNF actuelle et Camille Savoire reste à l’intérieur du Grand Orient de France pour y développer une pratique du Régime Ecossais Rectifié en essayant, il est Grand Conservateur du Rite donc une fonction assez important à l’intérieur du Grande Orient de France, il a pour mission de représenter le Rite Ecossais Rectifié à l’intérieur du Conseil de l’Ordre et il fait valoir et bien les intérêts du Régime Ecossais Rectifié.

Le vœu de Camille Savoire

Le vœu de Camille Savoire au départ c’est d’imaginer que l’on peut faire vivre le Rectifié à l’intérieur du Grand Orient de France. Et toutes ses correspondances, les lettres le prouvent, fait démonstration de cette intention. Mais hélas très vite il va se heurter à une opposition frontale dure de la part des autorités du Grand Orient de France, qui pour divers motifs, qui tiennent d’ailleurs à la forme rituelle du Régime Ecossais Rectifié qui fait apparaitre une croyance dans le Grand Architecte de l’Univers en tant que parole révélée et non pas symbole, etc,… autorités du Grand Orient de France qui font obstruction à la possibilité de travailler pratiquer le rite tel qu’il a été pensé à ses origines par Jean-Baptiste Willermoz.

des critères face aux autorités de Grand Orient de France

Tant et si bien que Camille Savoire - qui a quand même une longue histoire à l’intérieur du Grand Orient de France, ce n’est pas un jeune Frère, il est né en 1869, on imagine, il a quand même un long parcours à cette période - commence à poser comme critères face aux autorités de Grand Orient de France, les critères du Régimes Ecossais Rectifié.

Et là oui, ce sont les autorités [qui sont prises d'un subi etourdissement] du Grand Orient de France qui lui disent :
- Cher Frère Camille, ça ne marche pas comme ça ici. C’est nous qui décidons comment le rite doit être pratiqué. C’est nous qui définissons la manière dont les rituels doivent être écrit.
Etonnement de Camille Savoire : -Comment, enfin vous contestez l’autorité de Jean-Baptiste Willermoz, vous contestez les décisions des Frères fondateurs du XVIIIème siècle.
- Willermoz ? Les Frères du XVIIIème ? Mais aucune importance, nous avons nos propres critères et ce sont ces critères qui doivent s’appliquer au rite et non pas l’inverse. Ce n’est pas au rite à imposer ses critères à l’obédience.

Vous voyez que, nous sommes dans les années 30, vous voyez que se trouve déjà à l’époque les éléments qui vont par la suite à chaque période du Régime faire problème là où il se trouve avec les structures où il est pratiqué.

Tant et si bien que Camille Savoire en 1934 écrit plusieurs courriers assez sévères à son obédience et en 1935 dit ceci : Nous proposons au Grand Orient de France une séparation absolue de l’organisation rituelle et initiatique du Régime Rectifié pour qu’il puisse, sous entendu le Régime Ecossais Rectifié, vivre selon les formes arrêtées lors du convent des Gaulles et comme décidées lors du traité d’union avec les Directoires en 1776. Lettre à Adrien Pouriot, Président du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. lettre signée début mars 1935.

Comment, on veut décider de l’organisation rituelle du régime ? De manière à ce qu’il puisse vivre selon les formes arrêtées lors du convent des Gaulles et comme décidées lors des traités d’union ? Mais ! Les Frères du Grand Orient de France regardent Camille Savoire avec des yeux exorbités et lui disent : Mais, mon Frère tu as perdu l’esprit, qu’est-ce que c’est que cette demande extravagante ? Il n’en est pas question et il n’en sera jamais question.

En langage un peu moins châtié, on le prie d’aller se faire cuir un œuf ailleurs. Comment ? Faire vivre le rite selon les décisions arrêtées au convent des Gaulles ? Mais c’est une plaisanterie !

Une juridiction autonome et indépendante

Camille Savoire en tire une conséquence : Le Grand Orient s’opposant à la pratique du Régime Ecossais Rectifié, nous décidons, dit Camille Savoire, de former une juridiction autonome et indépendante composée de membres, de Frères rectifiés, désireux, écoutez bien - on a l’impression de lire les dix points d’une incitative refondatrice apparue il y a peu de temps sur la scène, le paysage maçonnique universel - désireux de quitter les obédiences françaises dont les agissements sont en contradiction avec le caractère de la Franc-maçonnerie rectifiée. il rajoute : Voila comment nous avons régulièrement réveillé en France le Rite Rectifié, ce réveil ayant été fait en accord et avec le concours de la seule puissance ayant autorité suprême du rite au monde et en conformité des décisions.

C’est constant chez Camille Savoire. Il n’y a quasiment aucun texte chez Savoire, qui ne soit pas accompagné, lorsqu’il justifie la constitution d’un régime autonome : en conformité avec les décisions prises lors des convents fondateurs des Gaulles et de Wilhelmsbad.

La constitution du Grand Directoire des Gaulles

Et on le retrouve dans cette lettre, c’est sont discours du 23 mars 1935 exprimé lors de la constitution du Grand Directoire des Gaulles à l’orient de Neuilly, Villa des Acacias en présence de Rochat et des autorités du Régime en Suisse.

Ce réveil à été fait en conformité du convent de 1778, 81, 1808 et 1811 - Oui parce qu’il y a eux un deuxième Wilhelmsbad, ce que tout le monde à peu près ignore, enfin bon passons - et en exécution de la décision prise en 1828 par le directoire de la Vème province de Neustrie, délégant à la dernière de ses préfectures dite de Zurich - ça dépendait de la Bourgogne - ses archives prérogatives droit, etc…

Avec mission de les conserver jusqu’au jour où le réveil du rectifié pourrait s’effectuer en France et lui permettrait de s’en dessaisir, ce qui est fait ce jour là. On confère à Camille Savoire, le lègue de la seconde province et de la cinquième de Bourgogne.

Un mode organisationnel indépendant de toutes les obédiences

Pourquoi indépendant de toutes les obédiences ? Pour un point relativement simple et pour le coup il n’est pas nécessaire de faire parler Camille Savoire, on peut se tourner devant des maçons vénérables, Marius Lepage, célèbre mémoire, qui écrivait ceci dans un livre tout à fait intéressant « l’Ordre et les obédiences » : « l’Ordre est d’essence indéfinissable et absolue, - on croirait lire du Willermoz d’ailleurs - l’Ordre est d’essence indéfinissable et absolue, l’obédience est soumise à toutes les fluctuations inhérentes à la faiblesse congénitale de l’esprit humain.

René Guénon va plus loin dans le symbolisme, il écrit ceci : Les obédiences présentent le problème d’avoir importé la forme d’organisation moderne des sociétés profanes. Ce que nous, c’est du Guénon, Guénon, autant vous dire la diplomatie c'était pas son fort. Cette dégénérescence, si elle ne change en rien la nature essentielle de la maçonnerie rend parfaitement explicable les nombreuses déviations qui s’en sont dégagées depuis trois siècles et dont l’organisation sous sa forme obédientielle ont des structures qui présentent le défaut évident d’avoir été calquée sur la forme des gouvernements profanes est l’un des caractères fort symptomatique de cette modernité. C’est dans les « Aperçus sur l’initiation » chapitre 14, les qualifications initiatiques et au chapitre 29 Opératifs et spéculatifs.

Marius Lepage, René Guénon disent exactement la même chose que Camille Savoire sur ce point. Et Camille Savoire dit exactement la même chose que Jean-Baptiste Willermoz. Vous cherchez à remonter aux buts primitifs de la Franc-maçonnerie, dit Jean-Baptiste Willermoz et l’on vous a attaché à un ordre qui correspond avec ceux qui seuls peuvent vous instruire, si vous savez quelques jours vous faire reconnaitre pour un vrai chevalier maçon etc.

Quelle extraordinaire identité de vues

Quelle extraordinaire complémentarité, cohésion, identité de vues avec des maçons, des initiés assez différents, Marius Lepage, René Guénon, dont on sait qu’il avait à l’égard du Régime Ecossais Rectifié quelques vues discutables, Camille Savoire, Jean-Baptiste Willermoz, tous disent la même chose : Les obédiences ont pour principal défaut de calquer la forme des gouvernements profanes sur l’organisation des systèmes initiatiques, tous système initiatiques confondus d’ailleurs. Mais puisque ce soir nous parlons du Régime Ecossais Rectifié nous nous en tiendrons au Régime Ecossais Rectifié et nous pouvons convenir que leur analyse est juste.


Combien d’entre nous avons-nous passé de temps lors de tenues toutes lumières d’Ordre éclairées à lire tel protocole, sentence administrative, circulaire du Grand Secrétaire, Ordonnance du tel Mamamouchi etc, etc etc…

«Euh, le quart d’heure symbolique, c’est pour quand ? Oui, ça sera cinq minutes ce soir, parce que les agapes sont très chaudes et on a déjà passé beaucoup de temps » et ainsi de suite de tenue en tenue. « Ah la fois prochaine, il y a une réception, l’Ordre ne pouvant accueillir que des individus qui … …. »

Dans quelle situation se trouve le Régime Ecossais Rectifié ? Quel est ce sketch, ce théâtre, ce mauvais scénario dont on veut nous faire croire les uns et les autres que c’est le seul possible pour vivre à l’intérieur du Régime.

Oh, calme-toi Jean-Marc, c’est comme ça depuis longtemps, on ne va pas changer les choses du jour au lendemain, bon ben cinq minutes, elles dureront dix minutes la prochaine fois, voila. » « Comment, on n’a pas parlé de Willermoz depuis le début, non mais, de toute façon Willermoz, Willermoz, c’est un homme de son temps, un vieillard un peu gâteux, il ne perdait pas un peu la tête à la fin, non ? De toute façon, on n’est plus au XVIIIème siècle, on ne peut plus vivre comme à l’époque, tu ne veux pas nous ramener à l’époque des perruques poudrées et puis de je ne sais trop quoi. On l’aime bien Willermoz, on ira voir sa tombe au cimetière de Loyasse, lors qu'on ira casser la graine dans un petit bouchon à Lyon mais bon en Loge faut quand même pas non plus nous saturer la vie avec ça, il y a des choses plus intéressantes.

Et c’est comme ça, mes biens chers amis que depuis 1935 la plupart des structures rectifiées font fonctionner le Régime en dépit du bon sens, la tête à l’envers, comme on dit. A savoir dirigé par les obédiences qui en font ce qu’elles en veulent qui n’hésitent à modifier les rituels à leur bon gré et qui se moquent comme de leur première paire de gants des dispositions, attendus, volontés et formes organisationnelles du rite tel qu’il a été pensé au XVIIIème.

J’ose même pas, par fraternité, abordé la question de savoir s’ils ont un jour ou l’autre essayé d’approfondir ce qu’est la doctrine du Régime. Parce que là, autant vous dire :Non, non mais Jean-Marc, nous on est adogmatiques alors, pas de doctrine chez nous ; non, non, liberté absolue ; chacun fait ce qui lui plait. A nouveau deuxième refrain de la chanson, il est cinq heures du matin, … non je vous rassure, le temps passe vite néanmoins…

Alors, au-delà de ce petit élément musical, hormis la question de la doctrine qui était un ovni il y a encore pas si longtemps, on va dire moins de deux ans, deux à trois ans - où la publication d’un texte sur le sujet et je veux remercie mon ami et Frère Serge qui à pris l’initiative de la publication de ce livre à ma demande, nous ne pensions pas d’ailleurs l’un et l’autre que ça susciterait des réactions à ce point vives - la doctrine on n’en parlait pas.

On savait bien qu’il y avait quelque part un enseignement du Régime

On savait bien qu’il y avait quelque part un enseignement du Régime, sous le bureau, sou l’autel du Vénérable Maître […] Mais il était hors de question d’aborder ce point là, hors de question. La plupart des réactions qui se sont manifestées, si on fait un spectre général, d’un côté on n’en veut pas parce que on l’ignore, on ne sait même pas ce que c’est, on n’en a jamais parlé, de l’autre en connaissant parfaitement qu’elle existe et ce quelle raconte, elle s’oppose aux dogmes arrêtés par les différents conciles de l’église. C’est vraiment les deux spectres, mais finalement qui se rejoignent d’une certaine manière. Ce sont des alliés objectifs dans une même combat contre les tenants et aboutissants de cette doctrine de la réintégration.

Les dogmes stipulent que sur tel et tel ponts, il est impossible de pouvoir poser des affirmations de ce type. Et d’ailleurs elles font l’objet des anathématises formelles, en particulier lors du second concile de Constantinople, le cinquième œcuménique en 556 en plein milieu du VIème siècle comme par hasard. Les thèses d’un certain père qui s’appelle Origène

Je peux vous dire que si on avait parlé d’un loup dans certaines maisons rectifiées, enfin rectifiées, aller ce soir on est entre amis, on va dire ayant une lointaine origine rectifiée, ça n’aurait pas été pire. Quant aux autres maisons de la famille rectifiée : c’est du dogmatisme, c’est de la doctrine, ce n’est pas en conformité avec le caractère libéral, ouvert et universaliste de nos structures.

Je ne savais pas que le Régime Ecossais Rectifié avait comme fondement un caractère libéral et universaliste, on a plutôt l’impression qu’il fait référence à une religion, vous vous rappelez tout à l’heure, on l’a dit en ouverture, une religion primitive. Elle est universelle mais pas universaliste, ce n’est pas tout à fait la même chose.

La forme organisationnelle du Régime Ecossais Rectifié et la Doctrine de l'Ordre

Quoi qu’il en soit, lorsque l’on met, j’ai l’habitude de me tourner vers le tableau pour faire un grand dessin, si l’on fait d’un côté cercle en disant « La forme organisationnelle du Régime Ecossais Rectifié » et si l’on fait, du côté de Lune et Soleil, si l’on parle sans publicité, si l’on fait de l’autre un autre cercle en disant « Doctrine de l’Ordre », on a à peu près - il manque un troisième pour faire le triangle - on a à peu près les éléments qui constituent le Régime Ecossais Rectifié.

Il n’y a pas un exemple d’une conformité des volontés fondatrices

Mais à partir ce ces deux éléments, si nous éclairons la situation dans laquelle se trouve le Régime depuis son réveil en 1935 et de manière objective sans caractère partisan sans vouloir d’une manière ou d’une autre noircir plus que nécessaire le tableau - puisqu’on parle de tableau autant y rester - il apparait une évidence, une vérité bien simple, c’est que de partout, je dis bien de partout où l’on se tourne et bien il n’y a pas un exemple d’une conformité des volontés fondatrices des Frères qui au XVIIIème ont constitué le Régime, lors du convent des Gaulles et du convent de Wilhelmsbad ni non plus des souhaits de Camille Savoir en 1935.

Alors, sur le XVIIIème siècle, on peut imaginer que ça fait quand même pas mal de temps donc difficile d’avoir un appel téléphonique avec Jean-Baptiste Willermoz, Jean ou Bernard de Turckheim mais avec Camille Savoire et ceux qui lui ont succédés ceux qui étaient autour de lui, Rybinski, Moiroud, Bello, Vaste, jusqu’à Jean Tourniac, c’est quand même des Frères qui savaient de quoi ils parlaient, qu’on a connu, enfin pour beaucoup d’entre nous et si l’on élargi encore plus le spectre - enfin que je dis spectre, n’y voyez pas la un qualificatif dépréciatif bien évidemment - mais si on élargi le spectre des autorités rectifiées dans les autres branches issues du réveil de 1935, de tous côté - je ne veux citer personne, je n’ai cité que ma propre famille, comme ça on ne dira pas que je tape sur les autres voilà - mais le constat est identique. Identique, nous nous retrouvons devant la même situation. Il n’y a pas un seul exemple de conformité, ni même d’une volonté de mise en conformité.

Il n’est pas question de nous soumettre à des impératifs qui pour nous ne représente rien du tout.

On pourrait imaginer que certains textes, certaines propositions analytiques, certaines attitudes de certains d’entre nous auraient pu susciter des réactions favorables : Ah oui, c’est très intéressant, tu as raison, c’est vrai nous allons essayer de faire un effort pour nous mettre en correspondance avec les vues de ces grands personnages qui nous ont précédés. La réaction n’a pas été celle-ci, la réaction a été furieuse : Camille Savoire ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Un libre penseur ? Un athée ? Ce que j’ai entendu du côté des cuisines où j’allais parfois préparer les agapes, voila.

Mais sur d’autres versions on avait exactement la même réaction : il n’est pas question de nous soumettre à des impératifs qui pour nous ne représente rien du tout. Oui mais, il y a une question quand même : Vous prétendez avoir autorité sur le rite, vous prétendez transmettre conférer des initiations, transmettre des grades et d’ailleurs - vous me direz c’est peut être anecdotique mais ça compte aussi - vous percevez des sommes qu’on appelle capitations dans nos milieux, pour nous faire pratiquer ce rite, sous vos hospices et puis comme ça on a un beau papier timbré avec un certificat comme quoi on est bien Franc-maçon de telle ou telle structure ayant été reçu à tel grade du Régime.

Quel devenir pour le Régime dans cette situation ? Que nous reste-il à faire ?

Difficultés, grosses difficultés, mes biens chers Frères, grosses difficultés. Grosses difficultés parce que si le rite a bien été réveillé à l’initiative de Camille Savoire et des Frères qui l’ont entouré en 1935 et que nous sommes amenés par examen tranquille, dépassionné à admettre qu’aucune forme n’est en conformité avec les dispositions, au minimum celles de Camille Savoire en 1935 de faire vivre le Grand Directoire des Gaulles tel qu’il a été pensé en 1935, alors et nous allons aborder la dernière partie de cet exposé, quel devenir ? Quel devenir pour le Régime dans cette situation ? Que nous reste-il à faire ?


Si au bout de cette présentation, qui n’était évidemment qu’une rapide introduction comme vous avez pu vous apercevoir, nous en étions à la conclusion : « Et bien c’est parfait, les choses sont en conformité avec les vues de Willermoz, nous sommes tous parfaitement instruits de ce qu’est la doctrine de l’Ordre, la forme organisationnelle, les rituels, les méthodes avec lesquelles on nous fait travailler à l’intérieur de nos Loges sont absolument conformes avec ce qui avait été pensé au début. » Très bien on passe aux agapes immédiatement et je me tournerai vers nos chers amis responsables du Cercle philosophique du Comté de Nice pour leur dire : « Et bien voilà, j’ai terminé ma conférence, nous pouvons aller nous désaltérer. »

Ce n’est pas le cas, ce n’est pas le cas et ça se complique. Ca se complique notablement parce que si rien n’est en conformité et nous pourrions avoir ici les représentants amis de l’ensemble du spectre évoqué, ils conviendraient tous qu’ils ne font pas vivre le Régime selon les décisions arrêtées au convent des Gaulles, etc… et tel que Camille Savoire l’écrit dans son discours du 23 mars 1935.

Grand Directoire des Gaulles pas autre chose

Il faut savoir quand même que ces mots figurent, d’une manière un peu différente dans la chartre patente de 1935 accordée par le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie au Grand Directoire des Gaulles, Grand Directoire des Gaulles pas autre chose, parce qu’en France il n’y a pas un Grand Prieuré dans les Gaulles, il y en a trois : l’Auvergne, l’Occitanie et la Bourgogne. Un Grand Prieuré pour les Gaulles, on n’a jamais vu. Vous pouvez fouiller la matricule de 1778, si vous trouvez un Grand Prieuré des Gaulles, on peut ouvrir un magnum de champagne.

On va trouver un Grand Prieuré d’Auvergne à Lyon rattaché au Grand Prieuré d’Auvergne, on va trouver un Grand Prieuré de Provence rattaché au Grand Prieuré de, etc etc… mais Grand Prieuré des Gaulle, il n’y en a pas. Il y a un Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, mais c’est pas plus… il n’y a pas non plus de Grand Prieuré Indépendant des Gaulles de France ou de tout ce que l’on veut ou de Navarre.

Il y a une province d’Auvergne, une province d’Occitanie, une province de Bourgogne et au-dessus qui chapote tout ça un Grand Directoire qui accueille les trois provinces sauf comme dit le Code « si la nation ne possède qu’un Grand Prieuré » à ce moment là la nation comme en Helvétie possède un seul Grand Prieuré. Pour l’Espagne c’est pareil, il y a deux Grands Prieurés Léon et Aragon donc il ne peut pas y avoir un Grand Prieuré, c’est pas possible. Il y a deux Grands Prieurés et il peut y avoir un Grand Prieuré d’Hispanie. Enfin bon.

Des Grands Prieurés souchés sur des obédiences qui ont autorité sur les Prieurés !

Au-delà de cette petite anecdote, mais qui n’en est pas une néanmoins parce que comme par hasard, si vous regardez bien, les formes sur lesquelles vivent l’ensemble des juridictions rectifiées c’est sous la forme de Grands Prieurés souchés sur des obédiences qui ont autorité sur les Prieurés, alors ce qui est complètement incongru.

Imaginez une province rectifiée, dépendant, soumise d’une obédience dont on sait par Marius Lepage, par René Guenon et par d’autres qu’elles ont pour principale défaut d’être claquée sur des formes profanes. Oui, vous avez entendu, une forme profane administrative, juridique, posée sous statuts de lois 1901 a autorité sur une structure initiatique. C’est le cas pour le Rectifié de partout où il est travaillé aujourd’hui.

Aloes que faire ?

Ca commence bien, alors comme aurait Wladimir Ourlianum : « Que faire ? » dans un certain texte publié en 1908, membre du parti bolchévique. Que faire ? Vous savez d’ailleurs pour l’anecdote, qu’au moment où Camille Savoire met en sommeil le Grand Directoire des Gaulles en septembre 1939 à la déclaration de guerre, qui ne sera jamais réveillé, puisqu’en 1946, en préfecture de Nanterre lorsque le Général de Gaulle autorisera la Franc-maçonnerie française à pouvoir reprendre ses activités - heureuse initiative du Général - et bien Camille Savoire, pour une raison qui nous échappe, ira en préfecture de Nanterre déclarer reconstitué au titre des organisations de la Maçonnerie Française, un Grand Prieuré des Gaulles, inexistant sur la patente de 1935 dont on a jamais entendu parler et il va le déposer en lois de 1901 en 1946, à une date qui pour nous prend un certain sens puisque c’est le 15 décembre 1946.

Bon voilà, quoi qu’il en soit, si ce Rectifié n’est pas constitué sur le plan de son organisation dans aucune des structures aujourd’hui ayant à le faire vivre en conformité avec les vœux de ses fondateurs, on parle beaucoup de Maçonnerie Française mais c’est vrai également pour les landmarks de la Maçonnerie Anglaise, les fameux Basic Principle, vous savez qui ne datent quand même pas d’Anderson et Desaguliers, ils datent de 1929, et dont on fait le critère pour savoir qui est régulier ou qui ne l’est pas.

Mais ce qui est régulier pour le Régime Ecossais Rectifié, c’est ce qui est en conformité ou pas avec quoi ? Les constitutions d’Anderson et Desaguliers ? Mais pour des Rectifiés, enfin excusez-moi mais on s’en moque, autrement on n’aurait pas rectifié la Franc-maçonnerie en 1778, on aurait pris les constitutions d’Anderson et Desaguliers à Lyon et on les aurait appliquées. On n’aurait pas parlé de systèmes arbitraires réunis en Grande Loge, vous croyez qu’il vise quoi Willermoz ? La Grande Loge de Lyon ? Mais il vise effectivement la Maçonnerie qu’on essaye de vouloir imposée en France à cette époque. Et les dispositions de 1778 viennent rectifier, réformer pour apporter quoi ? Un enseignement, une organisation que ces systèmes ignorent.

Et on voudrait aujourd’hui faire peser sur le Rectifié les critères anglais que Willermoz lui-même a rejetés en 1778

Et on voudrait aujourd’hui faire peser sur le Rectifié les critères anglais que Willermoz lui-même a rejetés en 1778. C’est le royaume d’Ubu, on est chez le Père Ubu, et je me rappelle quelques discutions avec des Frères pourtant sympathiques dans mon ancienne maison, souchée sur les principes de la régularité qui me disaient : « Mais Jean-Marc, l’Ordre - je ne vais pas nommer la structure mais vous l’aurez tous deviné - l’Ordre c’est la Grande Loge etc… Enfin, tu n’y pense pas, l’Ordre est si reculé qu’il se perd dans la nuit de siècles. Regarde ce qu’on dit à l’Apprenti. Tu te rappelles quand tu as été reçu Apprenti, qu’est-ce qu’il t’a dit le Vénérable Maître : « Monsieur, voici le vêtement primitif, le plus beau que l’Ordre puisse… » Tu crois que c’est la boutique de Paris, qui nous a vendu le tablier qui … dont veut parler Willermoz ? Tu crois que c’est la structure administrative ? »

Un rectifié sincère

Ce que je vous dis là pour ma propre, enfin mon ancienne maison, jedis ça avec beaucoup de fraternité parce que j’ai encore des Frères que j’aime beaucoup à l’intérieur et je pense qu’on y fait un Rectifié sincère, je dis bien sincère, mais ce n’est pas ça l’Ordre. L’Ordre auquel fait allusion Jean-Baptiste Willermoz, c’est tout autre chose, pour le coup oui c’est un autre ordre des choses.

Et ce qui est valable pour la maison évoquée est valable pour toutes les autres maisons. Avec les tenues de Grandes Loges, plusieurs rites représentés et les grands falbalas pour les Grands Officiers de Grandes Loges, des décors de Grandes Loges, des rituels de Grandes Loges, etc… Même et y compris des structures qui ont été formées, forgées, portées sur les fonds baptismaux par le Régime Ecossais Rectifié.

D’où, et vous le comprenez, la crainte, l’effroi des propos que je peux émettre sur la manière dont le rite est vécu et travaillé aujourd’hui. Parce que il est incontestable que l’examen que l’on vient de faire est la conclusion à laquelle on aboutit.

Il convient de prendre en tant que Frères Rectifiés notre destin, c'est-à-dire les destins du Régime en mains

Alors, si nous convenons que la situation n’est pas conforme, il convient, mes biens chers Frères, de prendre en tant que Frères Rectifiés notre destin, c'est-à-dire les destins du Régime en mains. Il nous appartient de poser pour le futur les critères de la régularité du Régime Ecossais Rectifié selon ce que les fondateurs du Régime ont posés au XVIIIème siècle.

« Quel devenir pour le Régime Ecossais Rectifié ? »

Et à la question : « Quel devenir pour le Régime Ecossais Rectifié ? » Si nous ne régissons pas, le devenir, nous le connaissons : c’est la continuité d’une vie en domination, en soumission en éloignement des principes du Régime jusqu’au point d’en perdre la mémoire, le souvenir et la perspective.

nous sommes dépositaires d’une transmission incontestable

En revanche, si nous réagissons et que nous considérons que nous avons une responsabilité au titre de notre état de Maçons Rectifiés, ayant été reçu par les trois coups, de compas de maillet sur le cœur, qui nous met en ligne directe, de manière ininterrompue, et c’est une spécificité du Régime Ecossais Rectifié - tous les autres systèmes, Néo Coëns etc… ont tous été reconstitués puisque les ordres se sont éteints - pas le Rectifié, donc les transmissions sont authentiques.

Chaque Vénérable Maître qui a été reçu authentiquement et a fait sa carrière à l’intérieur du Rectifié, qui reçoit un Apprenti Franc-maçon Rectifié, lui transmet effectivement la même essence initiatique. C’est extraordinaire, nous sommes dépositaires d’une transmission incontestable, tous autant que nous sommes les Rectifiés. Et si nous sommes dépositaires de cette transmission alors nous avons une responsabilité, une responsabilité fondamentale, indiquée par Jean-Baptiste Willermoz :

Le grain mis en terre, y reçoit la vie mais si son germe est altéré, la terre même où ce grain a été semé, en accélère la putréfaction.

Vous voulez dire…. Oui. Vous voulez dire que le grain que représente l’initiation au Rectifié peu recevoir la vie s’il est mis dans une bonne terre, de manière à y fructifier, à germer, à faire surgir des plantes fortes, un arbre puissant fait de larges branches sur lesquelles de beaux oiseaux, peut-être ayant l’allure de phénix, viennent s’y poser, pour y faire leur nid et prendre leur envol mais que si le germe est altéré, et oui si le germe est altéré de la structure initiatique dont nous sommes les dépositaires alors au lieu d’y recevoir la vie nous accélèrerons par notre passivité la putréfaction du Régime dont nous sommes les dépositaires.

Une responsabilité sacrée

Je crois que cette responsabilité à laquelle ne cesse de nous inviter Jean-Baptiste Willermoz, dès nos premiers instants dans l’Ordre est une responsabilité sacrée.

Rappelez-vous, au tout début de cette communication, nous parlions de cette Ordre primitif, dépositaire du sacerdoce originel d’Adam. Si nous croyons vraiment que se trouve à l’intérieur du Régime les éléments de ce sacerdoce alors notre devoir, mes biens chers amis, n’est pas simplement un devoir administratif, organisationnel ou historique, c’est un devoir religieux, issu de la religion primitive, c’est un devoir mystique, c’est un devoir qui était considéré comme le plus précieux pour Willermoz et tous les Frères du XVIIIème siècle. Et c’est à ce devoir que nous avons juré fidélité, c’est à ce devoir qu’il nous faut être attaché et ne jamais nous dessaisir.

Le feu consume la corruption mais il dévore l’être corrompu. » « Monsieur, dit le Vénérable Maître, l’homme est l’image immortelle de Dieu mais qui pourra la reconnaitre s’il a défigure lui-même.

Laisserons-nous défigurer le Régime dépositaire de ces enseignements et de ces connaissances sacrées ou est-ce que nous décidons enfin de poser comme ayant été frappé par la dignité du temps, la dignité de l’histoire, la dignité initiatique, les vœux de Jean-Baptiste Willermoz, qui donna sa vie pour le Régime, qui conserva jusqu’à la fin de ses jours l’énergie intégrale pour la préservation de toutes les instructions, des rituels en l’honneur de Jean-Baptiste Willermoz, des Frères de Turckheim, de Joseph de Maistre, de l’œuvre entreprise par Camille Savoire.

Relevons le défi et donnons enfin au phénix le devenir qui est le sien et alors à la question « Quel devenir pour le Régime Ecossais Rectifié ? » nous répondrons d’une seule voix, « Perit ut vivat. »

Le sens spirituel de la résurection & l'immortalité de l'âme

Extrait d’une Conférence publique de Jean-Marc Vivenza, donnée à Bordeaux le 25 mai 2019, organisée par le Directoire Écossais d'Aquitaine du Directoire Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules (DNRF-GDDG)

En effet, un des fondements d’adhésion à la voix chrétienne c’est la conviction qu’en réalité Jésus-Christ est ressuscité, « en vérité est vraiment ressuscité » comme disent les orientaux.

Ca veut dire qu’il a réussi à dépasser la mort, parce que cette idée de résurrection doit être vue, comme toute notre approche de l’Ecriture Sainte, dans son sens spirituel.

Le message fondamental du Golgotha et de la croix, c’est que la mort n’a pas le dernier mot sur Dieu, c’est que le mal ne peut pas triompher de la puissance divine, c’est que la limite, l’erreur, la dégradation, la ténèbre ne peut pas vaincre la lumière, que l’amour est plus fort que la haine, que la lumière est plus puissante que les ténèbres.

C’est d’ailleurs pour ça que nous nous appelons « les fils de la lumière » parce que cette lumière est intrinsèque à notre état de maçon, elle est constitutive même dans la mesure où nous pensons que la puissance divine est à ce point englobante, qu’elle est capable de pouvoir embrasser sa propre contradiction.

C’est ce qui fait la difficulté de la présence au monde de Jésus-Christ, vrai Homme vrai Dieu, dans cette double nature mais qui n’est pas la nature uniquement de Jésus-Christ, et c’est là où la difficulté doit être levée, c’est notre nature à nous tous. Nous sommes, de la même manière vrai Homme vrai Dieu.

Puisque si nous somme émanés nous avons été portés dans la réalité, dans l’être avant le commencement des temps. C’est ce que dit l’épitre aux Ephésiens : « Elu en Christ avant le commencement des temps. »

-Avant le commencement des Temps ? On était là ? On existait ? Ah bon. Et où ?
-En Christ.
-Mais alors ça veut dire que lorsque je viens au monde j’existais avant ?
-Oui ça s’appelle l’éternité de l’âme.

C’est d’ailleurs la première question que l’on pose à un impétrant qui veut rentrer au Régime Ecossais Rectifié : « Croyez-vous en Dieu et en l’immortalité de l’âme ? »

Alors la plupart répondent :
- Euh oui !
(Heureusement qu’on ne leur demande pas des explications.)
- Mais bien sûr j’y crois, oui, oui.
- Ah bon vous y croyez, c’est bien expliquez-moi ça en trois lignes.
- Euh, vous n’auriez pas un peu d’eau là ?

Immortalité, ça veut dire qui n’a pas commencé parce que quelque-chose qui commence dans le temps, ce n’est pas immortel. Immortel ça ne veut pas dire simplement que ça va durer tout le temps, ça veut dire que c’est hors du temps. « Im mortel » en dehors de la mort, étranger à la mort. Vous croyez à l’immortalité de l’âme, ça veut dire que vous croyez que l’âme n’est pas liée à une structure spatio-temporelle.

Ca veut dire qu’en vous quelque-chose n’est jamais née et quelque-chose ne mourra jamais, que l’écorce que nous avons actuellement, que nous assumons plus ou moins bien, - enfin ça dépend des matins, de ce qu’on à manger la veille et de l’heure à laquelle on s’est couché et de ce qu’on à a faire pendant la journée enfin globalement on essaie tant bien que mal que ça fonctionne un certain temps -. Tout ça est passager, tout ça n’a pas de réalité permanente, tout ça est éphémère, oui.

Parce que c’est, du point de vue spatio-temporel, limité. Et la résurrection nous apprend que nous participons d’un autre corps dont celui-ci n’est qu’un vêtement, une image lointaine d’ailleurs plus ou moins fidèle. Et d’ailleurs on peut dire que nous témoignons de notre rapport plus ou moins fidèle avec notre nature divine en fonction de notre intimité avec cette nature divine.

Plus nous sommes intime avec notre nature divine, plus le reflet que nous donnons par notre présence, par nos yeux, par notre parole, par notre rapport aux autres, par notre charité, notre bonté, notre bienveillance, notre bienfaisance, un grand mot pour le Régime Ecossais Rectifié, la bienfaisance.

C’est quoi la bienfaisance ? Ce n’est pas simplement donner de l’argent aux pauvres ou faire des actes de charité, c’est donner de l’amour divin, c’est traduire de l’amour divin à celles et ceux que nous rencontrons et avec lesquels nous vivons, c’est leur témoigner la charité de Dieu et pas simplement échanger une poignée de mains lors des cérémonies religieuses : « la paix du Christ. » Non je ne l’aime pas celui là, « la paix du Christ. » non celui là non plus.

Non, c’est quelque-chose qui nous transcende qui est au-delà de nous, au-delà de notre petite limite, de notre être, de notre individualité, et la résurrection à laquelle adhère le chrétien c’est ce sentiment profond que le divin en nous occupe toute la place que c’est lui qui est la réalité que c’est lui qui est la vérité que c’est lui qui est notre authentique nature et le témoignage que donne le Christ après le Golgotha après les trois jours au tombeau c’est le témoignage que cette nature divine est irréductible, qu’elle ne peut pas être détruite.

Et que non seulement elle ne peut pas être détruite, mais qu’elle doit témoigner de la vérité, de l’authenticité de cette présence englobante du divin en chacun de nous. Et d’ailleurs le Christ le dit aux apôtres, qui ne veulent plus le voir partir, parce que, après les évènements de la Pâques et Jérusalem, ils se disent ça suffit, c’est bon on arrête là, on se calme, on reste entre nous et on prie on fait ce que tu veux mais on ne va pas aller plus loin, et là ils vont être totalement surpris et on va le vivre jeudi prochain, c’est la fête de l’ascension, parce que sans la résurrection, il n’y à pas d’ascension mais sans l’ascension, il n’y à pas la Pentecôte.

Parce que par le retrait de la visibilité de notre Seigneur, il promet aux apôtres, à ses disciples, la venue du consolateur c'est-à-dire de l’esprit qui viendra comme des langues de feu, ainsi que l’expliquent les actes des apôtres, se poser sur ceux qui sont réunis où ? Dans la chambre haute à Jérusalem.

Et d’ailleurs, les hébreux les [… ?...] parlaient en différentes langues diront ceci : « on dirait qu’ils sont ivres de vin doux » Le vin doux, c’est l’équivalent du Muscat pour la période - je sais qu’on est dans une région vinicole donc je ne lance pas trop dans ces comparaisons mais - ils sont enivrés de cette ivresse que donne le vin doux. - Les romains aimaient les vins sucrés épicés. Vous voulez savoir si vous avez quelques origines romaines, vous voyez votre rapport d’amitié avec les vins moelleux puis si au contraire vous aimez les vins plus arides vous avez sans doute des ascendants germaniques, enfin bon, passons -.

Là, la manière dont ils s’expriment, la manière dont tout à coup ils découvrent une réalité en eux qui les dépasse entièrement, leur montre que non seulement cette résurrection s’est faite authentiquement dans le corps de gloire du Christ, c'est-à-dire dans le corps qu’avait Adam, puisque c’est le second Adam, c’est le corps qu’avait Adam dans sa primitive origine. Ca veut dire que c’est le corps que nous avons eux nous, en Christ, à l’origine et ça veut dire, et ça c’est la bonne nouvelle, que c’est le corps que nous aurons aussi à la fin des temps lorsque nous retrouverons l’unité à laquelle appelait Joseph de Maistre tout à l’heure.

Donc la Résurrection, c’est vraiment le socle, dogmatique on pourrait dire, à partir duquel oui la perspective chrétienne prend son sens et qui nous permet de dépasser nos limites temporelles et nous ancrer fermement dans la nature divine ; en disant cette immortalité de l’âme n’est pas simplement une obligation d’adhésion pour rejoindre le Régime Ecossais Rectifié mais ça doit être le problème fondamental de mon existence et de ma vie chaque jour que Dieu fait. En me plaçant dans cette immortalité et en abandonnant notre enveloppe matérielle, comme dit d’ailleurs notre règle, en considérant que notre véritable nature est immortelle, lumineuse, incorruptible et est, ça c’est le grand mystère, en communication permanente avec l’Eternel.

C’est nous qui somme absent, pas l’Eternel pas Dieu, la présence Divine est toujours là mais nous on passe notre temps à mille et une occupations, à mille et un divertissements comme dit Pascal. Lui il est là et nous nous amusons à X ou Y choses.

Alors qu’en réalité, ce « mariage spirituel » - comme dit Sainte Thérèse d’Avila dans les Châteaux de l’âme, c’est une merveille, - nous sommes appelés à la consommation de l’union nuptiale, c’est une union d’amour avec Dieu, c’est une communion intérieure, c’est à ça que nous sommes appelés, c’est une participation entière à la nature de Dieu. Donc c’est prodigieux et donc il ne faut pas perdre de temps et donc il ne faut surtout pas considérer que la voie initiatique sert simplement à accumuler des degrés, à payer des cotisation et à bien manger et à choisir le nom des vins que l’on aura lors de l’agape.

Le but, et je vous remercie pour votre question, le but c’est la communion permanente, fusionnelle, intérieure avec l’amour dévorant de la transcendance divine. Notre résurrection est permanente elle se produit d’instant à l’instant. Elle ne s’est pas produite à Jérusalem il y a 2000 ans pour le Christ, elle se produit pour chacun d’entre nous à chaque instant du moment où notre âme rencontre le divin. Et ça c’est merveilleux.